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L'hôpital Nhi Dông 2 Grall à Saïgon


Cet article, paru dans la revue des membres de la Légion d'honneur "La Cohorte" n° 179 de février 2005, est reproduit avec les aimables autorisations de l'auteur, le docteur Y. Pirame et de la revue.

La France en Indochine, c'est aussi une oeuvre médicale exemplaire. A l'heure des commémorations douloureuses, il est juste de s'en souvenir. Depuis quinze ans, les initiatives se multiplient dans le domaine médical au Viet-Nam, mais combien de ces généreux intervenants sont-ils en mesure de replacer leur action dans la perspective séculaire qui enrichirait sa signification ?

L'oeuvre médicale de la France en Indochine

L'oeuvre colonisatrice de la France outre-mer a toujours favorisé une action médicale qui apparaît à la fois ambitieuse, lorsqu'on la replace dans le contexte d'une époque où les sciences n'étaient qu'à leurs balbutiements, et généreuse par son souci constant d'atteindre toutes les couches des populations dans les régions où elle s'implantait..

Succédant aux premières formations sanitaires destinées aux forces expéditionnaires, s'installaient partout des établissements à vocation plus générale, à partir desquels s'organisait la politique sanitaire qui s'avérait indispensable au développement.

Les résultats qui aboutirent à la montée en puissance des services de santé performants, dont héritèrent les nouveaux Etats nés de la décolonisation, s'expliquent essentiellement par la très grande qualité, scientifique et humaine, du corps de médecins et pharmaciens de Marine, auxquels succéda, devant des besoins croissants, en 1890 un corps civil de santé des Colonies, dont la gestion malaisée entraîna le retour à un statut militaire, à l'occasion de la création en 1900 des Troupes Coloniales.

Le 3 novembre 1890, les premiers élèves entrent à l'Ecole Principale du Service de Santé de la Marine et des Colonies, créée cette même année pour conduire ses élèves au doctorat désormais exigé pour entrer dans la carrière. "Santé Navale", comme on continue à l'appeler malgré le changement intervenu dans son statut en 1968 qui en fait une Ecole du service de santé des armées, va fournir jusqu'à cette date l?essentiel des quelques cinq mille médecins et pharmaciens qui serviront sous l'ancre de marine des Troupes Coloniales.

Les anciens du corps de santé des Troupes Coloniales adhérent pour la plupart à l'Association Santé Navale et d'Outre-Mer (A.S.N.O.M.), qu'ils sortent de l'Ecole de Bordeaux ou de l'Ecole du Service de Santé Militaire de Lyon, qui va fournir 403 médecins pendant la brève existence de sa section coloniale, ouverte pour faire face à une demande accrue de 1925 à 1949.

Au cours des dernières décennies du XIXème siècle, et jusqu'à la deuxième guerre mondiale, la France réalisa en Indochine tout un système de santé, d'un niveau probablement sans égal à l'époque, du fait que son organisation s'appuyait sur des institutions remarquablement adaptées au terrain, dans cette vision à long terme qui caractérisait l'action médicale de notre pays dans ses colonies :

- Centres de santé, hôpitaux, création en 1905 de l'Assistance Médicale Indochinoise.
- Instituts Pasteur pour développer les programmes de vaccination et de recherches appropriés, dont les premiers sont à Saïgon en 1891 avec Calmette et Nha Trang en 1896 avec Yersin.
- Etablissements de formation de personnels médicaux et para-médicaux, parmi lesquels dès 1902 une Ecole de médecine à Hanoï, qui deviendra en 1923 Ecole de médecine et de pharmacie de plein exercice avant d'accéder en 1941 au rang de Faculté.

On comptait en 1930 au Tonkin 142 formations sanitaires (dont 31 hôpitaux), 80 en Annam (18 hôpitaux), 241 en Cochinchine (26 hôpitaux), 42 au Cambodge (5 hôpitaux), 37 au Laos (6 hôpitaux).

L'hôpital Grall
L'hôpital Grall à Saïgon, ainsi nommé en 1925 en hommage au médecin inspecteur général Charles Grall, qui organisa notamment l'assistance médicale en Indochine, a été de 1860 au 30 avril 1975 le fleuron de la médecine française dans le sud-est asiatique.


