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>La guerre d'Indochine>L'armée nationale vietnamienne (1949-1956)

 

L'armée nationale vietnamienne

Les anciennes forces annamites

L'armée vietnamienne est l'héritière d'une ancienne tradition militaire. Au Ier siècle au Tonkin un gouverneur chinois recrute une milice locale dont les hommes sont revêtus d'une cuirasse en écorce d'arbre. Au Xème siècle l'armée du roi annamite Dinh Tien Hoang est théoriquement forte d'un million de soldats-cultivateurs dont un cinquième seulement est sous les armes ; les hommes arborent sur le front un tatouage de trois caractères signifiant "armée du fils du ciel"(1).
En 1627, le Révérend Père Alexandre de Rhodes rapporte que le roi du Tonkin dispose de 65.000 militaires commandés par trois maréchaux (les grades sont indiqués par des broderies pectorales représentant des animaux). Il entretient également 300 éléphants et 500 galères.
La rébellion des Tay Son (1771-1802) met en lice trois grandes armées : celles des rois de Cochinchine et du Tonkin, celle des Tay Son eux-mêmes dont le chef, l'empereur usurpateur Quang Trung, remporte sur les Chinois la mémorable victoire de Thang Long (1789). En 1801, lors de la reprise de Huê, le roi Nguyên Anh aligne 107.000 fantassins, 27 escadrons de cavalerie sur buffles, un élément de choc sur 3.200 éléphants, 26.800 matelots embarqués. Le détachement français placé par Monseigneur Pigneau de Béhaine à sa disposition peut être comparé à la mission militaire de 1949 (2).
Après la révolte de 1885 et la déposition du jeune empereur Ham Nghi, il est décidé qu'une mission de 52 officiers et de 248 sous-officiers sera chargée de former six bataillons d'Infanterie, deux batteries d'Artillerie, deux escadrons de Dragons et un du Train avec des recrues indigènes. Cette initiative ne recueille pas l'assentiment des cadres européens qui craignent que les combattants ainsi instruits se retournent contre les Français. L'opération, conduite par un "colonel, ancien directeur des études de l'Ecole Supérieure de Guerre, ignorant toutefois l'annamite", ne réussit pas. Les chevaux importés d'Indonésie meurent, les instructeurs du Génie sont massacrés par leurs subordonnés et les autorités impériales arguent de difficultés financières pour mettre fin à l'expérience en mai 1886.
Cependant, tout au long de la présence militaire française en Indochine, la nécessité de constituer une armée recrutée localement et possédant ses cadres autochtones est régulièrement prônée par quelques officiers français, que le clan "annamitophobe" abreuve de sarcasmes. En 1912, le général Pennequin, qui propose de confier des commandements à des officiers indigènes jusqu'à la fonction de commandant de compagnie, se voit répondre par le chef des affaires politiques et indigènes du Gouverneur Général Sarraut : "L'armée est la dernière forteresse à ouvrir aux Annamites". En 1939, sous la signature de Prefer, une série d'articles est publiée à Hanoï. L'auteur qui reflète les vues de Georges Mandel. Ministre des Colonies, et de son chef d'Etat-Major, le général Buhrer, plaide pour la constitution de forces recrutées sur place, entièrement encadrées par des Indochinois et occupant la plus grande partie de la péninsule. Les unités européennes d'intervention seraient cantonnées sur les Hauts Plateaux d'Annam, la rapidité de leurs déplacements étant assurée par une "autostrade" à construire de la pointe de Camau à la frontière de Chine. Un journal local imprime alors : "Des nha que à Saint-Cyr! ". La 2ème guerre mondiale ne permettra pas de donner un commencement d'exécution à un tel dessein.
Toutefois, lors du proconsulat de l'Amiral Decoux, six élèves d'origine indochinoise sont admis à l'Ecole Militaire de Tong, dont un à titre de Saint-Cyrien. En outre, dans le même temps, certaines grandes figures militaires annamites telles celles du roi Ly Thuong Kiêt, de Tran Quoc Toan prince Hung Dao, du souverain pacificateur Le Loi ainsi que des "Jeanne d'Arc Vietnamiennes", les soeurs Trung Nhi et Trung Trac, sont mises en exergue. Un peu plus tard d'ailleurs, le Viet-Minh va récupérer ces célébrités pour baptiser certaines de ses campagnes. Tran Hung Dao donne son nom à l'offensive de Vinh Yen en janvier 1951 et Hoang De Tham, fameux pirate, trois mois plus tard, à l'assaut contre le massif de Dong Trieu.
Le 9 mars 1945, les troupes propres à la cour d'Annam ne sont plus constituées que par une maison militaire, cinq bataillons de cent hommes représentant les corps d'armée d'antan, un bataillon de police et un autre de gardes des tombeaux impériaux. Les unités sont commandées par de nombreux mandarins militaires, répartis en une hiérarchie de dix-huit rangs divisés en classes et en grades.


