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La seconde guerre mondiale en Indochine
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ANAI Le drame des troupes indochinoises en mars 1945
ANAI Le retour de la France en 1945
ANAI Les massacres de septembre 1945 à Saïgon
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ANAI Des caisses de billets de banque le 9 mars 1945
ANAI Mars 1945-Février 1946 au Tonkin
 

>Le drame des troupes indochinoises en mars 1945

 

L'agonie des troupes de la fédération indochinoise
(9 mars 1945 -juillet 1946)


Dans la soirée du vendredi 9 mars 1945, la plupart des garnisons françaises de la péninsule sont assaillies par les forces nippones avec lesquelles elles sont étroitement imbriquées. Les 65.000 soldats du Général Tschuchibaschi se ruent sur les 60.605 militaires (dont 48.394 autochtones : 28.136 au Tonkin, 8.619 à la Brigade Annam-Laos et 11.639 à la Division Cochinchine-Cambodge), chargés de défendre le territoire de la Fédération Indochinoise et auxquels il y a lieu d'ajouter 27.477 Gardes Indochinois dont 26.825 autochtones. Plus ou moins prévenues, parfois mises en alerte, les formations assaillies vont s'efforcer de résister partout où cela sera possible à un ennemi supérieurement entraîné et mieux armé. Au prix de plusieurs centaines de tués, les Indochinois vont partager, souvent héroïquement, le sort de leurs frères d'armes européens.

La nuit tragique

I - Le Tonkin
Les 9ème RIC, 19ème RMIC, 1er, 3ème, 4ème RIT, 5ème REI et 4ème RAC sont principalement concentrés en direction de la frontière chinoise. Fréquemment, ils y occupent des fortifications qui vont constituer autant de pièges rapidement investis par les soldats des 21ème et 37ème D.I. japonaises, renforcés par ceux de la 22ème D.I. venus de Chine. Des combats acharnés sont livrés en de multiples lieux.
A Ha Giang, le V/Ier RTT, qui compte 782 tirailleurs, défend toute la nuit le Fort Billotte. A bout de munitions, l'unité se rend à 7 heures ; 80 militaires annamites ou européens sont alors exécutés par un ennemi rendu furieux par cette opiniâtre résistance.
A Dong Dang, la 6ème Compagnie du 3ème RTT et la 1ère Section de la 24ème Compagnie du 4ème RAC luttent durant trois longues journées au Fort Van Vollenhoven. A l'issue de l'affrontement, ces combattants sont qualifiés de lions par l'adversaire qui ensuite massacre au sabre les Français et les Tonkinois tombés entre ses mains. Seuls, le marsouin Cron et deux tirailleurs (dont un a reçu neuf coups de baïonnette) survivront. Par la suite, la garnison sera citée à l'ordre de l'Armée.
A Lang Son, dans la vieille forteresse bombardée, la 21ème Compagnie du 3ème RTT, galvanisée par l'adjudant Nguyen Van Thach et le sergent Bui Cong De, contre-attaque à deux reprises, en suivant le capitaine Vernières. Pendant ce temps, le sous-lieutenant Vo Cong Tri qui a perdu un oeil s'accroche sur le rocher de Nam Mon et le sous-lieutenant Le Xuan Doan encerclé épuise toutes ses munitions. Une fois le combat terminé, les survivants sont rassemblés sur le glacis du Fort Brière de l'Isle. Le canonnier Nguyen Jules qui sert en tant que Français refuse alors de se séparer de ses camarades européens qui vont être abattus. Rudoyé, il répond aux Japonais "J'ai toujours vécu avec les Français, je veux rester avec eux". Avant que les militaires européens ne tombent sous les balles ennemies, ils entonnent l'hymne national, qui est aussitôt repris par tous les Tonkinois présents. Ces derniers, le 12 mars, seront bombardés dans leur camp par l'aviation alliée, ce qui portera le chiffre de leurs pertes à environ 600 tués.
L'antique citadelle d'Hanoï tient toute la nuit, la moitié de sa garnison étant tuée ou blessée. La caserne Berthe de Villers occupée par des éléments du 1er RTT se défend durant 20 heures, 93 tirailleurs tombant ou étant atteints au cours de l'assaut. Le chef de bataillon Dumaine réussit à sauver le drapeau du régiment, qui ultérieurement sera cité à l'ordre de l'Armée. Fait exceptionnel, lorsque les armes se taisent enfin, les officiers du Mikado accordent les honneurs de la guerre à la garnison d'Hanoï.
A la caserne Bouet d'Haïphong, défendue jusqu'à 10 heures par l'Etat Major de la 1ère Brigade et le dépôt du 19ème RMIC, dont les tirailleurs accusent 34 tués et 48 blessés, le lieutenant Phung Khac Bui déclare à son chef, le colonel Lapierre "Je ne m'en sortirai pas ; dites à mes Indochinois que je me suis bien battu".
Au Fort Pennequin de Lao Kay, la 7ème Compagnie du 1er RTT, alertée par le caporal Mau, n'est réduite que par l'action de lance-flammes et de pièces d'artillerie tirant dans les embrasures.

