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>L'Institut Pasteur de Saïgon

 

L'INSTITUT PASTEUR DE SAÏGON


Vigie infatigable, il veille sur la santé de 27 millions d'humains.

Coincée entre la Chine et l'Inde, foyers d'épidémies et d'épizooties redoutables, l'Indochine avait jusqu'à la fin du siècle dernier la réputation d'une des régions les plus malsaines de la zone tropicale. Souvent un produit d'exportation chinois, la variole, faisait parmi les populations des ravages que la médication autochtone ou chinoise était aussi impuissante à endiguer que le choléra qui, par vagues cycliques, déferlait de l'Inde sur tout l'ExtrêmeOrient. Les migrations du cheptel, auxquelles ne s'opposait aucun contrôle sanitaire, favorisaient l'apparition de mystérieux fléaux, qui ensevelissaient les bovidés par milliers sous la boue des rizières. S'attaquant à la fois aux humains et aux animaux, la rage était très répandue. De nombreux mordus succombaient, ne pouvant se faire soigner à Paris, où Pasteur venait de découvrir le vaccin antirabique, le 6 juillet 1885.
Essentiellement, pour engager la lutte contre cette maladie et contre la variole, celui qui devait quelque trente anss plus tard associer son nom à la découverte du vaccin antituberculeux, Albert Calmette, fut désigné par Pasteur et créait, en janvier 1891, l'Institut Pasteur de Saïgon, le premier des « I.P. » de la France d'outre-mer.
En moins de trois ans, il adaptait aux conditions locales la vaccination antirabique et antivariolique. En 1895, au lendemain de sa découverte du bacille de la peste, à Hong Kong, le docteur Yersin fondait à Nhatrang, en Annam, un second Institut Pasteur. Puis ce fut, en 1926, l'établissement de l'Institut Pasteur d'Hanoï, par Noël Bernard et, en 1936, l'inauguration de l'Institut Pasteur de Dalat par le docteur Yersin.
Pendant l'année 1927, le service de préparation de vaccins anticholériques en Indochine mettait à la disposition du Service de Santé 25.000.000 de doses pour la vaccination en masse. Dès 1938, les « I.P. » de Saïgon, Hanoï et Dalat procédaient ensemble à plus de 78.000.000 d'analyses microbiologiques et biochimiques annuelles et assuraient la production de plus de 40.000.000 de doses de vaccins divers, l'« I.P. » de Nhatrang fabriquait alors annuellement 50.000.000 vaccins vétérinaires.
Au début du siècle, la population de l'Indochine s'élevait à 13.000.000 de personnes. En 1921, elle était de 19.000.000 et, au milieu de 1952, on évaluait à 27.000.000 le nombre d'habitants du Vietnam, du Cambodge et du Laos.
Si, en un demi-siècle, cette population a pu doubler, c'est non seulement grâce à la lutte efficace contre les grandes épidémies, mais encore parce que les hommes, plus nombreux, ont trouvé au fur et à mesure une nourriture plus abondante : l'effectif du cheptel indochinois a plus que triplé au cours des cinquante dernières années. C'est aux « I.P. » du Vietnam que revient, dans une large mesure, le mérite de ces progrès.
Premier dans le temps, l'« I.P. » de Saïgon n'a cessé de jouer dans leur réalisation un rôle primordial.

Rage et variole ont été les mobiles de la fondation de l'« I.P. » de Saigon. Mais le simple outil apporté jadis par le docteur Calmette est devenu instrument, machine, industrie. A côté des sections « Rage » et « Variole » fonctionnent des services de lutte active contre la tuberculose, le paludisme, la lèpre ; des laboratoires de microbiologie, de chimie biologique ; des équipes de surveillance des eaux et de répression des fraudes alimentaires.