La naissance de l'armée vietnamienne

Etrangement, les premières forces à avoir été qualifiées de vietnamiennes ne sont pas celles qui ont combattu aux côtés des Français. En effet, les accords du 6 mars 1946, signés par Ho Chi Minh et Sainteny, consentent au gouvernement d'Hanoï un contingent de 10.000 soldats autochtones dont 5.000 armés, chargé de relever les unités chinoises au nord du 16ème parallèle avec 15.000 hommes des TFEO.
L'expression "armée vietnamienne" est utilisée dès le lendemain lors de la passation d'une convention complémentaire. Le 10 mai 1946, à Dalat, le futur général Vo Nguyên Giap précise que "ces troupes instruites par les militaires du corps expéditionnaire devront avoir une certaine analogie avec celles de l'Union Française". Au mois de juin, outre les formations décrites ci-dessus, un bataillon cochinchinois, censé représenter la souveraineté de l'éphémère République de Cochinchine, est mis sur pied dans la région de Baria-Cap Saint-Jacques. Il sera dissous le 30 septembre suivant.

1 - Les gardes
Avant la formation, le 20 mai 1949, d'un gouvernement vietnamien allié à la France des organismes régionaux ont fonctionné dans le pays, tels la République de Cochinchine (devenue en 1947 du Sud Vietnam) et les comités de gestion administrative et sociale de l'Annam et du Tonkin. Avec l'approbation des autorités françaises, ces instances se sont dotées de forces de police armées et structurées sur le modèle de la Garde Indochinoise d'avant 1945. Ces unités sont transférées en 1948 au gouvernement central provisoire du Général Nguyên Van Xuân. Parmi elles on peut citer :
- la Garde Républicaine de Cochinchine (puis du Sud Vietnam) : 9.000 hommes encadrés par 1.000 gendarmes de la lère Légion de Marche de la Garde Républicaine (LMGR),
- la Garde des Provinces Méridionales du Vietnam Centre : 1.500 hommes encadrés par le 1er Escadron de la 2ème LMGR,
- la Garde Montagnarde des Plateaux du Sud Annam : 2.500 hommes encadrés par la 2ème LMGR,
- la Garde du Vietnam Nord, en deux formations : Garde Frontalière de l'Est Tonkinois, Garde Frontalière de l'Ouest Tonkinois : 1.200 hommes encadrés par le 1er Escadron de la 3ème LMGR.
Le 13 avril 1949 tous ces corps forment la Garde Nationale. Composés en général de militaires anciens en service, ils constituent un précieux appoint pour la nouvelle AVN.

2 - Les premières unités
Les accords signés à Paris le 8 mars 1949 par le Président de la République Française et l'Empereur Bao Dai constituent le véritable acte de naissance de l'armée vietnamienne. Le 31 décembre de la même année, une convention militaire d'application est établie. Les textes prévoient notamment la création de Forces Armées Vietnamiennes "commandées et encadrées par des Français et présentant une organisation aussi proche que possible de celle des TFEO". Ces unités sont chargées "du maintien de l'ordre et de la sécurité interne dans leur propre nation mais elles peuvent également être appelées à participer à la défense des frontières de l'Union Française".
Dès 1949, quatre bataillons sont mis sur pied sous l'impulsion d'une Mission Militaire Française. Le 1er août, le 1er BVN est formé à Long Haï en Cochinchine par des Caodaïstes, des Hoa Hao, des catholiques des unités mobiles de défense de la chrétienté, renforcés par 400 gardes de la Garde du Vietnam Sud (GVNS). Le chef de bataillon caodaïste Truong Van Xuong prend le commandement de cet ensemble hétéroclite. Les autorités militaires déplorent que l'intendance n'ait pu fournir de tenues correctes.
Ensuite, le 2ème BVN est constitué à Nam Dinh sans aucun encadrement français, les recrues étant en majorité des supplétifs des évêchés de Bui Chu et de Phat Diêm. Puis le 3ème BVN se forme à Rach Gia, le 4ème BVN au Tonkin. Le commandant de cette dernière formation, le Capitaine Tran Van Cuong estime "qu'elle est invincible dès sa naissance". A la fin de l'année, l'AVN aligne 32.000 combattants réguliers.