2 - L'Annam et le Laos
A Hué, le II/10ème RMIC défend avec ténacité ses casernements, au prix de 100 tués, une partie de ses compagnies parvenant à quitter la ville. La garnison de Vinh, au terme d'une belle résistance, a 60% de ses effectifs tués ou blessés, dont le sous-lieutenant Pham Thu Lan mortellement atteint. Le combat le plus acharné se déroule à Qui Nhon tenu par le I/16ème RMIC. Le sergent-chef Duc y repousse tous les assauts à la grenade jusqu'à ce qu'il s'écroule. Avant de mourir, il a la force de demander à ses hommes de continuer à se battre.
A Vientiane, les Laotiens de la 25ème Compagnie du 10ème RMIC s'opposent durant 6 heures à l'avance des guerriers du Soleil Levant. Au cours du repli, le groupe de mitrailleuses du sergent Amkha Soukhavong inflige à Phon Hong des pertes considérables aux poursuivants. A Thakhek, les éléments du I/10ème RMIC se défendent vigoureusement tout en enregistrant la défection du sergent Thao. L'unité du lieutenant Bilger réussit à rompre le combat et gagne la brousse. Les Japonais se vengent ensuite sauvagement, en exécutant tous les prisonniers civils et militaires européens

3 - La Cochinchine et le Cambodge
Presque toutes les garnisons sont surprises et anéanties. Cependant, à Thu Dau Mot, la 6ème Compagnie du 1lème RIC contre-attaque, pendant que la 2ème Compagnie de ce régiment tient toute la nuit à Cholon. Au Cap Saint-Jacques, le sous-lieutenant Le Van Thoi résiste jusqu'à la mort dans les bureaux de l'Etat-Major où il se trouvait de passage.
Au Cambodge, l'aspirant Vong Nguon et le sergent Khong Son, du RTC, se font tuer sur place pour protéger le repli de leurs camarades.

Les Rescapés

Lorsque le soleil se lève le samedi 10 mars, la majorité des installations militaires françaises de la péninsule est tombée aux mains des Japonais. Certaines se défendent encore désespérément mais, au fur et à mesure que les heures passent, leur résistance cesse. C'est l'heure du choix pour les tirailleurs, dans les rangs desquels n'a été enregistré qu'un nombre infime de défections. Leurs situations au gré des événements vont être très diverses :
- Environ 1.000 sont tombés les armes à la main, exécutés par l'ennemi ou victimes de bombardements aériens alliés ; d'autres sont blessés.
- Ceux qui ont été capturés par les Nippons sont en général rapidement libérés. Désorientés, coupés de leurs cadres, de nombreux militaires se libèrent d'eux mêmes et regagnent leurs villages. Très peu rejoignent par la suite les milices pro-japonaises dites "Nippons locaux". Par contre ils sont plus nombreux, en août 1945, à être incorporés volontairement dans les rangs de l'Armée Populaire de Libération de Vo Nguyen Giap.
- Environ 8.000, surtout au Tonkin, constituent l'essentiel des unités qui ont réussi à échapper à la capture. Un certain nombre est régulièrement démobilisé par leurs cadres qui ne désirent pas s'encombrer d'éléments qu'ils ne peuvent ravitailler avec facilité. Ils ne gardent en leurs rangs que les tirailleurs les mieux entraînés et les plus aptes à rendre service dans les dures épreuves qui vont suivre. II s'agit en effet, pour ces formations plus ou moins cohérentes et organisées, de maintenir la présence française dans une partie de la péninsule afin d'y recevoir un hypothétique secours des Alliés. (3)

