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Le benjoin (1931)
Historique et généralités
Le benjoin est une résine odoriférante produite par certains arbres des fôrets de l'archipel Malais (Java et Sumatra) et de la presqu'île indochinoise. Découvert au XIVème siècle par le voyageur IBRE-BATONTE qui visita Sumatra de 1325 à 1349, il semble avoir été introduit en Europe dans la 2ème moitié du siècle suivant par la voie de l'Égypte. C'est également à cette époque que VASCO de GAMA signale le benjoin de Siam (1497). Vers le milieu du XVIème siècle, GARCIA D'ORTO fait la différence entre le produit du Siam et celui de Java. Au XVIIème siècle, le benjoin est couramment importé en Angleterre. On voit donc que, dès le début de son introduction en Europe, il y a près de quatre siècles, on distingue deux qualités de benjoin d'après les pays d'origine. Aujourd'hui le commerce admet encore cette distinction 1°- Le benjoin de Sumatra, encore appelé benjoin de Padang, de Penang ou de Palembang, qui est assez peu consistant, de couleur rougeâtre et très faiblement parfumé ; 2°- Le benjoin de Siam, entièrement produit par l'Indochine Française comme nous le verrons, beaucoup plus estimé que le précédent. Il se présente sous l'aspect de « larmes » plus ou moins grosses qui prennent rapidement la teinte « vieil ivoire » recherchée par le commerce : il se concrétise parfaitement, sa cassure est cristalline et sa fine odeur de vanille est très agréable. Les analyses chimiques suivantes montrent, d'ailleurs, que ces deux sortes de benjoin n'ont pas la même composition Benjoin de Sumatra Acide benzoïque libre 13 à 18% Résine (composée en majeure partie d'éthers cinnamiques du Sumarésinol et du Benzorésinol) 70 à 80% Traces d'huile essentielle, très peu de vaniline, un peu de Styrol. Benjoin de Siam (ou de l'Indochine). Acide benzoique (très peu à l'état libre en majeure partie combinée à l'état d'éther benzoïques du Benzorésinol et du Résinotannol) 19,8% Résine 80% Huile volatile traces Vaniline 1,5% Ainsi le benjoin d'Indochine ne renferme pas d'acide cinnamique. Il est plus riche en éthers et en vaniline et comme ces corps lui confèrent le goût et le parfum, qualités pour lesquelles le benjoin est recherché, sa valeur commerciale est sensiblement le double de celle du benjoin de Sumatra.
Usages du benjoin Les usages du benjoin sont nombreux : En pharmacie, on fait appel à ses qualités antiseptiques ; il entre dans la fabrication des baumes, on en fait des teintures alcooliques, il est employé en fumigation et on peut en extraire l'acide benzoïque. D'ailleurs, pour ces usages le benjoin d'Indochine serait seul admis par le Codex (Revue des Produits Chimiques 1922, page 624) : comme nous venons de le voir en effet, le benjoin provenant des Indes-Néerlandaises n'a ni la même composition, ni le même parfum, ni les mêmes qualités. En parfumerie, il est également très utilisé. Là encore le benjoin d'Indochine. sans être le seul admis, est le plus recherché, grâce à sa richesse en éthers et en vaniline. Il entre dans la composition d'un grand nombre de parfums, et beaucoup d'eaux de toilette ou de laits de beauté contiennent du benjoin. La savonnerie emploie le benjoin comme parfum et comme antiseptique : c'est ainsi que beaucoup de savons de toilette et presque tous les savons, pâtes ou poudres dentifrices contiennent du benjoin. Des vernis spéciaux sont faits avec le benjoin ; et la chocolaterie, à certaines époques de l'année en absorbe des quantités qui sont loin d'être négligeables : les oeufs de Pâques, les poissons d'avril et autres articles d'étalage sont en effet lustrés avec du benjoin. Enfin tous les encens utilisés dans les cérémonies religieuses chrétiennes ou musulmanes, tous les papiers d'Arménie, les pastilles odoriférantes que l'on brûle, contiennent du benjoin et c'est là un débouché très considérable. En Indochine, les qualités ordinaires et les déchets de benjoin sont seul utilisés. Ils servent à faire les jossticks, petits bâtonnets odorants que l'or brûle dans les pagodes et devant les autels domestiques. Toutefois, la maison Ogliastro et Cie d'Hanoi, emploie du benjoin à la fabrication du Rapid Fluid.