La montée en puissance

Modeste durant les deux premières années (1949-1951), parfois ralenti en raison de l'irrégularité de l'aide américaine, freiné par le manque de cadres supérieurs autochtones, le développement des nouvelles forces va s'accélérer à partir de 1952.
Bien que très conscient de la nécessité de relever les unités des TFEO dans leurs missions statiques, le commandement français en 1949-1950 s'est montré réservé quant à l'opportunité de la mise sur pied d'une armée nationale au Vietnam. Celle-ci aurait pu "se révéler un moyen d'obtenir une indépendance plus complète et plus rapprochée dans le temps". Certains officiers évoquaient même l'éventualité du passage massif de ces troupes dans les rangs viet-minh. En septembre 1950, le général Alessandri, lassé de ne pas obtenir de renforts européens au Tonkin, accepte à contrecoeur six bataillons vietnamiens ; le général Salan préfère un recrutement massif de partisans. Le général Juin approuve la mise sur pied "d'une petite armée". Ce n'est d'ailleurs que quatorze mois après les accords de 1949 que l'assemblée nationale consent à voter le principe d'une force de 60.000 hommes.
Tout change avec l'arrivée en Indochine le 17 décembre 1950 du général de Lattre de Tassigny. Le nouveau Haut-commissaire de la République et commandant en chef, avant son départ de métropole s'est entretenu avec deux anciens gouverneurs généraux, Albert Sarraut et l'amiral Decoux ; il est convaincu du besoin urgent de former une puissante armée vietnamienne destinée à relever les TFEO dans un temps plus ou moins long. Il rallie à ses vues son adjoint, le général Salan, puis l'empereur Bao Dai. Dès lors un ensemble de décisions va favoriser la croissance des forces gouvernementales.
Le 5 mars 1951 à Dalat un programme accéléré de mise sur pied est adopté. Dans l'année en cours, l'AVN doit passer de 70.000 hommes à 134.000. Le général Spillmann, à la tête d'une mission militaire française, et le chef du gouvernement, Tran Van Huu, sont plus particulièrement chargés de cette action.
Le 9 juillet 1951 la mobilisation générale est prononcée ; le 15 juillet le principe de la conscription est instauré ainsi que celui de la réquisition de spécialistes. Ces dispositions vont de pair avec le détachement de cadres français et l'octroi de crédits par la Métropole. Le gouvernement vietnamien s'engage en outre à consacrer 40% de son budget à la défense nationale.
Les Etats-Unis, pourtant opposés au maintien de la France en Indochine, se montrent favorables à la formation d'une AVN qui leur paraît devoir être un rempart contre l'avancée du communisme en Extrême-Orient. Bien qu'engagés à ce moment-là dans la guerre de Corée, ils entendent soutenir l'opération. Déjà, le 6 mai 1950, la mission Griffith est arrivée à Saigon pour évaluer les besoins des nouvelles forces et, au mois d'octobre suivant, la MAAG (mission aid and advisory group) a commencé à fonctionner sous la responsabilité du général Brink. Le 11 août 1950, la première cargaison d'équipements a été débarquée du "Steel Rover". Un pacte d'assistance mutuelle USA-Vietnam est conclu le 23 décembre 1950.
Enfin, le général de Lattre, dont les mots d'ordre à ce moment-là sont "vietnamisation et béton" (3), prononce à Vinh Yen le 19 avril 1951 puis à Hanoï le 11 juillet deux discours où il engage la jeunesse locale à rejoindre l'AVN. Le 14 juillet suivant, en présence de l'empereur Bao Dai, une brillante prise d'armes a lieu dans la capitale du Tonkin et les unités de l'armée nationale y participent.
Dans une conjoncture aussi favorable, les progrès des forces sont spectaculaires (4).
1950: 17 BVN ; 65.000 hommes.
1951: 32 BVN, 1 BPVN, 3 ERVN, 110.000 hommes.
1952: 55 BVN, 2 BPVN, 6 ERVN, 147.800 hommes plus 53.280 supplétifs.
Juillet 1954 : 82 BVN, 81 TDQ, 4 BPVN, 6 régiments de garde impériale, 9 groupes d'Artillerie, 4 bataillons du Génie, 10 ERVN, 6 groupes de transport et des unités des services, 167.700 hommes plus 37.800 supplétifs.
A la fin des hostilités, un Vietnamien sur cent est incorporé dans l'AVN, deux Vietnamiens sur cent sont sous les armes si l'on compte le Viet Minh et les Autochtones servant dans les TFEO. 455.000 hommes sont prévus en 1955, ce qui doit permettre de remplacer le corps expéditionnaire français. D'ailleurs, avec un bel optimisme, le général Nguyên Van Hinh affirme qu'à cette date "une division vietnamienne sera envoyée en France en compensation des sacrifices consentis en Indochine par cette dernière. Cette grande unité participera à la défense de l'Europe dans le cadre de l'opposition des blocs ouest et est".

