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Ho Chi Minh et les accords de Genève vus par Khrouchtchev

En 1945-1946, le Japon effondré, l'Indochine divisée entre une occupation britannique au sud et chinoise au nord, dans une situation politique confuse, le gouvernement français voulant réoccuper le pays trouva en face de lui un parti dominant, le Viet Nam Doc Lap Dong Minh - en abrégé Viet Minh - et son chef Hô Chi Minh.
Le Viêt-Minh, bien aidé par les Américains de l'OSS. le major Patti en particulier, avait balayé les partis nationalistes traditionnels, le Dai-Viet et, surtout, le Viet Nam Quoc Dan Dang, plus connu sous son sigle VNQDD, et aussi appelé Kuomintang vietnamien pour un cousinage certain et une protection constante du parti de Tchang Kai Chek.
Hô Chi Minh devint dès lors une vedette incontestée de la scène politique française. Des pans entiers de sa vie, mal connus, donnaient lieu à controverses. On le savait nationaliste, révolutionnaire et communiste, mais les avis divergeaient sur le dosage convenable entre ces divers qualificatifs. Etait-il un nationaliste fortement teinté de communisme ou un communiste partiellement dissimulé sous le masque nationaliste ?
Son charisme incontestable, son talent de comédien jouant le brave homme, très attiré par les enfants, en firent pour beaucoup "l'oncle Hô". Pourtant, "derrière l'apparence rassurante d'un Gandhi se cachaient en fait les ressources immenses d'un Lénine".
Une réponse à ces questions est fournie par le successeur de Staline, Khrouchtchev, dans ses "souvenirs".
Voici in extenso ce qu'il pense du "camarade Hô Chi Minh", qu'il juge d'emblée,comme "un homme remarquable entre tous" : "J'ai connu beaucoup de gens au cours de ma carrière politique, mais aucun n'a produit sur moi une impression aussi particulière. Les croyants parlent souvent des apôtres. Eh bien, par sa façon de vivre et par son ascendant sur ses semblables, Hô Chi Minh était exactement comparables à ces "saints apôtres". Un apôtre de la révolution.
Je n'oublierai jamais, dans son regard, cette lueur de pureté et de sincérité. La sincérité était celle d'un communiste incorruptible, et la pureté celle d'un homme tout entier dévoué à sa cause, dans ses principes comme dans son action. Personne ne pouvait lui résister tant était forte sa conviction qu'il n'était pas pour son peuple et pour tous les peuples de meilleure cause que la cause communiste. Chacune de ses paroles semblait reposer sur la conviction que, tous les communistes étant par définition frères de classe, ils ne pouvaient que se montrer honnêtes et sincères les uns envers les autres. Hô Chi Minh fut réellement l'un des "Saints" du communisme. "
Venant du patron du Kremlin d'alors, un tel jugement se passe de tout commentaire. Hô Chi Minh a mérité sa place au Panthéon des très grands du communisme !

Khrouchtchev apporte également, dans le cadre de ses rapports avec Hô Chi Minh, de fort intéressantes précisions quant aux accords de Genève du 20 juillet 1954, qui mirent fin au conflit franco-vietnamien, coupant le Viet-Nam en deux le long du 17ème parallèle. Si le chef du PCUS ne vint pas en personne à Genève, il prit une part active à une réunion préparatoire qui se tint à Moscou. La Chine y était représentée par Chou En Lai, le Viet-Nam, par Hô Chi Minh et Pham Van Dong. C'est alors que fut arrêtée la position commune des pays communistes à la future table de conférence. Voici ce qu'il écrit de la situation au Vietnam : "Le mouvement de résistance, au Vietnam, était à la veille de s'effondrer. Les résistants espéraient que la conférence de Genève aboutirait à un cessez-le-feu qui leur permettrait de garder les positions acquises par le peuple vietnamien dans sa lutte contre l'occupant français."
Et, plus loin : "Le camarade Hô Chi Minh m'a dit que la situation au Vietnam est désespérée, et que si nous n'obtenons pas un cessez le feu, les Vietnamiens ne pourront pas résister plus longtemps aux Français. En conséquence, ils ont décidé de battre en retraite jusqu'à la frontière chinoise, si cela devient nécessaire, et ils veulent que la Chine se tienne prête à envoyer des troupes au Vietnam, comme elle l'a déjà fait pour la Corée du Nord."
Khrouchtchev obtint du Chinois de ne pas désespérer la délégation vietnamienne et de ne pas dire que "son pays ne voulait pas entrer dans la guerre contre les Français en territoire vietnamien. "
Ce passage des souvenirs khrouchtchéviens se conclut en ces termes qui ne peuvent que laisser à la France d'amers regrets et une appréciation très réservée sur la qualité de la prestation de la délégation française conduite par P. Mendès-France : "Puis le miracle eut lieu. Au moment où les délégations arrivaient à Genève, les résistants vietnamiens remportaient une grande victoire en s'emparant de la place forte de Dien Bien Phu. Dès la première session de la conférence Pierre Mendès-France, alors chef du gouvernement français, proposa de ramener les troupes de son pays en deçà du 17ème parallèle. J'avoue que la nouvelle, quand elle nous parvint, nous laissa bouche bée de stupéfaction et de plaisir. Nous n'avions rien espéré de tel. Le retrait en deçà du 17ème parallèle était en fait la revendication maximum à partir de laquelle nous comptions négocier.
Nous avions donné consigne à nos diplomates d'en faire état dans le seul but d'affirmer d'entrée de jeu une position dure. Après quelques discussions nous acceptâmes l'offre de Mendès-France, et le traité fut signé. Nous avions réussi à consolider les conquêtes des communistes vietnamiens."
Une note en bas de page, apprend au lecteur que l'accord sur le 17ème parallèle donna pleine satisfaction à Pierre Mendès-France et Anthony Eden, tout comme - bien évidemment ! - à Hô Chi Minh et Khrouchtchev. Seul, Foster Dulles (secrétaire d'Etat des USA) fit grise mine... La graine d'une autre guerre était semée et le destin du peuple vietnamien scellé pour longtemps !

Colonel Guy DEMAISON


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