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L'armée nationale vietnamienne (1949-1956)
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Naissance d'une armée nationale

Il y a moins de trois ans, il n'existait pas encore d'armée vietnamienne.
Aujourd'hui, un grand nombre d'unités nationales, composées uniquement de Vietnamiens, commandées par des officiers et sous-officiers exclusivement vietnamiens, occupent des postes dans les deux deltas et participent aux opérations. Des milliers de jeunes gens, appelés en vertu de l'ordonnance de mobilisation prise par S.M. Bao Daï le 15 juillet 1951, continuent d'affluer périodiquement dans les camps d'instruction militaire qui ont été créés en quelques mois au Sud, au Centre et au Nord. Des écoles d'officiers et de sous-officiers fonctionnent dans ces trois régions.
En même temps, un centre de formation navale se construit à Nha-Trang, dans le Centre-Viet-Nam ; but immédiat : constitution de 2 divisions navales d'assaut et transfert progressif à la Marine Vietnamienne de 7 escadrilles fluviales françaises. Créée par une ordonnance du 25 juin 1951, l'Aviation naît, également à Nha-Trang, avec l'apparition d'une Ecole de l'Air. Les officiers vietnamiens sortis récemment de l'Ecole Militaire de Dalat effectuent des stages dans l'Arme Blindée, dans les Transmissions, le Génie, l'Artillerie et le Matériel, afin de préparer la mise en place d'un encadrement 100% vietnamien. Trois centres de formation pour le Matériel fonctionnent déjà à Hanoi, Hué et Saïgon. Le Service de Santé, dirigé par un éminent praticien vietnamien, agrégé de la Faculté de Médecine de Paris, a été créé en juillet 1951 et, à Hanoi, s'est ouverte en automne dernier une école de médecins militaires.
Au combat, les bataillons à encadrement vietnamien, commandés par des capitaines de vingt-cinq ans, se distinguent depuis des mois aux côtés de leurs frères d'armes de l'Union Française, Européens et Africains. Le 1er Escadron de Reconnaissance, équipé avec un matériel blindé neuf, a relevé, dans le Sud, un escadron de spahis mrocains. Le renforcement des forces armée vietnamiennes se poursuit à un rythme satisfaisant. De 50.000 hommes au 1er janvier 1950,les effectifs sont passés à 130.000 au 31 décembre 1951. L'objectif fixé pour la fin de 1952 permettra de relever en Indochine un certain nombre d'unités de l'Armée de l'Union Française, nécessaires pour participer ailleurs à la défense commune.
Avant de disposer d'une forte armée moderne, composée de grandes unités capables d'exécuter des opérations en toute autonomie, le jeune Etat vietnamien devra surmonter encore bien des obstacles. Mais d'ores et déjà les unités vietnamiennes qui ont reçu le baptême du feu ont administré la preuve que le paysan, l'ouvrier, l'employé, l'intellectuel et le «fils de famille» sont à la hauteur de leur tâche, une fois placés devant les dures réalités.
Dans l'article ci-dessous, , le Général Nguyên-Van-Hinh, chef d'État-Major Général de l'Armée du Viet-Nam, examine quelques-unes de ces «réalités».
Cet article a été publié en avril 1952 dans "Indochine, Sud Est Asiatique".

Tant que des ennemis sont encore sur son territoire et que la menace extérieure n'est pas définitivement écartée de ses frontières, le Viet-Nam ne peut, à brève échéance, compter uniquement sur son armée nationale pour le défendre. L'aviation et la marine demandent des années pour s'instruire et s'équiper. Leur mise sur pied est un travail de longue haleine, qui nécessite qu'on le commence tôt.
Mais l'armée de terre peut se constituer rapidement si l'on s'en donne la peine. Point n'est besoin désormais de discuter sur la nécessité d'une armée nationale depuis que le Viet-Nam est indépendant et qu'il peut compter sur la loyauté de ceux qu'il charge de le défendre. Les conditions particulières dans lesquelles s'établit cette indépendance exigent cependant que des méthodes particulières soient bien adaptées à la mise sur pied de cette armée. Le Viet-Nam renaît dans une période de désordres intérieurs, pendant que la guerre d'allure idéologique qui met aux prises de puissants voisins menace de bousculer les frontières.
L'idée d'urgence apparaît immédiatement d'autant plus aiguë que les troupes de l'Union Française qui constituent jusqu'à ce jour l'ossature des forces franco-vietnamiennes réclament pour leur entretien en cadres, en hommes et en matériel, un effort de la part du gouvernement français difficilement compatible avec les engagements que celui-ci doit tenir dans sa participation à l'armée européenne.

