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>La guerre d'Indochine>Le général Leclerc en Indochine

 

Le général LECLERC en Indochine

Ndlr : Les photographies qui illustrent cet article ont été mises à notre disposition par le Mémorial Leclerc/Musée Jean Moulin (Ville de Paris).

Les combats de la 2ème guerre mondiale s'arrêtent en Europe le 8 mai 1945 par la capitulation des armées nazies du 3ème Reich allemand. Dès son retour en France après la campagne d'Allemagne à la tête de sa 2ème Division Blindée, le général de Corps d'Armée Philippe Leclerc de Hauteclocque reçoit en juin 1945 le commandement d'un Corps d'armée qu'il doit former, organiser et instruire pour rejoindre les Armées des Etats-Unis dans le Pacifique où se continue et s'intensifie la guerre contre le Japon. Mais un événement va rapidement accélérer et accentuer les décisions des Chefs d'Etats concernés : les 6 et 9 août 1945 deux bombes atomiques américaines détruisent Hiroshima et Nagasaki, mettant à genoux l'empire nippon qui décide de capituler le 15 août.
Dans cette région du monde, au bord du Pacifique, l'Indochine française, avec près de 40.000 résidents français, est depuis 1940 occupée par les troupes japonaises dont la police, la "Kempetaï", fait peser sur la population française, la même terreur que la Gestapo nazie en France. La cessation des hostilités permet au gouvernement provisoire de la République Française et en particulier à son chef le général de Gaulle, de mettre en application ses déclarations énoncées le 24 mars 1945 à la suite du coup de force japonais du 9 mars sur les garnisons françaises. Ainsi on peut lire dans les mémoires de De Gaulle : « L'Indochine, du jour au lendemain, nous redevient accessible. Nous n'allons pas perdre un jour pour y rentrer, l'envoi de troupes en est la condition de tout. »

Sans attendre d'autres développements, le 13 août 1945 le vice-amiral Thierry d'Argenlieu est nommé Haut Commissaire de France pour l'Indochine et le 16 août le général Leclerc est nommé commandant supérieur des troupes en Extrême-Orient. Leurs missions respectives sont pour le premier « de rétablir la souveraineté française dans les territoires de l'Union Indochinoise » et pour le second de « prendre, sous l'autorité du Haut Commissaire, toutes les mesures tendant au rétablissement de cette souveraineté ». Les textes complets et explicites paraissent au Journal Officiel le 22 août 1945. Le 18 août le général Leclerc s'envole du Bourget avec un embryon d'état-major vers l'Asie. Il part démuni de toute information détaillée et sans que ses troupes n'aient commencé à embarquer : il n'y a pas de bateaux disponibles?
Après une escale prolongée à Kandy, dans l'Île de Ceylan (Sri Lanka actuel), à l'état-major du théâtre d'opérations Sud-est Asiatique, commandé par l'amiral britannique Mountbatten, Leclerc arrive à Saïgon le 5 octobre 1945. Auparavant il avait représenté la France le 2 septembre sur le " Missouri " en baie de Tokyo à la signature de la capitulation japonaise alors que le même jour, à Hanoï, Hô Chi Minh, président plus ou moins élu, proclame la naissance de la République démocratique du Vietnam, terme peu employé à l'époque car depuis plusieurs mois on parle surtout du Viet Minh : abréviation de l'appellation annamite du parti politique nationaliste et xénophobe, Viet Nam Doc Lap Dong Minh.
En même temps, Hô Chi Minh réclame la réunification des trois Ky (Tonkin, Annam, Cochinchine), et l'indépendance et il lance une campagne de terreur visant les Français et certains notables annamites.

En application des dispositions prises à la conférence de Potsdam en juillet 1945, à laquelle les grands avaient "oublié" d'inviter la France, le général Leclerc a trouvé, en arrivant à Saïgon, le général britannique Gracey avec la 20ème division hindoue chargée de désarmer les Japonais au sud du 16ème parallèle et il a appris que les Chinois de Chang Kai-chek étaient entrés au Tonkin, sous les ordres du général Lou Han, pour remplir la même mission au Nord du 16ème parallèle. Depuis son passage à Kandy, Leclerc sait qu'à Kun Ming en Chine, Jean Sainteny (de son vrai nom Roger Jean, gendre d'Albert Sarraut, directeur de la banque d'Indochine en Cochinchine et au Tonkin entre les deux guerres, résistant du Réseau Alliance) dirige l'antenne M 5 de la DGER du colonel Passy à Londres, qui s'emploie à prendre des contacts à Hanoï après avoir été nommé Commissaire de la République pour le Tonkin et le Nord-Annam.


