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>La première attaque japonaise contre l'Indochine en septembre 1940

 

La première attaque japonaise en septembre 1940

22 septembre 1940 : l'Indochine entre dans la Seconde Guerre Mondiale.
En violation des accords conclus au mois de juillet entre le général Catroux, alors gouverneur général, et le gouvernement de Tokyo, les troupes japonaises, prises dans la nasse des armées chinoises du sud, franchissent sans préavis la frontière du Tonkin et attaquent nos garnisons de la province de Langson. Ainsi commence, plus d'un an avant le drame de Pearl Harbor, cette guerre du Pacifique d'une violence inouïe qui devait laisser tant de morts derrière elle, mais qui fut un modèle de stratégie, tant du côté japonais que, finalement, du côté des alliés.

Juin 1940 : la France est défaite. La Grande-Bretagne, qui a décidé de reporter son effort de guerre sur l'Afrique, replie l'essentiel de ses forces navales d'Extrême-Orient sur Singapour. Le Japon voit s'ouvrir les portes de son ambitieux projet de "Sphère de co-prospérité de la Plus Grande Asie Orientale". L'Indochine, isolée à dix mille kilomètres de la métropole, est à sa portée.
Engagé depuis 1937 dans la conquête de la Chine, il voit poindre une menace d'encerclement dans les provinces du sud. Il exige donc, par la voie diplomatique, du gouvernement général la fermeture de la frontière sino-indochinoise et son contrôle par une mission militaire. Après avoir, sans succès, tenté d'obtenir une aide matérielle des Etats-Unis (qui ne sont encore en guerre ni contre l'Allemagne nazie, ni contre le Japon), le général Catroux est amené à céder et à accepter les conditions de Tokyo.
Passant ses pouvoirs de gouverneur général le 20 juillet, il laisse à l'amiral Decoux, désigné pour lui succéder, une situation délicate, dans laquelle les militaires japonais sont prêts à devancer les instructions de leur gouvernement. Ils reviennent d'ailleurs à la charge et, le 2 août, somment le nouveau chef de la colonie d'accepter le droit de passage des troupes nippones à travers le Tonkin et la mise à leur disposition des aérodromes du nord du territoire indochinois. Devant le refus opposé à ces exigences les négociations sont poursuivies entre Tokyo et Vichy et aboutissent, le 30 août, aux accords franco-japonais aux termes desquels le Japon reconnaît et s'engage à respecter "les droits de la France en Extrême-Orient" et celle-ci accepte de lui accorder des "facilités exceptionnelles et temporaires" d'ordre militaire.
Le 3 septembre s'ouvrent les discussions entre le général Martin, commandant supérieur des troupes d'Indochine, et le général Nishihara, chef de la mission militaire japonaise. Elles débouchent le 4 sur l'autorisation d'une présence militaire nippone.
En dépit de ces accords, le 6 septembre, l'armée japonaise du Kouang-Si,commandée par le général Ando, impatiente de briser l'étau chinois qui se referme sur elle, tente une démonstration d'intimidation devant Langson. La détermination des autorités militaires françaises du secteur permet de régler pacifiquement cet incident.
Mais le Japon se fait de plus en plus pressant pour obtenir la signature de la convention devant fixer les conditions du passage des troupes japonaises, la limitation de leurs effectifs et l'utilisation des aérodromes. Signée le 22 septembre, elle fixe à ce même jour la date de l'entrée des premiers éléments sur le territoire indo-chinois.
Au mépris de ces dispositions, la 5ème division du général Nakamura pénètre par surprise, sur 70 kilomètres de front, dès le soir du 22 septembre et attaque de nuit les postes de Dong Dang et de Chima et s'apprête à investir Langson. Le lieutenant-colonel Louvet, pensant qu'une négociation est encore possible, se rend à Dong Dang avec une partie du détachement motorisé. Mais il se heurte au feu des avant-gardes japonaises et est tué en tentant de rejoindre le réduit de Cha Sam. Il est le premier mort de la guerre du Pacifique.
Ainsi s'ouvre une confrontation qui, pendant trois jours, va ensanglanter le Nord de l'Indochine, mais, va du même coup, faire prendre conscience aux Français, civils et militaires, de la colonie que l'ennemi n'est plus à désigner : il se trouve déjà sur le terrain.
Au matin du 23 septembre une mission franco-japonaise va s'efforcer d'intervenir pour imposer un cessez-le-feu. Ce sera en vain et l'envahisseur amorce une manoeuvre en tenailles pour prendre Langson à la fois par l'ouest et par le sud. Le terrain d'aviation de la garnison est bombardé et rendu inutilisable. Le commandement français prend des mesures simultanées de défense et de contre-attaque.
Mais la chute du poste de Loc Binh, à 20 km au sud-est de Langson, vient aggraver la menace et impose un nouveau dispositif, resserré autour de la place. Des opérations de diversion, un moment imaginées, se révèlent irréalisables et sont décommandées.
Les journées des 24 et 25 vont être dramatiques. L'offensive japonaise se précise : Langson est le verrou du delta tonkinois, c'est Langson qu'il faut faire sauter. La colonne arrivant par le sud ne trouve pratiquement pas de résistance, mais ne parviendra aux abords de la garnison que dans la soirée.
C'est, par contre, à l'ouest que les combats vont être les plus violents. L'ennemi appuyé par son artillerie bouscule les forces franco-indochinoises déployées sur sa route, franchit les défilés calcaires et débouche dans la cuvette de Langson.