1 - La longue marche vers la Chine
Le 10 mars, au Tonkin, 3 groupements à l'Ouest du Fleuve Rouge et 7 à l'Est, tous d'importance variable, conservent leur liberté de mouvement.
Dans le 1er Territoire Militaire, des éléments du 4ème RAC et des II et III/19ème RMIC contre-attaquent. Le 11 mars, à Ha Coi, leur chef, le légendaire lieutenant-colonel Lecocq, tombe aux côtés du lieutenant Martin et près du sergent Chanh Sinh Nhan. Le tirailleur Hoang Duc Phung ramène son lieutenant grièvement blessé sous la protection d'un tir de mortier exécuté par le sergent Pham Van Duong. Dès le lendemain, le sous-lieutenant Nguyen Van Vy tend une embuscade aux Japonais et détruit un camion pendant que le capitaine Vong A Sang organise un groupement de guérilla. Près de Tien Yen, au Mamelon des Deux Arbres, un groupe d'aviateurs, qui comprend 52 autochtones, repousse deux assauts avant d'être massacré en totalité. Les hommes du 1er TM passeront en Chine le 22 mars.
Plus à l'Ouest, exécutant imparfaitement du fait des circonstances un ordre d'opérations prévu par le général Sabattier, la 2ème Brigade du général Alessandri et d'autres unités tentent d'assurer les missions confiées.
C'est ainsi que les 2ème et 3ème Compagnies du 3ème RTT cantonnées dans le secteur de Lang Son réussissent à traverser le dispositif ennemi et à rejoindre la région de Cho Don. En cours de route, le capitaine Michel récupère un tirailleur qui, ayant sauvé la caisse de son unité, transporte avec beaucoup de précautions une musette bourrée de piastres. Le 15 mars, les 8ème et 9ème Compagnies du 1er RTT, renforcées par des partisans méos, contre-attaquent dans la région de Lao Kay. Plus malheureux, le I/4ème RTT parti de Nam Dinh est dispersé le 18 mars alors que quelques tirailleurs rhadés se sont joints à lui. Le même jour à Yen Binh Xa la 6ème Compagnie du 9ème RIC tombe dans une embuscade. Le sous-lieutenant Nhu anime la résistance et rompt l'encerclement ennemi en se mettant à la tête de marsouins originaires des quatre communes du Sénégal.
Beaucoup d'autres unités, voire des isolés, connaissent ainsi des fortunes diverses.
Le 9 mars, la 2ème Brigade est en manoeuvre dans les environs de Tong et de Sontay. Ses unités qui comprennent de nombreux Tonkinois, 2.131 au groupement de la rive gauche du Fleuve Rouge et 631 à celui de la rive droite, battent alors lentement en retraite, en empruntant l'axe de ce dernier cours d'eau et ceux de la Rivière Claire et de la Rivière Noire. Elles ne pourront se replier que grâce au sacrifice d'éléments du 5ème REI, parmi lesquels les tirailleurs Le Van Quy et Lui Van Tat sont tués. Puis, au prix de lourdes pertes sous le feu ennemi, les sampaniers de la CS N°l assurent le passage de la Rivière Noire à 2.000 hommes et 400 animaux, en manoeuvrant 5 bateaux jusqu'à complet épuisement.
Ensuite, ces hommes vont combattre et marcher, parfois durant soixante-quatorze jours, pour rejoindre la Chine. Mal nourris, en loques, sans souliers, en proie à la malaria, à la dysenterie et au typhus, traversant des régions inconnues et hostiles, destinataires de tracts lancés par les Japonais leur demandant de se rendre, les autochtones désertent en grand nombre. D'autres, au nombre de 3.223, arrivent en Chine après avoir accompli des actes de bravoure. Le 23 mars, dans la région de Son La, le docteur Nguyen Xuan Tien, mobilisé comme sous-lieutenant, se sacrifie pour soigner des blessés intransportables alors que les Japonais sont tout proches. Le 28, à Xin Man, le sergent Tran Van Hieng tombe en couvrant le repli de ses camarades légionnaires. Le 1er Avril, à Luc An Chau, les hommes du I/4ème RTT, regroupés et placés sous les ordres du chef de bataillon d'Alverny, luttent très courageusement, leur chef étant tué au cours de l'affrontement. Un groupe de dix tirailleurs rhadés parvenu à la frontière chinoise refuse de remettre ses armes aux militaires du Céleste Empire. Sous la conduite du caporal Y Bon, il préfère retourner au Tonkin pour se battre. Le médecin lieutenant Dung Nguyen est tué en se portant au secours d'un soldat européen gravement atteint.