Leclerc avec l'amiral Thierry d'Argenlieu (fin octobre 1945)

Enfin le 15 octobre 1945 voit débarquer sur les quais de Saïgon les premiers éléments du Corps Expéditionnaire français en Extrême Orient (CEFEO) : ce sont les hommes du groupement de marche de la 2ème DB, fort d'environ 2.000 hommes et à peine 500 véhicules, aux ordres du lieutenant Massu. Dès le 25 octobre, ils sont en opérations pour dégager les alentours de Saïgon en attaquant les bandes viet minh qui s'y déploient ou plutôt qui s'y cachent en appliquant à la population locale une politique de propagande antifrançaise sans parler des exactions et assassinats qu'elles ne manquent pas de provoquer.
My Tho est occupé avec l'aide des commandos de la marine et des éléments français du Corps léger d'intervention devenu le 5ème Régiment d'infanterie coloniale. Les opérations vont se succéder en Cochinchine et au Sud Annam pendant les derniers mois de 1945 vers Tay Ninh, Ban Me Thuot , et Nha Trang, le port d'Annam où la 9ème division d'infanterie coloniale arrivée début novembre a réussi, le 19 novembre 1945, une opération de débarquement.


Leclerc et Massu sur la route de Mytho (fin 1945)

Mais le général Leclerc est obsédé par le problème du Nord de l'Indochine. Il est persuadé que c'est à Hanoï et avec Hô Chi Minh que la situation de toute la péninsule se réglera malgré les obstacles prévisibles, comme il l'écrit à plusieurs reprises : « pour que l'intérêt supérieur de la France n'en souffre pas ». Dès le 1er novembre, Leclerc avait fait nommer le général Salan, délégué militaire du Haut Commissariat à Hanoï. Peu de temps après, devant l'importance des effectifs militaires que la Chine a envoyés au Tonkin et la présence sur son territoire des 3.500 rescapés français du coup de force japonais du 9 mars 1945, il détache à Tchung King le colonel Crépin qui est rejoint par les colonels Lecomte et Repiton-Preneuf.

Voyant la pacification de la Cochinchine arriver presque à son terme, Leclerc met sur pied l'opération Bentre destinée à amener des troupes au Tonkin, 9ème DIC et le GM de la 2ème DB, alors que la 3ème DIC prendra position en Cochinchine et au Sud-Annam. Pour améliorer encore la position de la France, il fait effectuer l'opération Gaur à partir du 20 janvier 1946 : partant de Ban Me Thuot et traversant l'Annam d'Ouest en Est, un fort détachement blindé va montrer les armes françaises dans cette région et faire jonction avec celles qui avaient débarqué à Nha Trang en novembre.
Effectivement, c'est bien la ligne de conduite que le général a choisie, en se basant sur les renseignements obtenus au Tonkin par les officiers qu'il y a envoyés : « montrer sa force pour mieux négocier ».

De novembre 1945 à fin février 1946 les plénipotentiaires vont accomplir un travail minutieux et, par moments décourageant, pour aboutir à la conclusion de négociations d'une part avec les autorités chinoises gouvernementales et militaires qui n'ont pas toutes la même opinion sur le retour de la France au Tonkin et d'autre part avec le Gouvernement révolutionnaire annamite qui siège à Hanoï sous la « houlette » d'Hô Chi Minh que l'amiral Thierry d'Argenlieu qualifie de « chef communiste révolutionnaire » sous-entendant que l'on ne peut pas s'entendre avec lui.
Arrive le mois de mars et en particulier le 6 mars 1946, date à laquelle les bateaux transportant une partie importante du CEFEO se présentent devant le port de Haïphong, Ils sont accueillis par les tirs des soldats chinois qui leur causent des pertes sérieuses avant que les troupes embarquées puissent se rassembler sur les quais et gagner le 7 mars dans la matinée les cantonnements prévus.
A la même date dans la nuit du 5 au 6 mars des accords très explicites avaient été mis sur pied : ils permettaient, entre autres dispositions, à nos troupes de débarquer au Tonkin mais il paraît que le général chinois de Haïphong n'avait pas été prévenu (il y avait aussi des tensions au sein de l'armée chinoise), d'où l'explication des tirs du 6 mars.

