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Marins en kaki

En tous temps, en tous lieux, les marins ont pris une part très active aux interventions à terre tant en France qu'outre-mer.
En Indochine, nous étions pour tous "la Marine en kaki" ; pour les biffins, les paras, la Légion, nous étions "les chie dans l'eau".

Ces unités comme toutes les unités dans la Marine à terre étaient constituées d'éléments de toutes les spécialités existant à l'époque. Seuls les commandos Marine l'étaient à 98% de fusiliers commandos.
La guerre d'Indochine a eu le terrible mérite de ne ressembler à aucune autre.
La guérilla, les embûches diverses, la ruse étaient les états permanents de cette lutte et on pouvait s'interroger sur la nécessité et l'efficacité d'une force de plusieurs milliers de marins en Extrême-Orient.
Y aurait-il donc eu une marine de guerre viet-minh ?
Bien sûr, elle n'existait pas, mais nous allons regarder la carte... l'étudier plutôt, et à ce moment-là seulement nous comprendrons que la marine française a eu de grandes responsabilités en Indochine. Les 2.000 km de côtes et les deux immenses deltas, celui du Fleuve Rouge au nord et celui du Mékong au sud nécessitaient une présence "Marine". Ces deux deltas sont la vie du pays et, de ce fait même, faisaient l'objet de la convoitise du Viet-Minh.
Avec les innombrables ramifications de leurs fleuves augmentés de canaux creusés de main d'homme, ils sont également de gigantesques éponges.
De plus, l'eau est l'élément de circulation naturel et pour se mouvoir sur l'eau, il n'est encore rien de mieux que des bateaux.
Pour toutes ces raisons, la "Marine nationale" était en Indochine et avait participé brillamment à toutes les opérations dans cette région du monde depuis la conquête jusqu'à la fin des opérations en 1954.
Après 1945, des unités spécifiques opérant sur les fleuves et arroyos furent crées sous des noms divers : flottilles fluviales des fusiliers marins, flottilles amphibies du Nord et du Sud, divisions navales d'assaut et commandos marine. Toutes ces unités ont maintenu très haut le prestige de la Royale. Sans ces bateaux, le commandement terrestre aurait éprouvé de sérieuses difficultés pour porter ses compagnies en zone rebelle, de l'autre côté des fleuves, au fond des rachs étroits dont les berges couvertes de palétuviers ou de palmiers d'eau masquaient parfois de cruels obstacles.