Origine des benjoins Pendant longtemps, on a cru que les deux sortes de benjoin, cependant si différentes comme aspect, odeur et composition, provenaient d'une seule espèce botanique, le Styrax benzoin Dryand de la famille des Styracacées, qui aurait été répandu à java, Sumatra et dans toute la presqu'île indochinoise. C'était l'opinion de M. Auguste CHEVALLIER en 1919 (Bulletin Économique de l'Indochine, 1919, page 515) et de M. CREVOST en 1921 (Bulletin Économique de l'Indochine 1921 , page 288). Cependant, dès 1865, les Anglais commencent à soupçonner que le « benjoin de Siam » est produit par une espèce différente du Styrax benzoin. En 1889-1890, le Gouvernement de l'Inde fait faire, vainement d'ailleurs, une enquête dans le Tennasserim, la haute Birmanie et les États Shans limitrophes, dans le but de trouver l'arbre producteur du benjoin de Siam. Quelques années plus tard, on trouve, dans un rapport au Foreign Office sur le commerce du Siam, que le benjoin exporté par ce pays « provient d'une région extrêmement circonscrite, sur la rive orientale du Mékong, en territoire maintenant occupé par les Français ». La suite du rapport exprime la crainte, pleinement justifiée d'ailleurs, qu'ont les Anglais de voir le commerce du benjoin se détourner de Bangkok au profit du Tonkin. Mais, à ce moment, si on sait où est le pays producteur du benjoin, on ignore toujours de quel arbre il provient. En 1911 , M. CRAIB décrit une nouvelle espèce de Styrax, le Styrax benzoïdes Craib récolté dans le Siam septentrional vers 900 mètres d'altitude. On pense quelque temps que ce styrax est l'arbre producteur du benjoin de Siam. Mais la région où il a été trouvé n'exporte pas la moindre quantité de benjoin. Enfin en 1913, à la suite d'envois d'échantillons botaniques et de résines provenant de Sam-Nua (entre Luang-Prabang et Hanoi) on découvre que le benjoin du Siam est produit par le Styrax tonkinense, espèce décrite en 1893 par Pierre (Flore forestière de la Cochinchine). Et en 1923, après une étude très sérieuse faite sur de nombreux échantillons conservés au Muséum, M. CARD0T arrive aux conclusions suivantes : Trois espèces botaniques distinctes produisent le benjoin en ExtrêmeOrient : 1°- Styrax benzoin Dryand - Existe à java, Sumatra et presqu'île de Malacca. Produit le benjoin de Sumatra ; 2°- Styrax tonkinense Pierre - Montagnes du Laos, Tonkin, Nord-Annam. Donne le benjoin de Siam ; 3°- Styrax benzoïdes Craib - Localisé dans le Chieng-Mai (Siam). Résine analogue au benjoin de Siam, mais pas exploitée. Depuis cette date, la question a encore évolué : Le Styrax benzoïdes Craib de la région de Chieng-Mai (Siam) a été trouvé au Cambodge, Laos et Annam et il a été reconnu que c'était tout au plus une variété de Styrax benzoin Dryand, de Sumatra et java. Enfin, les arbres producteurs de benjoin sont appelés "Nhan" en langue Thai. Le Styrax tonkinense est le "Bô-Dê" des Annamites : il est abondant dans la moyenne région du Tonkin mais ne donne que très peu de résine. Des analyses nombreuses d'échantillons botaniques et de résine (Laboratoire de répression des fraudes d'Hanoi) ont démontré que le Bô-Dê et le Nhan appartenaient tous deux à la même espèce botanique Styrax tonkinense Pierre. En résumé, on peut écrire actuellement, avec une quasi-certitude : 1°- Que deux espèces botaniques produisent les benjoins : Styrax benzoin Dryand, qui donne les benjoins de Sumatra, Java, Padang, etc... Styrax tonkinense Pierre, localisé dans les possessions françaises du Nord de l'Indochine (Laos, Tonkin, Nord-Annam) qui donne le benjoin de Siam ou de Saigon, de qualité supérieure ; 2°- Que les deux espèces d'arbres à benjoin se trouvent en Indochine, mais qu'un seul, le Styrax tonkinense Pierre, est exploité ; 3°- Qu'il doit y avoir plusieurs variétés de Styrax tonkinense dont certaines ne donnent pas de benjoin ou que, tout au moins, la production de benjoin ne se fait que dans certaines conditions.