Cette idée d'urgence s'impose encore d'autant plus nettement que les premières mesures concernant la création de l'armée nationale ont été hésitantes et parfois incohérentes. La formation des dix mille gardes de la République autonome de Cochinchine en 1946 peut être considérée comme la première pierre de l'édifice. Mais il fallut attendre la fin de 1950 pour que sous l'égide de S. M. Bao-Daï et grâce à la clairvoyance de M. Letourneau, ministre des Etats Associés, des conventions précises fixent les modalités de mise sur pied de l'armée vietnamienne et qu'un programme soit établi pour l'année 1951, L'énergique action du Maréchal de Lattre déclencha ensuite un essor qui s'est révélé fécond et la sincérité de ce grand chef, imprimant l'esprit de franche coopération, permit la conclusion du programme 1951 malgré des difficultés de tous ordres.
Il faut continuer à présent, après cette première impulsion, à réaliser vite pour que l'efficacité de l'armée nationale entraîne une aide accrue des États-Unis, dont le matériel équipe déjà de nombreuses unités.


A l'école des cadres du 21ème R.I.C.

D'autre part, l'effectif croissant de l'armée vietnamienne permettant de prévoir la relève partielle des troupes françaises dont la présence est nécessaire en Europe, fera sans doute accepter plus aisément au gouvernement français les sacrifices consentis en Extrême-Orient.
Une multitude d'unités vietnamiennes sont prêtes et une grande partie combattent depuis longtemps aux côtés des troupes de l'Union.
Pendant que d'autres unités se créent, pendant que les anciennes se dédoublent, il s'agit cette année de grouper les plus aguerries, avec les moyens tactiques et techniques qui sont prévus, pour constituer nos Divisions chargées chacune d'une mission bien définie. A l'exécution pure, s'ajoutera le rôle de concevoir et de mener des opérations de plus en plus délicates, certaines entièrement indépendantes, d'autres en liaison soit avec des grandes unités vietnamiennes, soit avec des grandes unités de l'armée de l'Union Française.
Simultanément, à l'échelon territorial, des responsabilités pourront être confiées au fur et à mesure à l'armée vietnamienne. Là où les quartiers sont tenus par les troupes vietnamiennes, le sous-secteur qui les coiffe pourra être confié à un chef vietnamien. Quand tous les sous-secteurs seront vietnamiens, le secteur lui-même sera vietnamien.
Le moment est venu où l'armée vietnamienne doit commencer à prendre ses responsabilités par sa participation à la mission tactique et au rôle territorial.
En même temps, la mission du haut-commandement vietnamien changera de nature. A l'organisation et à l'administration s'ajouteront la conduite partielle des opérations et les servitudes que cela entraîne : renseignements, liaisons, etc.
Des états-majors nouveaux seront nécessaires à tous les échelons.

Une armée vraiment nationale
A quel effectif doit s'élever l'armée viet-namienne? Le programme de 1951, prévoyant la mise sur pied de quatre Divisions et d'un certain nombre d'unités nouvelles était limité par les possibilités en cadres, en matériel, en ressources financières. Mais, si tout est mis en oeuvre pour le développement de l'armée, celle-ci doit s'accroître suivant une loi qui se rapproche plus de la progression géométrique que de la progression arithmétique. Il est en effet plus aisé d'ajouter six ou huit Divisions aux quatre déjà existantes que d'en créer quatre à partir de rien.
Si les opérations continuent à être menée sur le territoire du Viet-Nam dans les même conditions qu'actuellement, l'effectif mirai muni de l'armée vietnamienne doit être au moins égal à l'ensemble des troupes actuellement sous les ordres du commandant en chef. En tout état de cause, cet effectif doit être suffisant pour combattre l'ennemi.