Laboratoire de recherche

De tous les pays de l'Union Française, l'Indochine est celui où la rage est aujourd'hui la plus répandue. Alors qu'en France elle n'existe presque plus et qu'en Afrique Equatoriale Française l'on dénombre environ 500 traitements antirabiques par an, l'« I.P. » de Saïgon a reçu à lui seul 3.101 consultants en 1951. En 1904, il n'en accueillait encore que 152.
Pour faire face à l'augmentation continue de la demande, il a fallu accroître très sensiblement la production. De nouveaux procédés ont donc été étudiés et appliqués.
C'est ainsi que fut abandonnée l'ancienne méthode pastorienne, consistant à utiliser de la moelle desséchée comme base du vaccin, et qui obligeait le patient à se déplacer. Maintenant l'« I.P. » de Saigon prépare un vaccin phéniqué, selon la méthode de Fermi et que l'on peut transporter facilement. Il se conserve pendant trois mois par une température de 10 degrés. Des centaines de « traitements » (séries d'ampoules nécessaires à la guérison d'un mordu) sont ainsi expédiés régulièrement à Hanoï, Phnom Penh, Cantho, Travinh Rachgia, Vientiane, Hué, Dalat, Nahtrang et dans les plantations et postes isolés.
Les résultats de cette nouvelle méthode sont excellents, dans la mesure où l'on peut les observer : la majorité des destinataires ne renvoient pas à l'« I.P. » les fiches de renseignements accompagnant les doses...
A tout moment, un stock de plusieurs centaines de traitements est disponible à Saigon, où 38.608 injections de vaccin antirabique ont été pratiquées en 1951. Pour faire face à cette « consommation », il a fallu sacrifier des lapins d'un poids total de près de trois tonnes, soit une moyenne de 42 rongeurs par semaine, donnant ensemble 352 grammes hebdomadaires de substance nerveuse (cerveau et moelle). Une autre technique consisterait à utiliser le mouton comme « matière première ». Mais, introuvable et difficilement adaptable en Indochine, il a été remplacé dans les projets de l'« I.P. » par la chèvre, dont chaque unité peut fournir 90 grammes de matière nerveuse.
L'« I.P. » bénéficie à Saïgon d'une immense popularité, fondée sur la peur - et les propriétés nutritives du vaccin antirabique. Les Vietnamiens s'y rendent spontanément et insistent, même en cas de morsures légères, pour qu'on leur applique le traitement (gratuit). Assez élevé même est le nombre des « resquilleurs », qui considèrent le vaccin comme un aphrodisiaque et un remontant - et qui prennent de l'embonpoint ! Il arrive que l'on rencontre à la consultation quotidienne, des familles entières soi-disant mordues.
Quelque efficace qu'il soit, le traitement antirabique ne constitue pas cependant la clé de la prophylaxie de la rage. Cette maladie ne sera efficacement combattue que lorsque les autorités locales appliqueront avec rigueur les règlements de police, et que les propriétaires feront systématiquement vacciner leurs chiens. Sur 83 chiens examinés par l'« I.P. » de Saigon en 1951, 31 ont été reconnus enragés et 50 % des carnassiers envoyés à la fourrière saïgonnaise le sont en général.
Cela signifie que trop d'animaux malades circulent en toute liberté, parfois par meutes entières. Depuis 1945, la rage n'a cessé de s'étendre en Indochine. Le mal ne sera attaqué à la base que lorsque les pouvoirs publics mettront en ceuvre un plan de décanisation rationnelle. Son exécution se trouverait certainement facilitée par l'utilisation industrielle du chien errant par les Chinois, qui savent à merveille tirer profit des peaux, des corps gras... et des saucisses.
Par les dimensions de la maladie combattue comme par le volume de la matière première traitée, les services de la vaccine (préparation du vaccin antivariolique) de l'« I.P. » de Saigon tiennent bien plus de l'« industrie » que ceux de la rage.
Avant que les Français ne fabriquent le vaccin en Indochine, les épidémies de variole y tuaient des villages entiers. Depuis plusieurs décades, un dispositif de sécurité fonctionnant sur toute l'étendue du pays permet non seulement de réduire considérablement la mortalité, mais encore d'étouffer le plus souvent l'épidémie dans l'oeuf. Le vaccin, tiré de la pulpe cultivée sur le bufflon, est produit selon des méthodes qui, se perfectionnant chaque année, en augmentent l'efficacité et la quantité délivrée.