Description du Styrax tonkinense Pierre Le Styrax tonkinense est un arbre de petite taille atteignant 20 mètres au plus qui pousse dans les sols granitiques, gréseux ou schisteux, mais jamais en sols calcaires. De croissance très rapide, il s'installe de préférence sur les coupes très claires de forêts ou sur les défrichements, pourvu que quelques arbres soient réservés comme porte-graines. La reproduction par ensemencement naturel se fait bien surtout sur l'emplacement d'anciens « rays » (partie de forêt que les indigènes coupent et incendient pour pouvoir pendant deux ou trois ans cultiver le riz de montagne). On observe parfois là de véritables semis en brosse. Vers 8-10 ans, l'arbre est adulte, il atteint ses dimensions maxima vers 25 à 30 ans. Plus tard, il dépérit. Aussi, en forêt secondaire un peu vieille, on le trouve seulement par sujet isolé. L'aire de dispersion du Styrax tonkinense est relativement étendue. Au TONKIN, il est fréquent dans la moyenne région : provinces de Phu-Tho, Tuyên-Quang, Yên-Bay, Thai-Nguyên. Il descend à Vietri et Son-Tay jusqu'au niveau du Delta. D'autre part, il remonte jusque dans les bassins supérieurs du Fleuve-Rouge et de la Rivière-Noire. Il est appelé "Bô-Dé" et, d'après la couleur du bois, on en distingue deux vanétés : Bô-Dê trang, à bois jaunâtre ; Bô-Dê tia, à bois légèrement rosé. En ANNAM, on ne trouve le Styrax tonkinense que dans la province de Thanh-Hoa. Ses noms vernaculaires varient avec les diverses races d'habitants. Les Muongs l'appellent "Dong-Tra" dans la région de Thanh-Thanh et "Trach-Lôc" dans la haute vallée du Song-Tra. Les Thais l'appellent partout "Nhàn", mais ils distinguent trois variétés, d'après la disposition des branches : Nhan-Cang-Trang ; Nhan-Kha ; Nhan-Muc. Au LAOS, on le trouve dans la province des Hua-Phan, avec Sam-Nua Styrax tonkinense Pierre, il ne faut pas en conclure que tous les Styrax tonkinense donnent du benjoin.
Conditions de production du benjoin L'aire de production du benjoin est en effet limitée aux altitudes élevées allant de 800 à 1.500 mètres, dans la province des Hua-Phan, au Laos, et dans les régions limitrophes du Tonkin et de l'Annam. Le facteur altitude a donc une influence certaine sur la production du benjoin. D'ailleurs, le benjoin de Sumatra produit par le Styrax benzoin n'est également exploité qu'entre 1.000 et 1.500 mètres d'altitude sur les plateaux de Sumatra et java. Mais la production du benjoin est certainement sous la dépendance d'autres facteurs. En effet, au centre du pays de production, dans le Sam-Nua, on trouve côte à côte des arbres bons producteurs de résine et d'autres qui n'en exsudent presque pas, quoique croissant dans des conditions d'aliltude, de sol, de climat identiques. Il y a peut-être là une question de « race physiologique » qui intervient, certaines races de Styrax tonkinense étant bonnes productrices, d'autres ne donnant rien. D'autres faits, d'ailleurs, tendent à faire croire à l'existence de ces races. Les arbres bons producteurs ont une écorce épaisse, à structure grossière, profondément crevassées et d'une couleur rougeâtre. Les arbres produisant peu de benjoin ont au contraire une écorce peu épaisse, avec crevasses fines et teintée en gris blanchâtre. Il se pourrait donc qu'on ait là deux races différentes. De plus les Thais distinguent comme on l'a vu trois variétés d'arbres producteurs de benjoin : le Nhan-Can-Tung à branches relevées ; le Nhan-Kha à branches tombantes ; le Nhan-Muc à branches horizontales. Les deux dernières donnent fort peu de résine, tandis que la première en donne beaucoup et est à peu près seule exploitée. Mais peut-être n'existe-t-il pas de race physiologique à proprement parler et la production de benjoin n'a-t-elle lieu que sous l'action d'un insecte, d'un champignon, d'une bactérie ou d'un ferment quelconque. Le benjoin serait alors produit par un arbre malade : on constate en effet que ni le bois, ni l'écorce, ni les feuilles des Styrax tonkinense ne contiennent de benjoin. De plus, à Sumatra, on observe souvent sur les plaies des arbres bons producteurs et sur ceux-là seuls, des taches noires produites peut-être par un champignon ou une bacterie. La question reste à élucider. Mais ce qu'il faudrait savoir au plus tôt, c'est si la qualité « bon producteur de benjoin » est héréditaire, aucune plantation ou sélection ne pouvant être commencée sans cela. Il est d'ailleurs fort probable que, dans un avenir très proche, on aura des données précises sur les conditions de production du benjoin, un service forestier et des stations d'essais devant être installés au Laos dès 1931.