Parmi les risques spécifiques des opérations maritimes en Cochinchine et au Tonkin, il faut aussi mentionner les mines artisanales utilisées par le Viet-Minh sur tous les fleuves, rachs, arroyos ou giongs. Mouillées la nuit en toute tranquillité, par un plongeur silencieux et son bambou, avec un fil de mise à feu d'une centaine de mètres au minimum, qu'un seul veilleur pouvait actionner lorsqu'un bâtiment se présentait dans la ligne de visée.
Outre quelques LCM, LCVP, chalands cuirassés, les dragueurs de mines "Glycine" et "Myosotis", les LSIL 9030, LCI 9049 (ex USN 262) et quelques autres dont j'ai oublié le nom ou le numéro furent envoyés par le fond. En ce qui concerne les dragueurs, il n'y eut que peu ou pas de survivants.
Tant sur les fleuves du Tonkin que sur ceux de la Cochinchine, les patrouilles constantes, les reconnaissances et les appuis donnés aux postes souvent isolés en pays rebelle étaient de la plus grande utilité.
Les secteurs attribués étaient très étendus et les unités qui remontaient les fleuves Vaico à la limite de la plaine des Joncs, par exemple, jouissaient certes d'une grande indépendance, mais comme leurs soeurs des régions éloignées du Tonkin, elles étaient en constant état d'alerte.
Si la vie en Dinassaut était particulièrement fatigante et inconfortable pour le personnel et le matériel, parés à agir dans les plus brefs délais, elle était du moins passionnante. On manquait de place et d'installations matérielles, mais à tous les échelons du commandement une large place était faite et laissée à l'initiative individuelle (les affectations étaient de 18 mois).
On demandait beaucoup à chacun et des décisions rapides et souvent graves étaient prises par les chefs de dix-neuf à vingt-cinq ans (jeunes officiers issus de l'Ecole Navale, jeunes officiers de réserve, officiers mariniers de toutes spécialités, parfois même quartiers-maîtres de 1ère ou de 2ème classe).
Les plus illustres d'entre eux ont accédé aux plus hauts grades de la hiérarchie des armées et nous nous en réjouissons sincèrement :
- l'amiral P. Lacoste, ancien directeur général de la DGSE, a commandé en tant que jeune EV1 les LCT 799 et 1104 au sein des Dinassaut de Cochinchine en 1948-1949. Pacha remarquable à tous points de vue, très coté tant chez les marins que chez les biffins.
- l'amiral B. Louzeau, actuel chef d'Etat-major de la Marine, a brillamment commandé en son temps comme jeune EV1 la section d'assaut de Phnom-Penh, le LCM 49 à Mytho, le groupe LCM (5) de Hué en Annam.
- le vice-amiral d'escadre A. Coatanea, ancien major général des armées, jeune enseigne de vaisseau de 20 ans a commandé par intérim en 1953 et 1954, le LCI 9047 des Forces Fluviales du Fleuve Rouge (en remplacement d'un capitaine de frégate ou d'un capitaine de corvette). Il fut blessé à bord le 14 février 1954 après s'être particulièrement distingué lors des opérations menées sur le Moyen Fleuve Rouge à Yung-You. Malgré sa blessure et tout en continuant à diriger le bâtiment et le feu des pièces du bord, il prit le temps de faire un garrot (avec ses lacets de souliers) au commandant de la Dinassaut 12, le capitaine de corvette Marcel Garnier très grièvement blessé au cours de l'action.
L'embuscade, ce jour-là était du type de celles que rencontraient fréquemment les Dinassauts ou les forces fluviales au Tonkin. Quelques kilomètres de fleuve à franchir pour des engins relativement lents pendant que pilonnaient mortiers, mitrailleuses lourdes et canons sans recul enterrés et camouflés dans les digues et diguettes du fleuve (compagnies lourdes du régiment régional TD 42 qui, tel un "phénix", renaissait toujours dans le delta malgré des opérations incessantes...)
Après cela, il eut deux commandements opérationnels de LCT au Tonkin et en Cochinchine.
- Le plus illustre d'entre tous (onze fois cité au combat), commandeur de la Légion d'Honneur depuis le 19 février 1954 (2 fois cité en Algérie) est aujourd'hui un paisible retraité, père de famille nombreuse dans les Hautes Alpes. Je veux parler du capitaine de vaisseau (H) M. Garnier, ancien commandant des engins d'assaut à Nam-Dinh en 1947 et des 3ème et 12ème Divisions Navales d'assaut sur le Fleuve Rouge 1947-1948 et 1953-1954.
Les bateaux utilisés pour des opérations militaires dans ces deltas devaient donc remplir certaines conditions : puissance des moteurs suffisante pour pouvoir naviguer au moment des crues avec des courants atteignant 5 à 6 noeuds, tirant d'eau faible. Ils devaient, en outre, posséder un armement assez important et une protection efficace.
Ces conditions se trouvaient justement remplies par des engins que les Américains et les Anglais avaient construits à partir de 1942 et utilisés lors de la guerre du Pacifique et des débarquements en France.
En fait, ils avaient servi à débarquer le personnel, les chars et le matériel lors des débarquements sur les îles, après une intense préparation d'artillerie. Le fait qu'ils devaient s'échouer sur un rivage avait conduit à avoir des fonds plats et des rampes de débarquement. Engins divers récupérés en France après l'armistice du 8 mai 1945 ou achetés aux Philippines et en Malaisie. Bon nombre d'entre nous sont allés en chercher (échoués sur les plages et dans un triste état) à Manille et à Singapour. Quelques années plus tard, les diverses commissions de l'US Navy, venues en Indochine à divers titres, s'émerveillaient des modifications apportées à ces engins pour la guerre sur les fleuves et arroyos et, aussi, de leur bon état général coques et machines (alors que peinture et rechanges divers nous étaient chichement comptés).
Pour la petite histoire, je vous dirai que j'ai obtenu pour nos moteurs GM bon nombre de pièces en excellent état chez des amis de l'armée de terre (connus auparavant dans la Résistance lors des combats de la Libération, ou compatriotes pyrénéens).
Les mêmes moteurs Diesel GM 6-71 de la General Motors équipaient les chars moyens M3A3, M3A5, M4A2 (régiments de spahis et de cuirassiers). Hors service à divers titres, pendant nos escales à Hanoï, Haïphong, Nam-Dinh, nous en avons cannibalisé les équipements électriques et les moteurs, constituant ainsi un bon stock de rechanges à bord pour maintenir en état les engins de toutes les armées qui nous demandaient assistance et interventions diverses sur les fleuves et arroyos lors des grandes opérations. En sus des Dinassauts, nos camarades de la Légon Etangère, de la Gendarmerie d'outre-mer, du Train et du RICM avaient aussi leurs petites flottilles, bien étoffées pour certains.