Quatre-vingt millions de doses de vaccin antivariolique distribuées en 11 ans
Alors que pour l'année 1940 l'« I.P. » de Saigon n'enregistrait encore que 3.218.860 doses de vaccin livrées, il en fournissait en 1951 près de quatre fois plus, soit 12.216.940. En onze ans, de 1940 à 1951 inclus, près de 80.000.000 de doses furent expédiées par les laboratoires saïgonnais. Mais tandis qu'il fallait en 1930, 175 bufflons pour 4.300.000 doses délivrées, l'« I.P. » n'a utilisé l'année dernière que 60 de ces ruminants, pour la préparation de trois fois plus de vaccin. Plus de 400.000 doses ont été expédiées en 1951 à l'Armée et à la Marine et plus de 30.000 dans les plantations.
Depuis l'origine l'on s'est attaché à la fabrication d'un vaccin glycériné qui ne se conserve longtemps qu'en réfrigérateur, par -18°. A la température ordinaire, son efficacité ne persiste que pendant une quinzaine de jours. Cette « défaillance » offre une conséquence inattendue, au Tonkin notamment, où le vaccin antivariolique risque de tomber entre les mains du Vietminh et d'être livré par celui-ci aux communistes chinois.
L'autre variété, dite vaccin sec, de fabrication plus récente, est mise par l'« I.P. » de Saïgon en ampoules de 100 doses, qui se conservent pendant plusieurs mois à la température ordinaire
Bien que la production dépasse largement les besoins - 1.000.000 de doses restent en outre constamment en stock à l'« I.P. » de Saigon - et malgré l'envoi de plus de 7.000.000 de doses de vaccin au Tonkin en 1951, une épidémie s'est déclarée dans cette région. En fait, étant donné le climat et la réceptivité des populations d'Indochine, celles-ci devraient être vaccinées en totalité contre la variole tous les trois ans. Mais des zones étendues, sous la domination du Vietminh, échappent aux mesures sanitaires et il semble que, dans les territoires sous contrôle franco-vietnamien, le vaccin antivariolique soit loin d'être convenablement appliqué par les usagers.
On ne saurait autrement expliquer la récurrence de la maladie, l'efficacité des millions de doses annuellement distribuées étant vérifiée, au moment de la fabrication, par une série de contrôles extrêmement rigoureux. Ceux-ci - notamment le contrôle bactériologique (si le vaccin est souillé, il est éliminé) et l'épreuve d'efficacité (s'il n'est pas assez efficace, le vaccin est abandonné) - constituent l'un des principes fondamentaux de tous les Instituts Pasteur.

Criante disproportion entre la capacité de production de B.C.G. et l?effort ds praticiens responsables de l?action antituberculeuse
Cette notion de rigueur scientifique du contrôle, on la retrouve, très accentuée, dans le domaine de la préparation du vaccin antituberculeux. L'accès des salles réservées, à l'« I.P. » de Saigon, aux manipulations (récoltes, contrôle et recherches) de la souche vaccinale, est interdit à toute personne, fût-elle un visiteur de marque, autre que les savants et leurs aides directs.
En plus de l'autopsie des cobayes témoins, dix autres contrôles (examens microscopique, chimique, épreuve de vitalité, etc.) garantissent la qualité des 6.000.000 de doses de vaccin mensuelles que l'« I.P. » de Saïgon peut fabriquer.
Mais la disproportion est criante entre la capacité de production et la fabrication réelle. En 1951, l'« I.P. » de Saïgon n'a préparé que 7.614 doses de B.C.G. ; les usagers (hôpitaux, médecins, etc.) ne lui en ont demandé que 4.000... Comme en Europe, il existe au Vietnam un préjugé contre le B.C.G. Pourtant, selon les estimations de l'Organisation Mondiale de la Santé, 200.000 à 300.000 vaccinations seraient nécessaires dans la seule région de Saïgon-Cholon et un à deux millions devraient être immédiatement pratiquées dans toute l'Indochine.
Si, en Europe, 50 % de la population âgée de moins de 15 ans fut déjà en contact avec le bacille tuberculeux, la proportion est de 75 % en Indochine. C'est d'ailleurs ce qui détermina la création du laboratoire de l'« I.P. » de Saïgon dès 1924, un an après la première application du B.C.G. dans le monde. De 1924 à 1945, environ 48.000 doses du vaccin furent délivrées par les services saïgonnais. Les événements de 1945 apportèrent de grandes perturbations dans la fabrication du vaccin. Mais à présent le rythme de production est redevenu normal. Depuis lors, une station pilote est annexée au laboratoire. Ainsi est-il possible de vérifier à Saïgon le résultat de la vaccination dans les conditions climatiques particulières au pays et d'initier des médecins à la direction d'un centre antituberculeux. Une vingtaine de praticiens, dont une dizaine de Vietnamiens, ont effectué depuis 1948 un stage d'un mois à l'« I.P. » de Saïgon.


Fabrication du B.C.G.

Cependant, le nombre des vaccinés reste infime en Indochine, où fonctionnent pourtant aujourd'hui neuf centres de vaccinations au B.C.G., dont quatre à Saïgon-Cholon, les autres étant à Hanoï, Dalat, Phnom Penh, Nlratrang et sur les plantations des Terres Rouges. Trop faible aussi est la curiosité des médecins à l'égard de la bibliographie mondiale réunie à leur intention par l'« I.P. » de Saïgon : énorme travail de traduction et de coordination, elle ne reçoit la visite que de trop rares praticiens.