Le commandement
II est assuré par l'état-major des TFEO qui règle l'organisation et dispose de l'AVN, tout en répartissant l'aide américaine. Jusqu'en juin 1953, presque aucune responsabilité opérationnelle ne sera dévolue aux officiers vietnamiens, qui se contenteront d'exécuter les ordres français avec une assez mauvaise volonté. Schématiquement, le commandement peut être ainsi décrit.
- Un haut comité des FAVN, habilité à traiter la politique générale et les grandes options militaires, comprend les hauts responsables français et vietnamiens ; son action est prolongée par un comité, disposant d'un état-major mixte.
- Une mission militaire française, répartie entre un bureau général et quatre organismes régionaux, comprend à la fin de 1951, 400 officiers et 2.000 sous-officiers des TFEO.
- Un état-major des FAVN, créé le 1er mai 1952, est confié au colonel puis général Nguyên van Hinh, officier français d'origine vietnamienne. Celui-ci dispose d'un major général et de trois adjoints air, mer et terre; 150 militaires dont 36 officiers français servent dans cet organisme qui accomplit surtout des tâches administratives et logistiques.»
Au point de vue territorial, il existe quatre régions militaires, la 1ère au Sud Vietnam, la 2ème au Centre, la 3ème au Nord et la 4ème sur les Plateaux Montagnards.
Les circonscriptions sont découpées en subdivisions, arrondissements et sous-arrondissements.
Sur le plan opérationnel, sont créées tout d'abord quatre divisions (chacune implantée dans une région militaire) puis six. Ces organismes, hormis la 4ème Division commandée par un colonel français, ne sont pas des grandes unités au sens strict car elles ne disposent pas d'un état-major structuré et de moyens de renforcement. Fortes de 9.000 hommes (9 B.V.N. et des réserves territoriales), ces troupes sont plus des organes de mesure pour évaluer les besoins logistiques que des ensembles aptes à mener de grandes opérations. La l6ème et la 6ème divisions sont stationnées au sud, la 2ème au centre, la 3ème et la 5ème au nord, la 4ème sur les plateaux montagnards.
Les plus importantes unités tactiques composées de personnels locaux et commandées par des Vietnamiens sont, à partir de 1953, les sept groupements mobiles (5) dont 1 groupement aéroporté. Chacun comprend trois BVN ainsi qu'un groupe d'artillerie et peut recevoir le renfort d'éléments blindés ou du génie. Les G.M. 41 et 42, dits de montagne, sont sous les ordres d'officiers français. En outre, d'une manière éphémère, des groupements Kinh Quan à trois bataillons ont été mis sur pied au Tonkin en février 1954.

Les Unités
Elles ont deux origines :
-certaines sont formées de supplétifs, de gardes, d'engagés volontaires, déjà en service ou d'appelés ;
-les autres sont des corps de troupe des TFEO vietnamisés. Dans ce cas, il peut s'agir d'unités transférées à l'AVN ou de formations dérivées de leurs homologues français. Le 31 décembre 1952, 73.000 cadres ou soldats des corps mixtes français ont de cette façon rejoint les rangs de l'AVN. Ces transferts ou dérivations ne s'effectuent pas sans provoquer les récriminations des officiers et sous-officiers mutés d'office.