Le médecin inspecteur général Grall

Le 17 février 1859, les Français prennent possession de Saïgon. D'emblée les amiraux, premiers gouverneurs de la colonie, édifient sur un plateau au sud-est de la citadelle, seul endroit réputé salubre, une formation qui, dès 1860, fonctionne comme un hôpital de la Marine. C'est sur ce site, dont la pérennité attester combien il fut judicieusement choisi, que vont être construits à partir de 1880 les spacieux bâtiments conçus par Gustave Eiffel, en poutrelles de fer sur soubassements de granit, le tout transporté de France, qui sont de nos jours un des plus beaux vestiges de l'architecture coloniale.
Nous sommes au début de l'ère pastorienne. Dans un modeste pavillon de quatre pièces de ce qui sera plus tard l'hôpital Grall, Albert Calmette, celui-là même qui devait aussi fonder l'Institut Pasteur de Lille et y attacher son nom au vaccin contre la tuberculose, crée en 1891 la première filiale de l'Institut Pasteur. Il y reçoit peu après Alexandre Yersin, alors médecin de la marine marchande de passage, et l'entraîne dans le tout nouveau corps de santé colonial qui lui ouvre une carrière scientifique considérable débutant d'éclatante manière par la découverte en 1894 à Hong-Kong du bacille de la peste. Son successeur, Paul Louis Simond, qui se fera connaître en mettant en évidence en 1898 à Karachi le rôle vecteur de la puce dans cette maladie, sera le premier à faire appel à des collaborateurs indigènes.


L'entrée de l'hôpital Grall en 1895 (cl. Amis du vieux Hué) et aujourd'hui (cl. Dalmazzo)

Par la suite, d'autres immeubles de réalisation plus banale seront ajoutés, portant la capacité au-delà de 500 lits, dans un cadre magnifiquement arboré par d'immenses tamariniers disposés au long d'allées qui donnent à l'ensemble un charme auquel peu de gens restent insensibles.

Après les accords de Genève et le retrait des dernières troupes françaises en avril 1956, l'hôpital Grall, précédemment redevenu militaire pendant la guerre d'Indochine, s'adapte à l'évolution de sa clientèle. Il reçoit un statut civil original stipulant : "Avec l'accord du Gouvernement de la République du Vietnam, la France assure la gestion et le fonctionnement de l'établissement hospitalier dénommé Grall", mis à disposition par une location symbolique faisant l'objet d'un bail.

Elle prend en charge la rémunération et les frais de déplacements des personnels expatriés, et fournit certains matériels et équipements dont l'importation est exonérée de taxe de toute nature. Dans cette configuration inédite, la formation qui doit vivre de ses propres recettes et se retrouve gérée par une commission franco-vietnamienne fonctionne avec du personnel local. Seuls la direction et l'encadrement sont confiés à des officiers et sous-officiers du corps de santé des troupes de coloniales, puis du service de santé des armées après la disparition de ces dernières, en position de détachement auprès du ministère des Affaires Etrangères comme experts de coopération.


Les bâtiments de l'hôpital en 1931 et aujourd'hui

Pendant vingt ans, Grall va mettre à la disposition des Saïgonnais, et même de malades venant de beaucoup plus loin, dans un pays toujours en guerre, les ressources de ses installations et de ses équipes, qui jouissent d'une considération flatteuse. Il jouera aussi un rôle éminent dans la conservation de la pensée médicale française et le maintien de la francophonie dans les milieux vietnamiens soumis à la pression d'une présence américaine omniprésente. Ses praticiens participent assidûment à la Société médico-chirurgicale de Saïgon, dont le français reste la langue de travail. Ils effectuent et publient des travaux qui contribuent à la connaissance de la pathologie du sud-est asiatique. Ils se voient confier des missions d'enseignement aux facultés de Saïgon, puis de Hué, ainsi qu'à l?Ecole d'infirmières Caritas, dont le diplôme, reconnu en France, facilitera la reconversion de celles qui le détiendront lorsque viendra le temps de l'exode. Ils opèrent à l'extérieur avec leurs confrères vietnamiens, et apportent leur assistance médicale et chirurgicale au traitement des lépreux et des poliomyélitiques.

Ainsi, dans son dernier avatar, "l'hôpital Grall restait le lieu privilégié du rayonnement de la médecine française", comme l'écrira en 1990 Alain Puidupin, élève de l?Ecole du service de santé des armées de Lyon, dans sa thèse de doctorat consacrée à "l'hôpital Grall dans l'Histoire franco-vietnamienne".

La chute de Saïgon le 30 avril 1975, sonne le commencement de la fin d'une présence médicale française qui, en son ultime bastion, aura duré 115 ans. Grall, dans la panique généralisée au souvenir des massacres de l'offensive du Têt en 1968 à Hué, est le seul hôpital qui fonctionne encore. Au maximum de ses capacités. Près de trois mille personnes s'y réfugient les 29 et 30 avril. Jusqu'au 15 mai, 676 malades sont hospitalisés, avec au cours de ces trois premiers jours, 225 interventions d?urgence sur des civils, et des combattants des deux camps.

Très vite, les nouvelles règles imposées, les chicaneries de l'administration, le blocage sur le port de tout approvisionnement, les obstacles à la relève du personnel maintenus en fin de séjour vident de leur substance les accords de coopération, aboutissant en juillet 1976 au transfert du dernier témoin d'une longue histoire commune au ministère vietnamien de la santé publique.