Plus au nord, dans le 2ème territoire militaire, le poste de That Khé est contraint au repli. Seul le poste de Na Cham résistera aux assauts japonais, puis devant la poussée acharnée de l'adversaire se retirera en ordre et échappera à son emprise.
Dans la soirée du 24 les troupes françaises et japonaises sont au contact autour de Langson. Le général Martin donne l'ordre impératif de résister sur place. Dans la nuit le dispositif défensif est de nouveau remanié pour s'adapter à la situation extrêmement critique.
La manoeuvre d'encerclement japonaise se poursuit irrévocablement, et au matin du 25 septembre un très violent bombardement d'artillerie, soutenu par l'aviation, s'abat sur Ky Lua, aux portes nord de Langson. De 5h30 à 9h30, sans discontinuer, l'ennemi lâchera ses tirs. A la Roche Percée, poste de commandement de la position fortifiée, un coup au but frappe le colonel Louât de Bort et anéantit son état-major. Le général Mennerat, commandant le secteur, lance alors un message au commandant supérieur pour obtenir le cessez-le-feu.
Devant l'impossibilité d'une riposte française, faute d'artillerie et d'aviation, la réponse arrive, triste et impuissante : envoyer des parlementaires aux Japonais pour porter à leur connaissance l'accord signé entre le gouverneur général et le général commandant l'armée de Canton. Le général Mennerat rencontre à Ky Lua deux officiers japonais qui lui délivrent un véritable ultimatum, rejetant sur les troupes françaises la responsabilité des combats. Un délai de deux heures est donné pendant lequel les Japonais s'infiltrent dans les positions défensives de la place. A 16h30, la reddition de la garnison est signée. Les troupes françaises rendent leurs armes. Langson est tombée. La route du delta est ouverte.
Un autre engagement se prépare sur la côte à proximité de Haïphong. L'accord du 22 septembre prévoyait un débarquement pacifique de forces japonaises dans ce port. Mais les affrontements de Langson ont modifié la mentalité des Japonais et rendu très prudent le commandement français. Le gouverneur général insiste auprès du général Nishihara pour que le débarquement ne soit effectué qu'après le règlement de l'affaire de Langson, où encore le 25 septembre les combats se poursuivent.
Le matin du 24, des bombardiers japonais survolent Haïphong sans manifester d'hostilité. La défense antiaérienne française se garde d'intervenir. Mais le général Nîshimura, commandant les troupes de débarquement qui croisent depuis plusieurs jours au large, est pressé de mettre ses hommes à terre. Deux liaisons sont effectuées en mer par des officiers français pour obtenir le report du débarquement.
A court de vivres l'armée embarquée de Canton est décidée à brusquer les événements mais, se méfiant des défenses de Haïphong par mines et artillerie, elle décide de débarquer plus au sud à l'abri de la presqu'île de Do Son. Le 26 septembre, à lh30, les chalands de débarquement commencent leur pénétration par voie fluviale. Une première vague accoste à 3h30 et se dirige vers Do Son. Un second convoi poursuit sa route sur le fleuve, met pied à terre avec chars et infanterie à 18 km en amont vers 5h et progresse vers Haïphong. Sa manoeuvre est appuyée par l'aviation ; le bombardement fait des victimes dans la population civile.
Le commandement français, encore sous le choc du drame de Langson et conscient de la disproportion des forces en présence, donne l'ordre de ne pas s'opposer militairement à l'avance japonaise. La colonne de l'ouest parvient donc à Haïphong sans coup férir, alors que celle de Do Son passe à l'attaque de la garnison qui est obligée de déposer les armes.
Dès le 25 septembre l'Empereur avait ordonné la cessation des hostilités. Il apparaît donc que l'armée du générai Ando a délibérément négligé les accords du 22 septembre pour précipiter le transit par le Tonkin de ses troupes en difficulté en Chine du Sud.
Le calme se rétablit cependant. Le 2 octobre la place de Do Son est restituée aux autorités militaires françaises, le 5 les prisonniers de Langson sont libérés et à partir du 25 les autorités administratives et les troupes françaises reprennent place dans la province. En contre-partie le général Nishimura s'installe avec son état-major et un détachement de soutien à Hanoï. Le passage de l'armée Ando, forte de 30.000 hommes, va pouvoir s'effectuer. Son mouvement nécessitera plus d'un mois. Une commission mixte franco-japonaise en réglera les modalités. En application des accords du 22 septembre, trois des terrains d'aviation du Tonkin sont ouverts aux Japonais. Ainsi s'installe le régime de la présence japonaise en Indochine.
La métropole a réfléchi. Elle enverra des officiers et des hommes, tous volontaires, en 1941. Mais les matériels resteront désuets ; bientôt, en effet, la route de la France sera coupée. Cependant cette aventure a suscité deux réactions : l'une au sein des forces japonaises qui se sont ainsi avisées de la faiblesse des "colonies" occidentales, françaises, britanniques, néerlandaises et américaines, et s'engagent désormais, sûres de leur puissance, dans la mainmise sur tout le Sud-Est asiatique ; l'autre chez nous, Français, en qui est né cet esprit de résistance qui permettra a la France de survivre, en Indochine, aux heures tragiques de 1945.

Colonel André ROTTIER

Pour le détail des événements, on se. reportera à l'ouvrage du colonel Claude Hesse d'Alzon : La Présence militaire française en Indochine 1940-1945 , édité par le Service historique de l'Armée de Terre (1985) qui fait autorité en la matière.


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