L'Infanterie
- Le Bataillon Vietnamien (ou Montagnard) de 829 hommes, équipé avec du matériel français, souvent encadré par des Français. Ainsi le 14ème BVN, ancien 7ème BMEO, comprend 86 Français détachés alors que le 18ème BVN est tout entier vietnamisé.
- Le Tiêu Doan Kinh Quan ou bataillon léger, créé en 1953 par le Général Hinh en total désaccord avec son ministre de la défense Nguyên Van Tri.
Les TDKQ sont en théorie destinés à combattre le Viet Minh en utilisant ses méthodes. Le chef d'état-major de l'AVN voit "le soldat Kinh Quan entrer dans les villages rebelles, le fusil d'une main et la guitare de l'autre". 185 millions de dollars sont consacrés à l'organisation de 81 TDKQ, 108 étant initialement prévus. Les bataillons ont un effectif de 737 hommes, tous autochtones, et sont dotés de matériel américain. Mais les fusils Garant Ml sont trop longs pour les Indochinois et les moyens logistiques trop lourds pour leur mission.
- Les Bataillons Parachutistes Vietnamiens (1er - 3ème - 5ême - 6ème et 7ème), très différents dans leurs effectifs et la proportion de cadres ou soldats venus des TFEO. En août 1951, le 1er BPVN, issu de la lère compagnie parachutiste vietnamienne et de l'escadron parachutiste de la GVNS, aligne 638 hommes dont 65 européens. Le 3ème BPVN, qui est l'ancien 10ème BPCP, comporte 67 français et 818 autochtones, alors que le 5ème BPVN en partie formé avec les hommes du 3ème BPC en août 1953 compte 213 européens et 867 indochinois. Un 6ème BPVN entièrement vietnamien, créé le 1er mars 1954, ne participera pratiquement pas aux opérations.

L'Arme Blindée Cavalerie
Elle est présente depuis 1950 dans l'AVN, un peloton blindé ayant été mis sur pied à l'Ecole Interarmes de Dalat. Elle est articulée en escadrons de reconnaissance, les trois unités stationnées au Nord Vietnam étant rassemblées au sein du 3ème Régiment de Reconnaissance. Le matériel roulant est constitué d'automitrailleuses M8, de scout-cars et de half tracks. L'appoint fourni par les TFEO varie avec les unités.

L'Artillerie
Sa première batterie date du 1er novembre 1951, l'état-major imposant par la suite la constitution de groupes à trois unités d'intervention, outre une importante artillerie de positions (par exemple 42 pièces dans le Transbassac et le secteur de Mytho). Le 1er juillet 1954, à ce titre, il existe 5 batteries de zone ou de secteur et 48 sections fixes ou mobiles. Jusqu'à la fin des hostilités, tous les GAVN demeurent sous le commandement de chefs de corps métropolitains.

Le Train
II est né en 1951. Les premières compagnies divisionnaires de transport deviennent groupements en avril 1953. Il se trouve également quelques compagnies muletières et deux unités de circulation routière.

Le Génie
Sa première compagnie est rassemblée le 1er septembre 1951. Il opère ensuite sous la forme de bataillons du génie placés sous la responsabilité d'officiers français.

Les Transmissions
Elles fonctionnent avec des unités divisionnaires, la plus grande partie du trafic étant acheminé par les centres des TFEO. De même, ce sont les compagnies de réparation de ces dernières qui entretiennent et remettent en état les 8 426 véhicules de l'AVN.

Les Gardes
A celles déjà citées, il convient d'ajouter la Garde Impériale, les quatre Groupes Autonomes d'Escadrons d'Honneur, les Groupes d'Escadrilles Fluviales du Nord et du Sud ainsi que l'Escadrille Fluviale du Centre. Certaines formations paramilitaires telles que les Bao Ve Quan en Annam et les Bao Chinh Doan au Tonkin ont mission de protéger les autorités et les groupements administratifs opérationnels créés le 2 mars 1952 pour représenter les services gouvernementaux dans les campagnes. Le 1er janvier 1952, les diverses gardes comptabilisent 23.264 hommes répartis en groupes de compagnies ou d'escadrons, voire en régiments en Annam et au Sud Vietnam. Dans cette première contrée, ces corps prennent les noms de Duy Tan, Trân Hung Dao et Nguyên Huê. Toutes ces unités, hormis les cochinchinoises, sont transformées en 21 bataillons de gardes ou de gardes montagnards le 1er mars 1953.