Quatre petites boîtes en bois, vingt ans de lutte antipaludéenn
Encore plus vaste est la tâche réalisée par l'« I.P. » Saïgon dans la lutte contre le paludisme. Dans quatre boîtes en bois, l'on peut feuilleter quelque 40.000 fiches, véritable carte du paludisme en Indochine. Chaque ville et village, chaque plantation du Vietnam, du Cambodge et du Laos a sa fiche entomologique où sont notées les espèces de moustiques (au nombre de trois à quatorze selon les régions et saisons), porteurs de sporozoïdes.
Commencé en 1929, le « recensement des moustiques » était terminé en 1935. Dans telle ville ou localité, où 100 % de la population était impaludée, la proportion était tombé à 15 % dès la fin des travaux d'assainissement. En 1945, le paludisme avait pratiquement disparu de toutes les agglomérations d'Indochine. Voulant faire oeuvre durable, l'« I. P. » s'est toujours appliqué à attaquer le mal à la base, c'est-à-dire à assainir les territoires par le drainage, plutôt qu'à distribuer des médicaments. Maintenant, les moyens ayant été considérablement réduits, la lutte se poursuit avec une importante aide américaine. Mais déjà l'on se demande si la pulvérisation de poudre DDT sur les parois des paillotes, deux fois par an, ne créera pas une accoutumance des moustiques, les interstices des parois des paillotes handicapent, en outre, l'efficacité du traitement.
L'« I.P. » de Saigon n'en continue pas moins son activité de « vigie » : chaque mois, il reçoit des médecins locaux et itinérants plus de 10.000 lames, avec des échantillons de sang prélevés dans de nombreuses localités, sur des centaines d?enfants. L'analyse permet d'intervenir, chaque fois que le paludisme s'étend ou réapparaît.
Ce rôle de vigie, quatre autres sections de l'« I.P. » de Saïgon l'assurent également, nuit et jour, inlassablement, depuis des années. Créé il y a un quart de siècle, dans un pays tropical où sévissent de nombreuses maladies d'origine hydrique (choléra, amibiennes, etc.), le laboratoire des Eaux envoie chaque jour des équipes volantes contrôler la distribution dans la plus grande partie de la Cochinchine, où sont visitées non seulement les usines des eaux, mais encore les puits et les piscines. Toute l'eau distribuée par les postes contrôlés peut être aujourd'hui considérée comme potable.
Plus délicate peut-être est la tâche du Laboratoire de Microbiologie Humaine qui, en plus des 65.000 analyses pratiquées en 1951 pour les hôpitaux et les médecins, isole, identifie et étudie les microbes dangereux. Quatre fois au cours de l'année dernière (1951), il a isolé le bacille de la peste, bien que, sur 368 rats envoyés par le Service d'Hygiène de Saïgon-Cholon à I'« I.P. » aucun n'ait présenté de lésion suspecte. Trois cas de mélioïdose (maladie contagieuse spéciale au Sud-Est Asiatique et comportant en général 70 % de mortalité) ont permis d'isoler cinq fois le bacille de Whitmore. Maladie « mystérieuse », la mélioïdose fait depuis plusieurs années l'objet de recherches attentives à l'« I.P. » de Saïgon, où l'on s'efforce de découvrir les moyens les plus efficaces de lutter contre le germe. En dehors du malade celui-ci doit-il être cherché dans la terre, dans la boue des rizières, dans l'eau ou dans l'alimentation ? Quelques guérisons ont déjà été obtenues, grâce à la chloromycétine notamment. Des efforts analogues ont été faits pour lutter contre la leptospirose, ou maladie des rizières, qui s'est développée, au détriment de l'Armée, en Plaine des Joncs. Entièrement dans la tradition des Instituts Pasteur, le Laboratoire de Microbiologie a été en outre amené à apporter sa collaboration à l'industrie locale pour l'étude de certaines fermentations.
Dans le domaine industriel et commercial également, les Services de Répression des Fraudes Alimentaires de l'« I.P. » de Saigon procèdent chaque année à des milliers d'analyses de produits d'importation (vins, conserves, beurre, etc.) ; de produits pour lesquels les fabricants locaux demandent des autorisations de fabrication (sirops, savons, laitages - yaourts truqués à l'aide de gélatine - etc.) ; d'échantillons prélevés par les Services Vietnamiens des Fraudes (nuoc rnam, très riche en protéines, remplaçant la viande dans l'alimentation locale, souvent truqué avec des additions massives d'eau salée ; café « corsé » avec de la farine de petits pois ou des écorces d'arachides, etc.).

