L'A.N.A.I. L'INDOCHINE LE TEMPS DES MISSIONS ET DE LA CONQUETE LE TEMPS DE LA PAIX L'OEUVRE DE LA FRANCE LE TEMPS DE LA GUERRE LIEUX DE MEMOIRE CONTACT
ANAI
Le Viêt Minh, notre adversaire
ANAI version imprimable
Recherche
ANAI
ANAI
Accueil du site
ANAI L'organisation politique
ANAI Les personnels
ANAI Le moral du combattant
ANAI La stratégie
ANAI La logistique
ANAI L'aide extérieure
ANAI La panoplie vietminh
ANAI La presse vietminh
 

>Les personnels

 

Les personnels du Viet-Minh

Les Cadres
Lors de sa prise de pouvoir en 1945, le Viêt Minh ne dispose que d'un faible encadrement. Cependant, dès 1938, la presse indochinoise avait fait état de la présence de trois pilotes aviateurs tonkinois et d'un capitaine du génie cochinchinois dans les unités de Tchang Kai Chek, un autre originaire de la péninsule servant à l'état-major de ce général.
D'autres nationalistes ou révolutionnaires annamites sont instruits à l'école de Wham Poa et à partir de 1947 le général Tang Chiang Fa Kwei, seigneur de la guerre du Kouang Si dans les rangs du Kuo Ming Tang, favorise la formation d'une centaine de cadres des V.M. et V.N.Q.D.D. à Lieu Tcheou.
Au début de 1947, un document de propagande assure que l'A.P.V.N. créée le 22 mars 1946 ne manque pas de généraux compétents issus des écoles militaires de Moscou et de Tien Tsin. Parmi eux, les généraux Vuong Xuân Vu (en réalité Vuong Thua Vu) et Le Thiêt Hung ont participé à la 2ème Guerre Mondiale contre les Allemands et les Nippons. Le premier s'est battu dans l'armée russe et le second dans les forces chinoises. Le colonel Hoang Xuân Thai (Hoang Van Thai) a occupé un poste semblable dans l'armée siamoise.
En réalité, le nombre de responsables militaires capables d'assurer les fonctions de commandement est limité. Pour des motifs politiques Ho Chi Minh et Giap répugnent à s'assurer les services des anciens officiers indigènes des troupes de l'Union disposés, tel le capitaine Nguyên Duy Viên, à les rejoindre. Seul, le sous-lieutenant Pham Thu Lang, du 10ème R.M.I.C, noté par ses supérieurs français comme "le meilleur officier autochtone de sa génération", va accomplir une brillante carrière dans l'A.P.V.N., sous le nom de général Le Quang Trung. En fait l'état-major V.M. préfère attribuer des responsabilités aux sous-officiers de la Garde Indochinoise et des Tirailleurs Tonkinois plus idéologiquement perfectibles.
Certains, comme les adjudants Hoang Minh Thao et Le Trung Tân ainsi que le caporal Ba Giang, vont atteindre les sommets de la hiérarchie de l'A.P.V.N.. Pour son encadrement, celle-ci fait également appel aux étudiants et aux militaires "retour de France", nos plus irréductibles ennemis comme les qualifie le 2ème Bureau. En outre, des élèves de faculté dont 70% des futurs médecins formés à Hà Nôi par le Professeur Huard rejoignent les rangs de la résistance dès 1945. Les milieux du scoutisme, des mouvements de jeunesse du temps de l'amiral Decoux, les militants des partis nationalistes, les gradés des unités paramilitaires mises sur pied par les Nippons et les déserteurs japonais constituent un abondant vivier de chefs potentiels.
Une première école de cadres V.M. ouvre ses portes à Phu Long près de Thai Nguyên le 15 décembre 1945. Des établissements semblables fonctionnent ensuite à Son Tây et à Quang Ngai, "le Stalingrad du Viêt Nam". Les instructeurs sont souvent des transfuges du 5ème R.E.I. ou des unités japonaises. Parmi eux, un lieutenant-colonel de la 38ème Armée du Mikado à Hoà Binh, l'officier Yamamoto à Quang Ngai et le sergent Frey à Phu Long.
Durant l'été 1946 alors que Hô Chi Minh se trouve en France, Giap double la hiérarchie militaire d'une branche politique.
Un des premiers commissaires de celle-ci est Nguyên Son qui a déjà exercé ces fonctions à la VIIIème Armée Populaire de Mao Tse Tung. La priorité consiste à instruire d'urgence des commandants d'unité et non des officiers et des sous-officiers au sens traditionnel du terme. Pendant longtemps, l'A.P.V.N. ne comporte que des responsables de division, de régiment, de bataillon, de compagnie, de section et de groupe, secondés par un adjoint. Ces combattants, nommés Can Bô Quân Su, cohabitent sans problème avec leurs homologues politiques, les Can Bô Chanh Tri.
Il n'est fait état de grades tels ceux des armées européennes que lors des contacts avec les militaires étrangers. Jusqu'en 1954, Giap va être l'unique membre de l'A.P.V.N. à porter de titre de Général d'armée. Ses vieux camarades du maquis le brocardent fréquemment en lui faisant remarquer qu'il a atteint le plus haut poste de la hiérarchie sans passer par la base. En définitive, il faut attendre le 22 décembre 1958 pour que des épaulettes soient distribuées aux officiers et encore le quotidien Quân Dôi Nhân Dân a dû expliquer durant dix mois la différence entre les "galons capitalistes" et les "insignes de grade progressistes".