Les Supplétifs
En 1953 ils représentent 25% des forces gouvernementales. A un certain moment, ils atteignent le chiffre de 59.280 formant 267 compagnies commando, 180 C.L.S.M. (6) et 41 unités de supplétifs confessionnels.

L'Aviation
Formée au sein de l'armée de terre le 25 juin 1951, elle aligne 1 escadrille de liaison, 2 groupes d'observation d'artillerie et 1 escadron d'appui feu.

La Marine
Elle a vu le jour le 6 mars 1951. En juillet 1954, elle possède 5 bâtiments de haute mer et 55 engins fluviaux ou côtiers constituant 6 compagnies fluviales.

La Gendarmerie
Forte de 1.100 hommes.

Le commandement

1 - Les Officiers d'active
Lors de la création de l'AVN, quelques officiers français d'origine indochinoise se trouvent en service dans la péninsule. Certains, tels le lieutenant-colonel Nguyên Van Hinh, les capitaines Le Quang Triêu, Le Van Kim, Trân Van Don et Leroy, ainsi que le lieutenant Trân Van Minh, qui a déjà opté pour la nationalité vietnamienne, vont être détachés dans les états-majors et les bataillons en formation. Ce sera aussi le cas de quelques officiers indigènes des troupes coloniales dont le corps comprend alors 1 chef de bataillon, 3 capitaines, 29 lieutenants et sous-lieutenants. Plus ou moins rapidement et en dépit de leurs fréquentes réticences, ces gradés, comme les capitaines Le Van Ty et Nguyên Van Vy ainsi que le lieutenant Nguyên Ngoc Le, sont invités à rejoindre les nouvelles unités où ils se voient attribuer un grade supérieur à celui détenu dans l'armée française. Dans le même temps des adjudants-chefs et des adjudants des TFEO deviennent sous-lieutenants vietnamiens. Une douzaine d'officiers autochtones ont déjà également été instruits par le Peloton Interarmes d'Extrême-Orient stationné en 1946 à Dalat et d'autres par l'Ecole Militaire de Hué fondée le 1er décembre 1948. Ces apports étant notoirement insuffisants pour encadrer d'importants effectifs, une école militaire interarmes installée à Dalat va former des officiers d'active. Les candidats sont admis d'office s'il possèdent le baccalauréat, sinon ils passent un concours.
En septembre 1953, l'E.M.I.A. a déjà reçu 6 promotions d'un total de 1.000 officiers dont 150 aspirants venant des sous-officiers, les stages s'étendant sur une période de 9 mois (7). L'école instruit également des chefs de section montagnards et, au cours de 12 sessions, 361 commandants de compagnie destinés aux T.D.K.Q. reçoivent un enseignement accéléré. Les périodes d'application sont effectuées au CI.A.B.C. du Cap Saint-Jacques, au CI. d'artillerie de Phu Loc et à celui du génie de Kiên An. En outre, en 1954, 451 officiers sont sortis des écoles métropolitaines. Enfin, un centre d'instruction tactique créé en 1950 est remplacé deux ans plus tard par le Cours d'Etat-Major des FAVN à Hanoï. Les médecins, pharmaciens, juristes ou ingénieurs sont mobilisés avec le grade de sous-lieutenant. Une école de médecine militaire des FAVN dispense dès le 7 août 1951 son enseignement à Hanoï. En 1949, l'AVN ne comptabilisait que 160 officiers ; ils seront 5.800 à la fin des hostilités parmi lesquels 3 généraux, 10 colonels et 12 lieutenants-colonels.

