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L'organisation politique du Viet-Minh
L'armée V.M. combat dans le cadre de la lutte idéologique du communisme international. Elle adopte en conséquence l'organisation des formations militaires de même obédience. Le P.C.I. a bien été dissous en théorie lors de son congrès tenu à Hà Nôi du 8 au 10 novembre 1945 et a été remplacé par une alliance du V.M. avec le V.N.Q.D.D. (Viêt Nam Quôc Dân Dang) et le Dông Minh Hôi (1), tous deux partis nationalistes, mais en réalité ses responsables sont demeurés en fonction. Formés en Russie et en Chine, ils entendent imposer leurs croyances à toute la population. Dès 1946, les futurs cadres V.M. suivent l'enseignement du Chien Thuât, la tactique politique, et lisent "Etat et Révolution" de Lénine ainsi que des extraits de la "Dictature du Prolétariat". Ils adhèrent aux idéaux enseignés par une Association d'Études Marxistes, émanation de l'ancien P.C.I.. De même, les nationalistes encore présents au Lien Viêt, le Front national, qui a succédé au parti communiste, sont écartés plus au moins rapidement. Le 4 mars 1951, le P.C.I renaît sous le nom de Parti des Travailleurs du Viêt Nam (Dang Lao Dông Viêt Nam). Les Français jusqu'en 1954 parleront simplement de Viêt Minh.
Giap affirme que "les trois clefs de la victoire sont le parti, le front uni et l'armée" et que "le travail politique est la vie et l'âme de l'A.P.V.N.". Celle-ci est alors sous l'emprise totale de l'ancien P.C.I. par l'intermédiaire du Comité Directeur du Parti et de la Direction Générale de la Politique fonctionnant à l'Etat - Major Général. Dang Xuân Khu, qui a adopté le pseudonyme chinois de Truong Chinh ("Longue marche") ainsi que celui vietnamien d'Anh Thân ("Grand Frère Prudence"), exerce une influence prépondérante sur ces deux organismes. La hiérarchie marxiste est représentée à tous les échelons de l'A.P.V.N., notamment dans les Lien Chi ou Chi Bô, cellules identifiées par la lettre C, et double les organes officiels, administratifs, économiques et militaires.
Cet assujettissement se concrétise par l'action de commissaires politiques dans les unités, aussi bien au niveau de l'état-major de la division ou du front qu'à celui des régiments et des bataillons. Une telle subordination, alors que depuis 1950 les politiques ont le pas sur les chefs militaires et jouissent en cas de divergence du pouvoir de décision, n'entraîne pas de conflit majeur d'autorité, car les cadres supérieurs, nommés selon des critères doctrinaires, sont dans leur immense majorité membres du P.C.I..
Aux échelons élevés, les commissaires politiques veillent à l'orthodoxie marxiste des formations, orientent et règlent leurs activités militaires. Dans les régiments, où ils ont instauré le système de la cellule de trois, ils surveillent les rares cadres non communistes et secondent le chef de corps. Ainsi au T.D. 174, le commandant de régiment note avec satisfaction que, son alter ego politique assurant "les rapports avec le parti, les populations et les organisations de masse", lui-même peut se consacrer à sa tâche militaire pour donner à son unité "une mobilité accrue, une bonne conscience politique et une excellente connaissance idéologique." Cette hiérarchie parallèle, constate le 2ème Bureau français de Hà Nôi, "est à l'origine d'une vie spirituelle intense et soumet l'armée au parti. C'est le facteur clef du pouvoir totalitaire du Tông Bô, le commandement supérieur V.M.." En 1947, les prêtres catholiques, les bonzes et les géomanciens venaient encore apporter dans les rangs V.M. les secours de leurs magistères spirituels. En 1953, cette période est révolue et l'hymne maoïste "L'Orient Rouge" retentit avec le chant de l'A.P.V.N. "Tien Quân Ca" ("En avant l'armée").
Le 2ème Bureau précise que 95% des brochures, des tracts ou des journaux V.M. saisis au cours des opérations, tous différents d'aspect, ont un contenu identique traitant de "thèmes politiques enveloppants et pétrissants". Bernard Fall, historien français renommé, conclut: "les communistes d'Asie ont inventé une méthode pour s'emparer des corps et des âmes et les faire servir à leur but. En ce domaine, le Viêt Minh a particulièrement réussi".
Colonel Maurice RIVES
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