Recrues à l'instruction avec un cadre vietnamien

Il semble donc difficile de limiter les programmes. Les seules limites concevables devront être d'abord le matériel, ensuite les cadres. Car l'effort national doit être porté au maximum, même s'il doit entraîner la mise au ralenti des autres activités. Rien ne coûte plus cher qu'une guerre perdue. Pour la gagner, il ne faut pas lésiner sur le prix.
Nos ressources en hommes ne sont pas inépuisables, mais elles sont suffisantes. Le recrutement n'a jamais posé de problème. Le soldat vietnamien a des qualités guerrières incontestables.
Mais l'entretien de notre armée de carrière dans son état actuel réclame des crédits de beaucoup supérieurs à l'ensemble des recettes de l'Etat. En admettant que des «artifices» de plus en plus variés permettent d'accroître l'effort consenti à la défense nationale, cet effort sera encore insuffisant pour faire face aux besoins créés par le développement de l'armée. Il sera nécessaire de faire appel à la réserve et de réviser rapidement, en les amplifiant, les mesures de mobilisation.
Ce système aura en outre l'avantage de donner à l'armée un caractère vraiment national. Il permettra à chaque citoyen valide d'apporter sa contribution à la défense du patrimoine de ses ancêtres et à chaque Vietnamien de sentir que l'armée vietnamienne est «son» armée. Le prestige que notre armée en retirera ne fera qu'accroître son efficacité.
Enfin, le service militaire ainsi étendu à toutes les classes de la société vietnamienne, aura pour effet de faire diminuer le nombre de neutres et de protéger une plus grande partie de la population contre la propagande adverse.

But : en 1952, relever 20.000 hommes des troupes de l'Union Française
Si le fait d'étendre les mesures de mobilisation entraîne une diminution notable des dépenses pour maintenir le même effectif sous les drapeaux, il aura l'avantage de donner à l'armée le complément de cadres nécessaire à la réalisation du programme minimum de 1952. Les écoles militaires fonctionnent déjà à un rendement élevé mais qui ne satisfait pas encore les besoins d'une armée en plein développement.
Il sera utile de faire appel aux cadres de réserve pour occuper tous les postes pour lesquels les officiers d'active ne sont pas absolument nécessaires ainsi, certains bureaux d'état-major et la plupart des services. Un tel programme donnera en fin d'année des cadres subalternes en nombre suffisant.
Mais la pénurie des cadres supérieurs est un lourd handicap pour un accroissement. rapide de l'armée. Les meilleurs parmi les jeunes pourront suivre des stages réduits afin de se voir confier ensuite des commandements de bataillons ou de régiments.
Un système de notation bien étudié permettra au haut commandement de déceler parmi les jeunes ceux qui sont capables de recevoir rapidement les plus lourdes responsabilités. La carrière des intéressés sera alors dirigée vers des buts bien déterminés, afin que les futurs généraux aient la possibilité d'assimiler les connaissances fondamentales nécessaires pour assumer leurs nouvelles fonctions. L'emploi généralisé du grade provisoire permettra dans certains cas de mettre des officiers à l?essai.
Enfin, les idées habituellement reconnues dans les armées ayant déjà une longue existence ne doivent pas constituer des entraves au développement rapide de l'armée vietnamienne. Le problème pour nous consiste à placer «the right man in the right place», quels que soient l'âge, l'origine, la situation de cet homme.
Si, malgré ces méthodes hardies, les besoins en cadres supérieurs ne sont pas satisfaits, le Pacte d'assistance militaire entre la France et le Viet-Nam permet de faire appel à des officiers français qui s'intègrent totalement dans la hiérarchie de l'armée vietnamienne pendant le temps nécessaire pour former leurs camarades vietnamiens.


Ecole Militaire inter-armes de Dalat

L'année 1952 est l'année de l'armée nationale. Grâce à la constante sollicitude et à la clairvoyance de son chef suprême, à la franche collaboration et à l'appui de l'armée française et à l'aide des Etats-Unis, elle sera en mesure d'ici peu de jouer un rôle de plus en plus important dans 1a lutte pour la liberté du Viet-Nam. Elle serait fière si la France pouvait dire à 1a fin de l'année : la présence de l'armée vietnamienne permet de relever, pour 1a première tranche, dix mille ou vingt mille hommes des troupes de l'Union Française.

Général NGUYÊN-VAN-HINH
(Indochine Sud-Est Asiatique, Avril 1952)

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