2 - Les Officiers de réserve
Ils ont une double origine. Les uns, choisis par les chefs de corps et réunissant au moins quatre mois de service, sont issus des sous-officiers de réserve ; les autres, venant directement du civil et appelés, doivent posséder la lère partie du baccalauréat pour le service auxiliaire et le Diplôme d'Etudes Supérieures Indochinoises pour celui des armes.
Tous sont instruits dans les écoles d'EOR stationnées à Tang Nhon Phu (Thu Duc), Hué, Nam Dinh et, pour les plateaux montagnards, au Lac. Il est à remarquer que beaucoup de jeunes gens appelés comme EOR ne rejoignent pas, certains "étant occupés à d'interminables études en France". En octobre 1951 sur 1.000 convoqués, seuls 610 obtempèrent. Les stages durent 8 puis 6 mois. En mai 1954, 3.600 officiers de réserve ont été formés.

3 - Les Sous-Officiers d'active
Ils proviennent, à l'origine, des TFEO ou des gardes. Leurs supérieurs protestent contre de telles affectations qui réduisent la valeur de l'encadrement de leurs unités. Une importante action de propagande va être ensuite effectuée pour que les gradés chevronnés des régiments coloniaux rejoignent les rangs de l'armée nationale. Assez peu attirés de prime abord, beaucoup par la suite se laisseront tenter par l'avancement proposé.

4 - Les Sous-Officiers de réserve
Pour constituer ce corps, les autorités portent leurs efforts sur l'enrôlement de jeunes hommes de 20 à 28 ans, détenteurs du CEP ou du DEPSI. Instruits dans les Centres Techniques Régionaux, à l'issue d'un stage de 4 mois, ils sont nommés sergents de réserve et doivent servir 16 mois. De 1949 à 1954, 72.500 sous-officiers seront ainsi formés. Selon ces procédés, en 1953, le centre de Quang Yen incorpore 7.500 recrues parmi lesquelles 1.600 élèves caporaux et sergents destinés à encadrer 15 T.D.K.Q. après avoir suivi les pelotons.

5 - Les Militaires du rang
Lors des deux premières années de l'AVN tous les soldats sont des engagés ou d'anciens supplétifs. Le principe de la conscription ayant été imposé, à partir du 1er octobre 1951, 45.000 hommes sont appelés par tranches de 10.000 tous les deux mois. Le 7 janvier 1953, le Président Nguyên Van Tam décrète le service militaire obligatoire. Le taux d'abstention, très faible au début, en 1954 va dépasser 40%, les recrues rejoignant 6 centres d'instruction cantonnés à Bac Ninh, Quang Yen, Huê, Nha Trang, Quan Trê et Soc Trang. Par la suite, les appels pour une durée théorique de 2 ans sont effectués sous la forme de convocations de contingents de 10.000 hommes par les Bureaux de Recrutement Régionaux établis en mars 1951.

En apparence, l'AVN conçue, instruite, encadrée et utilisée par la France semble disposer de tous les moyens humains et matériels pour soulager puis remplacer les TFEO. Ses dirigeants politiques ont confiance en elle ; en 1951, le Doc Phu Su Nguyên Van Tam, gouverneur du Nord Vietnam, dit au général de Lattre : "Que l'on me donne des hommes en quantité suffisante et la victoire est acquise en deux ans".


(1) D'après Louis Bezacier, de l'Ecole Française d'Extrême-Orient (1943).
(2) L'action de Monseigneur Pigneau de Béhaine et de son détachement de coopérants français (Puymanel, Chaigneau, Vannier, Forsanz, Dayot) sera étudiée à l'occasion du bicentenaire de la mort de l'évêque le 9 octobre 1799.
(3) Le terme de vietnamisation apparaît dès 1950 ; quant au béton, il évoque la construction d'une ceinture fortifiée autour du delta tonkinois en 1951.
(4) BVN : Bataillon Vietnamien (d'infanterie classique) ; TDKQ (Tiêu Doan Kinh Quan) : Bataillon léger ; PVN : bataillon Parachutiste Vietnamien ; ERVN : Escadron de Reconnaissance Vietnamien ; GAVN : Groupe d'Artillerie Vietnamien.
(5) Les G.M. sont numérotés 11, 21, 31, 32, 41 et 42 ; le G.A.P. porte le numéro 3.
(6) Compagnie légère de supplétifs militaires.(7) 5 mois pour les anciens sous-officiers d'active.

NDLR. Beaucoup d'éléments de cet article sont extraits d'une thèse de M. Nguyên Van Phaï : " L'Armée Vietnamienne ", soutenue à l'Université Paul-Valéry de Montpellier en 1980.



Colonel Maurice RIVES


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