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>Les massacres de septembre 1945 à Saïgon

 

Les massacres de septembre 1945 à Saïgon


Peu de Métropolitains connaissent l'histoire des massacres de septembre 1945 à Saïgon. L'ANAI a pu réunir les témoignages de personnes qui ont vécu ces événements et connu certains de leur acteurs.

Pourquoi existe-t-i! au cimetière de Nogent-sur-Marne un monument dédié aux victimes des 24-25-26 septembre 1945 "Morts pour la France" à Saïgon ?

Ce monument a été élevé en 1950 par l'Association des Familles des Victimes des massacres de septembre 1945 à Saïgon. Il est la réplique exacte de l'ossuaire érigé la même année au cimetière de Saïgon par l'Association. Dans l'ossuaire furent réinhumés les restes de 37 victimes retrouvées dans des tranchées ou au fil de l'eau des arroyos, non identifiables. L'Association ne voulut pas que ces morts soient définitivement oubliés dans les tombes anonymes où ils avaient été ensevelis en septembre 1945. Le monument de Nogent n'est donc pas un monument symbolique.

Pouvez-vous rappeler le contexte dans lequel se produisirent ces événements de septembre 1945 ?

L'imbroglio est total à cette époque à Saïgon. Les Japonais vaincus conservent leurs positions et maintiennent en captivité à Saigon les militaires du llème RIC ainsi que les hauts représentants de l'administration française. En vertu des conditions de l'armistice, ils ont la responsabilité du maintien de l'ordre. Ils conserveront cette mission même après l'arrivée, le 12 septembre, de la Commission d'armistice britannique chargée du désarmement des troupes japonaises dans le Sud de l'Indochine. Il est vrai que le détachement franco-britannique de 750 hommes qui accompagne cette commission est insuffisant pour adjoindre à sa mission principale celle de maintien de l'ordre. Le nouveau commissaire de la République, le colonel Cédile, envoyé pour reprendre en main la situation et relever les anciennes équipes est bien arrivé fin août mais il ne dispose encore ni d'équipes de remplacement ni de troupes. Le général Leclerc n'arrivera que le 5 octobre avec les moyens nécessaires

C'est le moment choisi par Ho-Chi-Minh pour marquer un avantage décisif. Le 2 septembre, jour de la signature de la capitulation japonaise, il proclame unilatéralement l'indépendance de la République démocratique du Viet-Nam.

Par quel engrenage arrive-t-on aux événements tragiques des 24, 25 et 26 septembre ?