Revenons plus précisément sur ces accords du 6 mars 1946 signés dans l'après-midi à 16h30 par Jean Sainteny et Hô Chi Minh. Ils sont constitués par une convention préliminaire et un accord annexe :
La convention préliminaire : la France reconnaît la République du Viet Nam comme un état libre faisant partie de la Fédération indochinoise et de l'Union française ; elle prévoit en outre le tenue d'une conférence à Hanoï, Saïgon ou Paris où les « Hautes parties contractantes » au cours de « négociations amicales et franches » étudierons :
a) les relations diplomatiques du Viet Nam avec les états étrangers,
b) le statut futur de l'Indochine,
c) les intérêts économiques et culturels français au Viet Nam.
L'accord annexe : les questions militaires y sont traitées, en particulier le commandement des « forces de relève » et leur organisation en trois catégories :
a) la garde des prisonniers japonais, ne devant pas excéder une durée de 10 mois,
b) le maintien de l'ordre public en collaboration avec des unités vietnamiennes. Ces forces seront relevées par cinquième chaque année par l'armée vietnamienne,
c) la défense des bases navales et aériennes dont la durée sera définie ultérieurement.


Leclerc reçoit le général Lou Han, représentant la Chine nationaliste (18 mars 1946)-(coll. Sadoun)

Du 13 au 27 février, l'Amiral était à Paris, et donc le général tenant par intérim les fonctions de Haut-commissaire était tenu informé du déroulement des négociations par des messages très fréquents qu'il répercutait sur Paris. Bien que les gouvernements aient changé après le départ du général de Gaulle le 20 janvier 1946, le Comité interministériel de l'Indochine était resté en place et informait l'Amiral. Celui-ci de retour à Saïgon a pris position contre les accords du 6 mars qu'il n'approuvait pas dans leur intégralité. Il s'ensuivit des frictions entre lui et le général Leclerc qui provoquèrent des échanges de lettres peu aimables.
Le 18 mars 1946, après encore de rudes empoignades, Leclerc entre à Hanoï avec un détachement blindé de 1.200 hommes au milieu d'une foule en liesse et le même jour il rencontre Hô Chi Minh.


Leclerc au volant de sa jeep avec Jean Sainteny dans Hanoi (18 mars 1946)

Le 24 mars l'amiral Thierry d'Argenlieu, au cours d'une revue navale en baie d'Along, reçoit Hô Chi Minh sur l'" Emile Bertin " et lui propose de réunir une conférence en Indochine pour préparer celle de Paris. Elle aura lieu à Dalat (Cochinchine) du 19 avril au 11 mai 1946.

Le 25 avril, le général Juin, chef d'état-major de la Défense Nationale, est à Hanoï et au cours d'une rencontre, Leclerc lui demande d'être relevé de ses fonctions en lui précisant sa mésentente persistante avec l'Amiral.

La conférence de Paris s'ouvre à Fontainebleau le 6 juillet alors que Hô Chi Minh et sa suite sont en France depuis début juin et font du tourisme en attendant la constitution d'un gouvernement.


Le général Leclerc arrive sur l'"Emile Bertin" (coll. Le Brun). Au premier plan, le capitaine de vaisseau Langlois et sur l'échelle de coupé, le capitaine Peschaud

En Indochine nos troupes étendent leur rayonnement à partir d'Haïphong et de Hanoï sur le delta du fleuve rouge et vers Hué, Tourane (en Annam), Phu Lang Tuong, Lang Son et Cao Bang jusqu'à la porte de Chine, malgré les incidents avec l'armée chinoise et des bandes vietminh plus où moins officielles. Les troupes françaises "en stage en Chine" après le coup de force japonais du 9 mars 1945 rentrent au Tonkin sous les ordres du commandant Quilichini et stationnent en haute région (Diên Biên Phu) et au Nord-Laos.

La conférence de Fontainebleau se termine le 10 septembre 1946, sans avoir abouti à autre chose qu'à la signature d'un "modus vivendi" qui ne donne satisfaction à aucun des participants.