L'hôpital pédiatrique n°2 d'Hô Chi Minh-Ville : renaissance de l'hôpital Grall de Saïgon

L'arrêté consacrant la création de l'hôpital pédiatrique n°2 (Bênh Viên Nhi Dông 2) dans l'ancien hôpital Grall fut signé le 19 mai 1978.

Dix ans plus tard, c'est dans un état de délabrement avancé que retrouvent avec tristesse certains, qui l'ont connu en des temps meilleurs, le vénérable établissement si cher à leur coeur. Parmi eux, le médecin général inspecteur Louis José Courbil, ancien chirurgien à Grall, devenu inspecteur général du service de santé des armées, et le secrétaire d'état à l'aide humanitaire, Bernnard Kouchner, qui y fit un bref passage en avril 1975 avec une organisation humanitaire. Ils vont se mobiliser pour le sauver. Le 25 octobre 1990 voit la signature d'un protocole d'accord sur "La réhabilitation de l'hôpital pédiatrique n°2 à Hô Chi Minh-Ville dit hôpital Grall, qui comprendra des travaux sur les bâtiments et les réseaux, ainsi que l'aménagement de l'équipement médical et chirurgical de l'hôpital. Elle sera complétée par un programme de formation destiné au personnel médical de l'hôpital". C'est pour s'associer à ce projet que d'anciens personnels militaires et civils, français et vietnamiens, ont créé le 5 mai 1990 l'Association des Anciens et Amis de l'Hôpital Grall (A.A.A.H.G.) dont l'objet déclaré, conformément à la loi de 1901, est :

- D'encourager toute activité humanitaire, morale et scientifique en vue de perpétuer l'esprit attaché à l'oeuvre accomplie par tous ceux et celles qui ont servi à l'hôpital Grall de 1860 à 1975,
- De contribuer, dans le cadre de la francophonie, au maintien et au développement d'échanges culturels et techniques, par des activités de recherche, d'évaluation scientifique ou de formation médicale..


L'ensemble des bâtiments de l'hôpital Grall (laque sur panneau, coll. AAAHG)

Dans le but de faire de cette rénovation de l'hôpital pédiatrique n°2 le terrain privilégié d'échanges entre médecins français et vietnamiens, à un moment où le Viêt-Nam reprenait pied dans la communauté internationale, l'A.A.A.H.G. prit l'initiative d'organiser, en étroite relation avec les directions du service de santé d'Hô Chi Minh-Ville et de l'hôpital, les "Premiers entretiens médicaux de Grall" les 6 et 7 décembre 1991. Cette manifestation inaugurale réunit plus de 200 participants, dont une centaine venant de France, comprenant des personnalités du monde universitaire et du service de santé des armées. C'est à cette occasion que réapparut officiellement le nom de Grall dans la dénomination de l'hôpital, qui devenait "Bên Viên Nhi Dông 2 Grall", en même temps qu'était rafraîchie la stèle dédiée à Calmette et Yersin, érigée en 1963 dans la cour d'honneur.


Stèle dédiée à Albert Calmette et Alexandre Yersin

En 1995, les quatrièmes entretiens médicaux de Grall sortent de leur cadre originel et leur évolution échappe à l'A.A.A.H.G.,ce qui est le destin promis aux actions de coopération couronnées de succès.

Un film réalisé pour l'Association des Anciens et des Amis de l'Hôpital Grall par son secrétaire, le médecin général Graveline, promoteur par ailleurs, en sa qualité d'administrateur de l'Organisation pour la Prévention de la Cécité (OPC) de la modernisation du service d'ophtalmologie de Nhi Dông 2 Grall, présente des images choisies de la réhabilitation de l'ancien hôpital Grall de Saïgon, devenu l'hôpital pédiatrique n°2 d'Hô Chi Minh-Ville, dans le cadre d'une oeuvre de mémoire consacrée à l'action médicale de la France en Indochine.

A l'aube du XXIème siècle, le vieil hôpital ouvert en 1860, conserve en son sein, dans le coeur historique de Saïgon, le souvenir de Charles Grall, d'Albert Calmette, d'Alexandre Yersin.
Combien savent, que ces trois figures emblématiques de la France, secourable au travers des âges, étaient des médecins des Troupes Coloniales qui, à la fin du XIXème siècle, jetèrent les bases d'une oeuvre médicale dont les bienfaits sont dignes de passer à la postérité ? Certains parmi ceux qui ont entrepris de nos jours des actions de coopération dans les pays de l'ex-Indochine, pour la plupart d'entre eux "terra incognita", pensent à s'en réclamer. Plût au Ciel qu'ils soient nombreux sur ce chemin de la mémoire !


Fanion de l'hôpital Grall, Saïgon (coll. IMTSSA)


Docteur Yves PIRAME
Ancien Chef des services médicaux de l'hôpital Grall.


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