2 - Les survivants de l'Annam et du Laos
Les rescapés des combats en Annam vont tenter de gagner le Laos réputé plus hospitalier. Ce sera le cas des 180 tirailleurs de la 5ème Compagnie du 10ème RMIC qui, après de multiples accrochages, sont capturés.
Au Laos, une compagnie annamite de la garnison de Thakhek renforcée par des Laotiens rejoint la région de Mahaxay où elle s'abrite dans des grottes. La 2ème Compagnie laotienne du 10ème RMIC stationnée à Dong Hiene gagne, avec 52 charrettes à boeufs, des femmes européennes et un bébé de six mois, la brousse où elle va rester jusqu'au mois de septembre. Ce sera "la seule unité d'Indochine qui soit demeurée intacte jusqu'à la capitulation du Japon" ainsi que le précise la citation à l'ordre de l'Armée qui lui sera accordée ultérieurement. Les garnisons de Vientiane et de Louang Prabang fortes de 1.300 tirailleurs et accompagnées de fonctionnaires laotiens fidèles font, après une très longue marche, leur jonction avec les troupes du Tonkin le 30 mai alors qu'elles sont en proie à une épidémie de typhus.

3 - Les broussards de la Cochinchine et du Cambodge
En Cochinchine où le terrain n'est pas favorable aux actions de guérilla, des éléments du RTA, du 1lème RIC et du 5ème RAC errent durant plusieurs semaines à la limite des Hauts Plateaux, avant de se faire capturer. Plus au sud, par contre, le III/RTA qui, avec des marins constitue l'essentiel du groupement du Transbassac, va offrir une résistance organisée jusqu'au 26 avril.
Au Cambodge, des hommes du RTC tiennent la brousse quelque temps avant d'être faits prisonniers. Quelques cadres parviennent à s'échapper et réussissent à subsister en brousse jusqu'en octobre 1945. Ils y bénéficient de la complicité d'anciens militaires autochtones qui, tels le quartier maître Phuong ou le tirailleur Sieng, les ravitaillent et les renseignent sur les mouvements japonais.


La Guérilla

Des actions offensives vont être menées au Tonkin et au Laos par les troupes réfugiées en Chine ou demeurées en Indochine. De par leur connaissance du terrain, les autochtones vont jouer un rôle essentiel dans ces opérations
- Le sergent Pham Van Vinh du 5ème REI tombe le 22 avril après avoir harcelé les Japonais durant 7 semaines ; avant de mourir il abat trois adversaires.
- Le Commando du lieutenant-colonel Vicaire, qui comprend des Tonkinois, attaque fin mars un convoi automobile dans la région de Son La.
- Le 28 avril, 9 tirailleurs sont blessés en prenant le poste japonais de Man Mei.
- Dans le IIème Territoire Militaire, des éléments des 9ème RIC et 3ème RTT qui s'étaient réfugiés en Chine repassent la frontière le 25 mai. Ils tendent une embuscade à Tra Linh où 40 guerriers du Soleil Levant trouvent la mort
- Dans la région de Phong Saly, le lieutenant Nguyen Van An accomplit avec 15 compatriotes des actions de commando. Ces hommes rejoignent la Chine le 15 juillet.
- A l'Est d'Ha Giang, le capitaine Borg puis le chef de bataillon Klein constituent une troupe où sont incorporés 594 autochtones. Des opérations sont menées sur les lignes de communications ennemies.
- Sur le littoral, des marins et des tirailleurs nungs du III/l 9ème RMIC combattent jusqu'en août 1945. Au cours de ces opérations, le capitaine Vong A Sang et le sous-lieutenant Nguyen Van Vy se distinguent à nouveau.
- Au Laos, en août 1945, 420 militaires ou partisans laotiens tiennent la brousse en compagnie de parachutistes largués à partir des Indes. Parmi ces derniers, les tirailleurs Mao Tinh, At Kao et The ont sauté dans la nuit du 21 au 22 janvier 1945 avec le capitaine Fabre. Ces hommes, au Nord-Est de Paksane, forment 7 groupes de guérilla qui sabotent les communications nippones et en avril annihilent une unité japonaise.
- Dans le secteur de Mahaxay le sergent Thao Boun Leut actionne un groupement de 400 partisans.
- La 2ème Compagnie du 10ème RMIC est attaquée le 28 avril par 1.500 soldats du Mikado. Bien renseignée, elle parvient à échapper à l'anéantissement et se livre ensuite à une activité de renseignements où se distingue le sergent Thao Lam qui sera ultérieurement décoré de la Médaille de la Résistance.
- Le 9 août 1945, un commando franco-américain, venu de Chine sous les ordres du capitaine Rouquier et composé pour moitié de tirailleurs, attaque un cantonnement ennemi dans les faubourgs de Lang Son. Ce sera le dernier combat de l'Armée Française au cours de la 2ème Guerre Mondiale.
- Le 15 août 1945, jour de la capitulation nippone, deux vedettes, le "Frezoul" et le "Grayssac", se présentent fièrement devant le port d'Haiphong afin de réaffirmer la souveraineté française au Tonkin. A bord se trouvent 2 seconds-maîtres, 1 quartier-maître et 12 matelots autochtones.