Le 2 septembre, une manifestation monstre est organisée à Saïgon pour fêter l'indépendance et faire la démonstration de l'unité enfin réalisée de tous les mouvements nationalistes sous la bannière du Viet-Minh. Retranchés dans leurs maisons, les Français entendent hurler les slogans anti-français et acclamer l'indépendance. Soudain, des coups de feu sont tirés place de la Cathédrale. La foule des manifestants, persuadée d'être attaquée par des Français, envahit le presbytère. C'est un prêtre français, le révérend père Tricoire, qui sera la première victime, assassinée sauvagement. Puis, toute la soirée, des maisons françaises seront attaquées, pillées, des Français arrêtés, molestés. Les bâtiments publics, la radio sont occupés avec la complicité des Japonais.
C'est le début d'une période d'insécurité grandissante pour les Français de Saïgon dont les moyens de défense sont inexistants, toutes les armes leur ayant été confisquées par les Japonais après le 9 mars 1945. Des bandes incontrôlées affluent sur Saïgon : parmi elles, des détenus de droit commun du pénitencier de Poulo-Condore récemment libérés par les Japonais, qui se sont fait particulièrement remarquer par leur violence, lors de la manifestation du 2 septembre.
Devant la montée croissante des périls, les autorités franco-britanniques décident enfin de réarmer, le 22 septembre, les troupes du llème RIC. Dans la nuit du 22 au 23, les bâtiments publics sont réoccupés par les forces alliées sans effusion de sang. Mais l'agitation provoquée par la sortie des soldats français inquiète le général britannique qui croit bon de leur faire réintégrer leurs quartiers.
Pourtant un calme apparent règne en ce matin du 24 septembre. On lit dans les rues des proclamations du colonel Cédile indiquant que "les Services de Police et de Sûreté ont repris leurs fonctions ; ils demandent à la population de rester calme, de procéder à ses occupations coutumières".
De fait, dans le centre ville, les carrefours sont militairement gardés, notamment par les Gurkhas (soldats indiens de l'armée britannique) dont l'apparence guerrière est franchement dissuasive. Mais l'apparence est trompeuse. Les Viet-Minh, furieux d'avoir été évincés du centre de Saïgon, se sont regroupés dans les faubourgs avoisinants.
Ce 24 septembre, c'est une véritable chasse aux Blancs, aux Eurasiens, aux Français de l'Inde qui commence. Ce jour-là, tous ceux que leur travail appellera à la périphérie ou hors du périmètre de la ville seront capturés, exécutés sur le champ ou après une détention dans les villages voisins. On ne les reverra plus jamais. Parmi toutes ces victimes, celles de Khanh Hoi accourues à la nouvelle de l'incendie des entrepôts, celles de Cholon, parmi lesquelles un médecin, mon père, appelé en consultation par un malade chinois, qui sera enlevé puis assassiné.
En ville même, des Eurasiens, des Vietnamiens employés par l'administration française ou pro-français sont enlevés ou exécutés à leur domicile.
Dans la nuit du 24 au 25 septembre, des tueurs s'infiltrent, avec la complicité des Japonais, dans le quartier de Tandinh. Là, à proximité de l'arroyo de l'Avalanche et en bordure de terrains vagues, une résidence de petites maisons accolées appelées "compartiments", la cité Héraud, abritait des familles de petits fonctionnaires français, eurasiens, antillais ou réunionnais. Plus de 150 Français seront massacrés par une horde de forcenés armés de piques, de poignards et d'armes à feu qui enfoncent les portes des maisons, saccagent, pillent et tuent. Femmes, enfants, vieillards ne sont pas épargnés. Les récits des rares survivants donnent la mesure des sévices horribles subis par les malheureuses victimes et des extrémités auxquelles peut aller la haine raciale. Les Eurasiens seront particulièrement visés. A cette tragédie ne survivront que quelques Français qui, emmenés en sampan, furent sauvés in extremis par les Gurkhas et les soldats du llème RIC précipitamment réarmés et envoyés en renfort.
Le 26 septembre, des agressions isolées se produisirent encore mais en moins grand nombre : les événements des deux jours précédents commençaient à se savoir et les autorités responsables avaient pris la mesure du péril qui menaçait la population. C'est surtout dans la province cochinchinoise que les agressions dirigées contre les Vietnamiens pro-français se produisirent.
Le nombre des victimes de ces journées des 24-25-26 septembre a pu être estimé à près de 300 Français et à peu près autant de Vietnamiens. Ils étaient médecins, prêtres, ingénieurs, industriels, agents des travaux publics, artisans, commerçants. C'était le directeur de la Compagnie des Eaux, le fondé de pouvoir de la Société des Dragages, un officier de la marine marchande... Ils avaient donné le meilleur d'eux-mêmes au service de la santé, du développement, de la prospérité de ce pays. Ils furent condamnés à mort parce qu'ils étaient Français et la France honora leur sacrifice en leur accordant la mention "Mort pour la France", à titre civil.

Quel fut le rôle de l'Association des Familles des Victimes des massacres de Septembre 1945 à Saigon dont vous avez parlé ?

Lorsqu'il s'avéra que tout espoir de revoir les disparus était vain désormais, les familles si rudement éprouvées constituèrent une association dans le but d'assurer leur défense matérielle et morale et de demander réparation du préjudice subi du fait de la disparition d'un chef de famille ou d'un membre de celle-ci.
L'association, animée par un comité de 8 membres, présidée par ma mère à partir de 1947, consacra tous ses efforts à :
- sauvegarder la mémoire des victimes par l'édification des monuments de Saigon et de Nogent,
- subvenir aux besoins matériels les plus pressants. Une souscription, à laquelle nos compatriotes répondirent avec une très grande générosité, puis des subventions annuelles accordées à l'association permirent l'octroi, pendant quelques années, de secours aux plus démunis. Les fonds recueillis étaient répartis par le Service Social de l'Indochine,
- aider les victimes dans les démarches administratives et demandes de réparations : rapatriement gratuit pour les membres de familles non fonctionnaires, allocation aux veuves d'une pension de victime civile, reconnaissance aux orphelins de la situation de pupilles de la Nation et octroi de bourses d'études, priorité pour le règlement des dommages de guerre, exonération des droits de succession... Mais l'association ne parvint pas à obtenir gain de cause dans sa demande d'enquête au Ministère de la France d'Outre-Mer afin de déterminer les responsabilités du Gouvernement dans ces événements.

Tout cela se passait, il y a près d'un demi-siècle, j'avais 20 ans à Saigon en 1945. La trace de ces événements, vécus au jour le jour, je dois la laisser après moi, en hommage à toutes ces victimes abattues sans jugement et sans défense.

Jacqueline DENIER


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