En ces premiers mois de l'A.P.V.N., l'effort d'instruction est intense et Hô Chi Minh en personne prononce le premier cours de l'Académie Militaire de Hà Nôi. Les principes de la guérilla et de l'éthique marxiste sont inculqués aux élèves, de même que les bases d'un enseignement tactique pratique à l'échelon compagnie et section. Les cours, simple compilation des règlements français, durent quatre mois pour les commandants d'unité élémentaire et deux semaines pour les chefs de groupe. Un futur transfuge de l'A.P.V.N. décrit à ce propos "l'ancien tirailleur tonkinois s'instruisant avec des livres destinés aux officiers français sortant des grandes écoles". Un autre stagiaire écrit: "étudier des ouvrages militaires, c'est dur pour un fils de coolie". Les documents confiés aux élèves sont les manuels des anciennes troupes de l'Union et les règles enseignées sont tirées essentiellement de l'expérience chinoise, japonaise voire allemande.
Au fur et à mesure du déroulement des hostilités, des cours de cadres supérieurs sont organisés dans les zones libérées et à partir de 1950 en Chine. Les stagiaires sont toujours choisis parmi les éléments politiquement zélés et les vétérans. Un adage de l'A.P.V.N. affirme "que la meilleure école est celle du combat". Les leçons visent plus à insuffler l'orthodoxie marxiste qu'à faire acquérir des connaissances tactiques poussées. Des séances, voire des congrès, de perfectionnement se déroulent à tous les échelons et des règlements sont rédigés. Ainsi, en 1952, un manuel récapitule en 37 leçons tous les cas de figure auxquels un chef de section ou de groupe peut être confronté. Un programme s'étalant sur 27 heures diurnes et 8 nocturnes améliore la compétence des responsables militaires. Cet enseignement invite les élèves à haïr l'ennemi afin de l'anéantir. Certains cours, tels ceux organisés dans le Binh Tri Thiên, peuvent durer un semestre.
En 1950, sur instruction de Hô Chi Minh, les cadres doivent se référer à l'expérience militaire chinoise et méditer les ouvrages de Mao Tse Tung, Chu Te et Liu Shao Chi.
L'année suivante, l'état-major général crée un office d'instruction militaire. Les directives de celui-ci préconisent de ne pas bourrer les stagiaires de théories mais de leur soumettre des cas concrets à résoudre. Les instructeurs doivent également établir un rapport sur les opinions politiques de leurs disciples. Peu à peu, les combattants venus de l'ancienne armée coloniale et les déserteurs nippons sont remplacés par de jeunes éléments fanatiques et prêts au sacrifice suprême. Il est recommandé d'éviter les excès de militarisme ou d'esprit de corps qui pourraient faire oublier l'aspect politique de la mission.
Les résultats d'une telle instruction sont satisfaisants, avec cependant une réserve importante. L'état-major français écrit en effet : "Les cadres V.M. sont esclaves de l'ordre donné et désemparés lorsque le scénario vécu diffère de celui qui a été appris. Mis facilement en désarroi par le moindre incident imprévu, les chefs de l'A.P.V.N. ne savent plus que faire devant un ennemi qui ne joue pas le jeu qu'on aurait voulu lui imposer". Ainsi, en janvier 1951, à Vinh Yen, le D.D. 312 ne prolonge pas son offensive vers les positions d'artillerie adverses dont la destruction lui aurait assuré un avantage décisif. A compter de 1952, les pertes énormes en cadres surtout à Hoà Binh entraînent une diminution de leur valeur. Les disparus au combat doivent être rapidement remplacés. Cette nécessité impose un dopage moral intense, une émulation constante, un rigoureux alignement des idées et, comme l'assure le 2ème Bureau, l'absorption "d'une double ration de formation politique".
Lorsqu'il rejoint son affectation, généralement à la veille d'une offensive, le jeune can bô est englobé dans une hiérarchie très complexe où il est flanqué d'un adjoint et d'un commissaire ou d'un agent politique. En théorie, les chefs de groupe sont élus par les soldats et les chefs de section cooptés par leurs subordonnés de responsabilités immédiatement inférieures. Les détenteurs d'autres postes plus élevés sont choisis par le commandement. Dans les faits, l'appartenance au parti, une origine ouvrière ou paysanne et une solide formation marxiste sont exigées pour se voir confier un régiment ou un bataillon.