Le retour des troupes

Le 24 mai 1945, quelques officiers, 177 sous-officiers et 3.046 tirailleurs ou gardes indochinois se trouvent en Chine. Les Alliés ne veulent voir en eux que des réfugiés et non des troupes combattantes susceptibles de lutter pour leur cause. Tout au long de leur repli, les Américains ne leur ont d'ailleurs apporté avec leur aviation qu'une aide dérisoire. Par exemple, durant près de deux mois, les montagnards du IV/16ème RMIC reçoivent seulement quelques parachutages qui, une fois distribués, s'élèvent à 3 grammes par jour par tirailleur.
Dès lors, les militaires indochinois, qui depuis le 25 septembre sont sous les ordres du lieutenant-colonel Quilichini, se morfondent dans les camps de Mongtzeu, Tsao Pa et Chih Ping. Ils y ont été rejoints par des éléments européens du COC qui, partis de Tien Tsin, ont traversé tout le Céleste Empire, pour venir se battre avec eux. Leur existence matérielle est misérable et ils sont soumis à une intense propagande émanant de révolutionnaires annamites camouflés sous l'uniforme chinois. Des défections massives sont constatées. Ainsi la compagnie entièrement tonkinoise du capitaine Vien, officier décoré au feu de la Légion d'Honneur, déserte en totalité. Le 12 août un attentat meurtrier est fomenté contre la popote du 9ème RIC par un caporal et quatre tirailleurs. Au cours de ce même mois, les effectifs ayant abandonné leur poste s'élèvent à 1.250 hommes. Par contre, à la même époque, des gradés et des tirailleurs du 19ème RMIC isolés depuis le 9 mars rejoignent nos rangs en Chine.
Le 26 janvier 1946, à Kun Ming le général Salan obtient que les troupes chinoises occupant le Laos soient remplacées par les Forces Françaises de Chine. Ces dernières doivent rejoindre le Royaume via Muong La. Les unités destinées à l'opération sont les suivantes :
- BM du 16ème RMIC avec deux compagnies montagnardes et une compagnie annamite,
- BM du 9ème RIC avec 398 tirailleurs,
- BM du 5ème REI avec 328 autochtones,
- deux brigades de Gardes indochinois,
- un PC avec 358 Tonkinois,
- des unités de transports et de services,
soit, au total, 2.100 originaires de la péninsule, 1.500 Européens et 838 chevaux de bât ou de selle.
Pour arriver à leurs destinations de Louang Prabang et de Xieng Khouang ces hommes doivent se frayer un chemin, parfois en combattant, à travers la 93ème DI chinoise hostile et les bandes viêt-minh. Le 14 février 1946 des tirailleurs du 9ème RIC tombent encore à Phong Tho et le 6 avril la 4ème Compagnie du BM 16 éprouve des pertes devant Tuan Chau.
En juin 1946, après quinze mois de dure campagne, tous les tirailleurs de Chine sont au Laos ou en pays Thaï. "Ils vont enfin pouvoir rentrer chez eux ou se reposer en un endroit tranquille", écrit le colonel Quilichini.
Après la capitulation japonaise, au delà de la frontière chinoise se trouvent également 55 sous-officiers et 680 tirailleurs indochinois du 19ème RMIC. Le 21 septembre 1945, ces militaires, qui ont pénétré au Tonkin, reprennent Port-Wallut et les îles Gow-Tow. Ils s'y maintiennent en dépit de fortes contre-attaques viêt-minh. Le 25 juillet 1946, ils occupent de vive force Pointe Pagode, Tien Yen et Dam Ha. A Noël 1946, ils font jonction avec le 21ème RIC au nord de Dinh Lap.
Ainsi s'achève la longue marche des Indochinois fidèles qui ont suivi leurs cadres en Chine. Désormais ils vont servir dans les rangs du CEFEO. Parmi eux, les montagnards du 16ème RMIC rejoignent en août 1946 le III/22ème RIC et 250 Tonkinois des 9ème et 19ème RMIC forment à la même époque en Cochinchine les 16ème et 17ème Compagnies Tonkinoises, future ossature du glorieux BMI.

Colonel Maurice RIVES


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