Mais entre temps, le 12 juillet 1946, le général Leclerc a été désigné "Inspecteur des forces terrestres françaises en Afrique du Nord". Le 14, il est promu général d'armée et reçoit la médaille militaire. Le 19 juillet il s'envole de Saïgon après avoir dit aux officiers du CEFEO qui le saluent à son départ : « Continuez à défendre les intérêts français ! Pour cela, s'il le faut, tendez la corde, tirez dessus, tirez pour la France. Mais surtout qu'elle ne casse jamais : il nous faut la paix ».

Si l'on peut dire que le général, en quittant ce territoire, tourne la page de l'Indochine avec classe et sans regret, on ne peut pas passer sous silence une phrase de madame la Maréchale, prononcée plusieurs années plus tard
: « Son séjour en Indochine fut une terrible épreuve ».
Et il n'en a pas fini avec l'Indochine : cinq mois après son retour en France, Leclerc est convoqué le 22 décembre 1946, par Léon Blum, président du Conseil, qui lui demande d'effectuer une inspection en particulier au Tonkin à la suite des événements du 19 décembre qui ont enflammé le territoire. Il s'envole du Bourget le 25 décembre.

Que s'est-il passé ? Le 20 octobre Hô Chi Minh est revenu de France au Tonkin, et le 30 du même mois est la date choisie pour l'application du "modus vivendi" signé à Fontainebleau entre lui-même et Marius Moutet ministre des Colonies. Il n'a sans doute pas été reçu à bras ouverts par ses collaborateurs et ce sont sûrement eux qui ont mis le feu aux poudres en donnant l'ordre d'attaquer par surprise les positions françaises du Tonkin et du Haut-Tonkin le 19 décembre au soir. Il s'ensuivit une vague d'attentats mortels sur les ressortissants français et surtout l'entrée en clandestinité dans les montagnes du Haut-Tonkin de tous les dirigeants de la République du Viet Nam.
Leclerc atterrit à Saïgon le 28 décembre et le 31 il est à Hanoï. Trouvant sur place une situation tendue, c'est le moins que l'on puisse dire, il va sillonner le Tonkin pendant toute la semaine et rencontrer Marius Moutet qui est là aussi en mission politique et il quitte Saïgon pour Paris le 9 janvier 1947. Le 12, il rend compte verbalement de sa mission à Léon Blum et refuse catégoriquement la proposition qui lui est faite de retourner en Asie avec les fonctions de Haut-commissaire.
Après lui avoir adressé un compte rendu détaillé de son inspection, le général Leclerc écrit au président du Conseil une lettre qu'il termine en ces termes : « Il s'agit de composer avec un nationalisme xénophobe qui s'éveille, de le canaliser afin de sauvegarder, au moins en partie, les droits de la France ».


Leclerc en inspection (janvier 1947)-(coll. Le Boudec)

En France les élections ont amené Vincent Auriol à la présidence de la République le 16 janvier 1947 et Paul Ramadier à la place de Léon Blum. Fin janvier les autorités en charge des affaires renouvellent leur demande à Leclerc d'accepter le poste de Haut-commissaire de France en Indochine. Celui-ci remet le 8 février au Président de la République un document intitulé « Conditions à exiger par un Haut Commissaire chargé de redresser la situation en Indochine », en même temps que son refus définitif de succéder à l'Amiral Thierry d'Argenlieu.

Pour conclure ce rapide examen de l'action du général Leclerc en Indochine on ne peut mieux faire que de citer la dernière phrase écrite par le général Duplay, son historiographe, dans le livre qui a publié les actes du colloque sous le titre, Leclerc et l'Indochine (1945-1947) quand se noua le destin de l'Empire paru aux éditions Albin Michel en 1992 :
« Pour le général Leclerc la page est définitivement tournée, il ne parlera plus de l'Indochine, mais tout permet de penser qu'il en gardera le goût amer d'une mission inachevée, saccagée par trop d'incompréhension, d'erreurs et de malchance ».

Colonel (cr) Maurice Courdesses
ancien de la 2ème DB, conseiller historique au Mémorial du Maréchal Leclerc de Hauteclocque et de la libération de Paris et au Musée Jean Moulin (Ville de Pais)

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