La Troupe
A leurs débuts, le V.M. puis l'A.P.V.N. reçoivent ies apports successifs de 700 guérilleros thôs formés en Chine ou venant de la région de Cao Bang, renforcés en août 1945 par des volontaires nationalistes, 9.000 "japonais locaux" et 1.300 déserteurs nippons. En Cochinchine, à la même époque, les unités V.M. sont composées de patriotes, de miliciens Binh Xuyên et caodaïstes, de détenus libérés de Poulo-Condore et de coolies des plantations d'hévéas. Très rapidement, les forces V.M. de la péninsule décuplent, la seule limite à des enrôlements massifs étant le manque d'armes. A la fin de 1945, le 2ème Bureau évalue les forces adverses à 80 - 100.000 hommes dont 60.000 réguliers répartis dans toute l'Indochine. L'année suivante, le service de renseignement fait état de 2.000 guérilleros venant de la zone frontière, de 4.000 "Japonais locaux" ou anciens gardes et tirailleurs ainsi que de 4.000 Nippons, le reliquat de 115.000 hommes sous les armes étant constitué d'engagés récemment enrôlés. Ces troupes paraissent insuffisantes à Hô Chi Minh qui demande aux pays voisins de lui envoyer des volontaires. Seuls 7.000 Viêt Kiêu viennent de Thaïlande pour combattre au Laos. Le 4 novembre 1949, un décret mobilise les hommes et les femmes de 18 à 45 ans. Les effectifs de l'A.P.V.N. croissent régulièrement grâce à la conscription: 130.000 en 1948, 220.000 en 1950, 270.000 en 1952, 300.000 l'année suivante et 375.000 lors du cessez-le-feu.
Quelle est l'origine de ces hommes d'abord volontaires puis appelés ? En majorité des ruraux, provenant du delta du Tonkin, des plaines du Nord-Annam et des provinces proches du Cambodge. Des femmes peuvent être également incorporées si "elles sont capables et obtiennent un certain degré de confiance". En ce cas, elles forment des unités de combattantes, d'infirmières ou de travailleuses portant le nom d'une héroïne vietnamienne.
En 1950, sur les conseils du général chinois Chen Geng, conseiller supérieur de l'A.P.V.N., ce recrutement est intensifié selon les principes de la guerre populaire exprimés par Mao Tse Tung. Les citoyens chinois résidant dans les zones libérées sont également autorisés à s'engager dans les troupes régionales et populaires. Enfin, avec plus ou moins de succès, l'A.P.V.N. incorpore des membres des minorités ethniques. Outre les Thôs très nombreux, les Mans et les Nungs sont représentés dans les rangs V.M., en compagnie de Thaïs au D.D. 316 et de Rhadés sur les hauts plateaux. En règle générale, le combattant V.M. professe un bouddhisme teinté du culte des ancêtres et des esprits ou le confucianisme, voire appartient aux sectes cochinchinoises. Les chrétiens du Hôi Công Giao Cuu Quôc (association des catholiques pour le salut national) sont représentés. La pratique des religions est tolérée mais non encouragée.
Les formes du service militaire sont diversifiées. Ainsi, les dân công, porteurs de munitions et de vivres accompagnant les D.D., peuvent s'engager pour six mois. Leurs compatriotes requis pour la même mission sont, autant que faire se peut, éloignés du front. Avant 1952, la troupe V.M. est l'objet lors de son incorporation d'une certaine sélection culturelle, morale et politique. Pour cette raison, en 1951, 15.000 conscrits sur 60.000 sont écartés des formations Chu Luc car estimés inaptes à ces corps d'élite. L'immense majorité des "mains blanches", comme l'on nomme les appelés, a fréquenté l'école primaire et est considérée comme l'élément le plus éclairé de la classe des travailleurs. Les fils des bourgeois de Hà Nôi ou des propriétaires rizicoles cochinchinois ne sont acceptés qu'avec réticence, tenus en suspicion et soumis à une sévère autocritique.
Jusqu'aux saignées de Hoà Binh et Na San, le recrutement s'effectue sans problème. En 1952, l'état-major note avec satisfaction qu'au village de Phu Xan où il fallait 10 recrues, 721 jeunes hommes se sont présentés. Cependant, les hostilités s'éternisant, les viviers de combattants s'épuisent. Chaque année, le delta tonkinois doit fournir à l'A.P.V.N. 50.000 appelés, le même effectif étant nécessaire à l'armée de Bao Dai et aux unités des T.F.E.O.. Dès lors, l'âge des bô dois s'abaisse. En 1953, à Hung Yen, un bataillon français est opposé à une troupe composée d'adolescents de 14 à 17 ans qui au demeurant se battent farouchement.