Contribution à l?émancipation des populations autochtones
Réalisation sociale autant que centre de recherches, un dispensaire pour lépreux, annexé à l'« I.P.» de Saïgon, a soigné en 1951 1.693 malades ou suspects. Au moment de sa fondation, en 1934, il enregistrait déjà 250 consultants. Assez nombreuses furent depuis les guérisons. Après vingt années de travaux assidus, les thérapeutiques modernes (sulfones) permettent de dire aux malades qui se présentent assez tôt qu'ils peuvent être guéris dans un délai de quatre à cinq ans.
L'expérience a démontré la valeur de la formule dispensaire, pourvu que les hanséniens soient reçus avec respect, dévouement et désintéressement. Mais elle a aussi mis en lumière l'utilité qu'il y aurait à créer sans tarder dans le Sud-Vietnam un établissement national offrant aux lépreux les secours combinés de l'hospice, de l'hôpital et du dispensaire, et à multiplier le nombre de dispensaires.
Dans la lutte contre la lèpre comme dans d'autres domaines, beaucoup de lacunes et d'insuffisances subsistent encore. Entre la production et l'utilisation, qui sont les deux aspects fondamentaux de l'activité de l'« I.P. » de Saigon comme des autres « I.P. » du Vietnam, l'écart est trop grand. Le profit que le pays tire de la « production » des « I.P. » est très inférieur à ce qu'il pourrait être si, en plus de l'indifférence de certains praticiens, n'existait une sérieuse pénurie de médecins et de pharmaciens. Les anciens médecins et pharmaciens « coloniaux » sont en effet par priorité affectés au Corps Expéditionnaire.
Aussi la politique de l'« I.P. » - si l'on peut parler de politique dans une entreprise entièrement consacrée à l'amélioration désintéressée du bien-être des populations ? consiste-t-elle à accroître progressivement la participation de l'élite vietnamienne à son oeuvre. Depuis sa fondation, il y a près de trois quarts de siècle, l'Institut Pasteur s'est distingué non seulement par des noms bien français, mais aussi par des noms allemands, slaves. Au-dessus des races et des nations, il a pour principe d'agir sans nulle discrimination. L'« I.P. » de Saïgon et les trois autres « I.P. » du Vietnam expédient chaque année des commandes importantes de vaccins aux Philippines, en Thailande et jusqu'aux Iles Fidji. Depuis la récente disparition de l'« I.P. » de Shanghai, saisi par l'armée communiste chinoise, ils sont les seuls établissements de ce genre existant dans tout le Sud-Est Asiatique.
Par leurs travaux et l'enseignement qu'ils donnent ils contribuent non seulement à l'amélioration de l'état de santé des populations autochtones, mais encore à leur développement et à leur émancipation, c'est-à-dire à la réalisation de leur indépendance.

Principales activités des Instituts Pasteur du Vietnam en 1952

Instituts Pasteur de Saïgon et de Hanoï
- Diagnostic des maladies infectieuses et parasitaires de l'homme, missions et enquêtes épidémiologiques.
- Prévention de la rage.
- Enquêtes malarialogiques et prophylaxie du paludisme dans les centres urbains, sur les chantiers de Travaux Publics, les plantations, etc.
- Entomologie médicale.
- Diagnostic microbiologique de la tuberculose et prévention par le vaccin B.C.G.
- Dépistage et traitement de la lèpre.
- Chimie biologique au service de la clinique.
- Chimie appliquée à l'hygiène générale, à l'alimentation et à la répression des fraudes alimentaires.
- Etude et surveillance des eaux de boisson ; missions, enquêtes, contrôles périodiques.
- Préparation du vaccin antivariolique.
- Production auxiliaire des vaccins bactériens : anticholérique, antipesteux, etc.
- Microbiologie animale.
Institut Pasteur de Dalat
- Production principale des vaccins bactériens contre les maladies infectieuses de l'homme : choléra, fièvres typhoïdes, gonococcies, méningite cérébro-spinale, colibacillose, pneumococcies, etc.
- Epidémiologie et microbiologie humaines.
- Chimie biologique.
- Surveillance des eaux de boisson.
Institut Pasteur de Nhatrang
- Préparation des vaccins et sétums contre les maladies infectieuses des animaux : peste bovine, barbone, charbon bactéridien, choléra aviaire, charbon symptomatique, rage canine, peste porcine, etc.
- Epidémiologie et microbiologie animale.
- Amélioration et sélection des races animales locales.

Les Instituts Pasteur d'Indochine participent en outre à l'enseignement de la biologie, de la physique et de la chimie à la Faculté de Médecine, dans les Grandes Ecoles et dans leurs propres laboratoires (stages d'nstruction et de perfectionnement ouverts aux Médecins, Vétérinaires, Chimistes, Infirmiers et Infirmières).

Robert Charles ROMILLY
(Indochine Sud-Est Asiatique, Septembre 1952)


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