De 1947 à 1954, au cours de mes séjours en Indochine, j'ai servi, tour à tour, sur tous les types d'engins : LCVP, LCM, LCT, LCI et VP.
Je n'en décrirai sommairement qu'un seul : le LCI 9047 (ex USN 251) dont j'ai été le chef mécanicien (maître chargé machines, électricité, sécurité, radio) de 1952 à 1954 :
- longueur : 48,30 m.
- tirant d'eau maxi : 1,75 m.
- déplacement : 275 t. (à pleine charge).
- propulsion 2 moteurs Diesel / 2 hélices à pas variable.
- puissance : 1600 cv. (800 par ligne d'arbre) + 2 GE + 2 moteurs au treuils (AV et AR).
- armement : 1 canon de 40 mm à l'avant, 1 canon de 75 mm guerre sur Spardeck, 4 canons de 20 mm (2 à l'arrière, 2 sur le Spardeck), 2 mitrailleuses de 7,62 mm à la passerelle, 1 mortier de 81 mm à l'arrière, 2 affûts spéciaux lance-grenades VB de 4 grenades à fusil (Mas 36) par affût (protection du plan d'eau lors des mouillages opérationnels), montés sur axes pivotants et avec masques de blindages sur le Spardeck (expérimentés en 1953, 1954...).
- 30 à 32 hommes d'équipage + l'état-major et les détachements légers opérationnels (appui d'artillerie).

Sur tous les champs de bataille où elle a été engagée, la Marine a combattu avec un magnifique esprit d'initiative et de sacrifice, et les marins ont toujours montré les plus belles qualités de volonté, d'allant et de courage qui ont fait honneur à la Marine toute entière.
A mes camarades féminins et masculins de tous grades, de toutes spécialités en activité en ce deuxième semestre 89, je voudrais dire : nous comptons sur vous pour assurer la pérennité de cet état d'esprit : soyez des militaires et des marins au vrai sens des termes, avant d'être des spécialistes de haut niveau.
Pour n'évoquer que les derniers conflits, je voudrais ajouter à l'attention de tous nos camarades féminins et masculins en activité que la Marine Nationale a eu :
- en Indochine de 1946 à 1954 : 301 tués métropolitains dont 27 officiers et environ 700 blessés, toutes unités confondues.
- en Algérie de 1956 à 1962 : 227 tués (dont 197 pour la DBFM et 30 pour les commandos) et 331 blessés (dont 254 pour la DBFM et 77 pour les commandos).
Ceci sans compter tous ceux tombés en service commandé en temps de paix : sous-mariniers, fusiliers marins, commandos, aéronavale, etc. dont le nombre total réel vous surprendrait, je n'en doute pas.

Paul J. CARNASSES
Premier-maître mécanicien (H)
Chevalier de la Légion d'Honneur (faits de guerre)
Ancien de la Résistance, des combats de la Libération, des flottilles fluviales de fusiliers marins, des Dinassauts, de la DBFM
Brevet : parachutiste
Certificats : amphibie, chaufferie, fusilier motoriste, sous-marinier (opération Suez 1956, sous-marin "La Créole")


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