En 1945 et 1946, les recrues sont hébergées dans des camps où ils reçoivent une instruction sommaire. L'année suivante, la formation dure quinze jours et comporte des cours de sabotage et d'éducation politique, ces derniers devant attiser la haine du colonialiste. Ensuite, en 1952, des régiments d'instruction tels ceux numérotés 35 et 99 sont créés. Ils sont chargés de la sélection, de la formation et du recomplétement des D.D..
L'objectif prioritaire est le développement des qualités militaires et morales du combattant. Dans ce but aucune faiblesse ne saurait être admise, le sentiment de peur devant être annihilé. Une permanente émulation est de mise, la discipline est "de fer", l'obéissance absolue et le zèle poussé au plus haut degré. Chaque jour, un événement du calendrier révolutionnaire est commenté: mort de Lénine, révolte de Yen Bây en 1930, prise de la Bastille, Commune de Paris. L'analphabétisme est éradiqué ; au cours des marches par exemple, les ignorants doivent apprendre les lettres inscrites sur un tableau fixé sur le dos du camarade qui les précède. L'instruction inclut la nage avec armes, le combat de nuit, la conduite à respecter envers les minorités et la façon de mener des investigations sur l'adversaire. Le soldat doit savoir par coeur les 37 commandements du code moral du soldat révolutionnaire.
A l'issue de l'instruction, le bô dôi prête solennellement le serment de combattre jusqu'à la mort et d'être au service du peuple. Un manuel de formation morale en 16 leçons lui est alors remis.
Parfois pour des nécessités opérationnelles, l'instruction est abrégée. Ainsi, le 2 avril 1954, Giap fait diriger sur Diên Bien Phu 25.000 soldats à peine dégrossis. Cependant, l'état-major estime que la formation des fantassins de l'A.P.V.N. équivaut à celle de leurs homologues des T.F.E.O. et de l'A.V.N..
Dans son régiment, le soldat V.M. est soumis au système du "Tam Tam Chê", la cellule de trois compagnons: dès qu'un homme s'absente plus de trente minutes sans préavis, ses deux camarades doivent le chercher. Un tel procédé, inspiré de l'armée chinoise, augmente la cohésion des corps et en facilite la vie courante. Lucien Bodard raconte que sur la RC4, en 1950, des groupes de trois hommes liés par les chevilles ont été aperçus. Parfois, un combattant blessé ou mort a été tiré par ses deux partenaires continuant leur progression. En outre, le Tam Tam Ché est soumis à un autocontrôle quotidien, le Phê Binh.
Le jeune soldat considère comme un honneur d'être affecté à une unité Chu Luc. Il a d'ailleurs subi avant son arrivée dans l'A.P.V.N. un réel endoctrinement dans les associations patriotiques de son village. Dans ce dernier qui est soumis au régime des "5 maisons", permettant ia surveillance collective des habitants, il a récité ce poème glorifiant Staline:
"Autrefois, nous avons connu la peine et la faim.
"Aujourd'hui avec lui (Staline)
"II y a plus de riz que nécessaire dans la marmite."
Il se coule donc très facilement dans la moule de son unité où il continue de recevoir une formation politique.
Celle-ci n'entend pas l'élever aux sommets de la philosophie marxiste mais le transformer en "Vietnamien des temps nouveaux". Elle se contente de lui fournir, selon un certain code, des explications conformes à l'orientation préconisée par le parti et de lui permettre de conserver son moral au milieu des sacrifices les plus sanglants. Il côtoie en permanence des militants appartenant au Chi Bô, la cellule de la formation, chargés de le catéchiser.
Ainsi, outre qu'au moins un membre du Tam Tam Chê est communiste, en janvier 1953 le D.D. 316 sur un effectif de 8.400 militaires comporte 2.050 affiliés au Lao Dông. Alors se trouve réalisé le souhait de Hô Chi Minh : "Le soldat sans la politique est un arbre sans racine; il est non seulement inefficace mais nuisible."

Colonel Maurice RIVES


> Haut de page :
- Les personnels

> Autres rubriques :
- L'organisation politique
- Le moral du combattant
- La stratégie
- La logistique
- L'aide extérieure
- La panoplie vietminh
- La presse vietminh

> Retour :
- Le Viêt Minh, notre adversaire


Plan du site - Crédits - Contact - Liens - ANAI © 2007
Association Nationale des Anciens et Amis de l'Indochine et du Souvenir Indochinois
ANAI, anciens indochine, vietnam, laos, cambodge, tonkin, annam, cochinchine, chine, asie du sud-est, indochine francaise, guerre indochine, memoire indochine, souvenir indochine, anciens combattants, conquète, colonisation, décolonisation, viet-minh, missions catholiques