Exploitation Actuellement, l'exploitation du benjoin est entièrement entre les mains des indigènes. Le mode d'exploitation est fort simple : le montagnard Thai défriche la forêt pour semer son riz. Des graines de Styrax germent sur le sol ainsi mis à nu, de même que celles de toutes sortes d'essences de lumière, qui assureront le premier stade de reconstitution de la forêt. Comme l'indigène abandonne son champ après la récolte, cette végétation spontanée croît librement. Au début, c'est le Styrax qui domine. Mais, étouffé par des essences plus rustiques, il se trouve éliminé peu à peu. Ainsi, quand arrive l'époque de mise en saignée, vers la 8ème année, nombre d'arbres à benjoin ont disparu. Il suffirait à l'indigène de les dégager régulièrement pour obtenir une plantation naturelle relativement dense. Mais ce serait pour lui un surcroît de travail. Sans ambition comme sans besoins, il préfère récolter peu avec un minimum d'effort. Vers la 8ème ou 10ème année, l'arbre ayant atteint un diamètre de 20 centimètres environ, l'indigène commence à l'inciser. Il n'opère pas, comme à Surnatra, le long de généreratrices équidistantes ; il ne se contente pas non plus de décoller simplement l'écorce à intervalles fixes ; muni de son long couteau, le « coupe-coupe » , il pratique des entailles horizontales sur tout le tronc jusqu'à hauteur d'homme, sans règle aucune. Il se fie simplement à sa longue pratique qui lui indique, pour chaque sujet traité, approximativement le nombre d'incisions possible. Il entame ainsi l'écorce et le liber et s'arrête au bois. Il opère en juin-juillet, à l'époque de la floraison. Par l'effet de la sève abondante en cette saison, la plaie s'ouvre vers le haut, formant une sorte de bénitier dans lequel le baume se rassemblera. L'exsudation débute en septembre et se poursuit jusqu'en novembre. Elle est alors parfaitement concrétisée. Elle remplit le bénitier et déborde en larmes de chaque côté. On détache les larmes et le morceau d'écorce avec la plaque de benjoin adhérente. La première qualité est ainsi obtenue. L'indigène ne râcle pas le bois mis à nu, ni l'écorce voisine, ainsi que font les bataks de Sumatra pour obtenir leurs sortes inférieures ; ce benjoin est si bien concrétisé qu'il se détache d'un seul coup. La deuxième, voire la troisième qualité, proviennent surtout des sujets chétifs, très nombreux qui ont mal exsudé. Les incisions se poursuivent ainsi d'année en année, gagnant le haut du tronc, repassant sur les cicatrices, qui se ferment très rapidement. Mais après 5 ou 6 ans d'exploitation, le "May Nhan" épuisé, succombe. Il est certain qu'en retardant l'époque de mise en saignée, en adoptant un système moins sévère d'incisions, enfin en assurant aux arbres à benjoin un dégagement régulier, on augmenterait considérablement la durée du rendement. Le rendement est assez variable. Dans la région de Sam-Nua, il atteint et dépasse même parfois cinq kilogrammes par arbre et par an ; il paraît être beaucoup plus faible dans d'autres districts, notamment dans le Thanh-Hoa.
Commerce Le benjoin indochinois est bien connu dans le commerce, mais sous un nom d'emprunt : c'est le « benjoin du Siam » . Cette appellation se justifie du fait qu'autrefois il était exporté à peu près uniquement par Bang-Kok. Ces conditions ont changé : presque toute la production s'écoule maintenant par les ports indochinois. L'appellation, elle aussi, tend à se modifier : on commence à trouver dans le commerce « un benjoin de Saïgon » , qui n'est autre que le « Benjoin du Siam ». Le benjoin provenant des vallées tributaires du Mékong est acheté pur place aux indigènes, ou échangé contre des objets de pacotille, par des commerçants laotiens de Luang-Prabang, qui l'expédient ensuite sur Saïgon et sur Bang-Kok ; plusieurs maisons française du Laos s'occupent aussi de ce commerce. La production du versant oriental est apportée par des indigènes sur le marché de Cho-Bo au Tonkin, et sur celui de Phong-Y, dans le Thanh-Hoa, d'où elle est dirigée par sampans et par chaloupes à vapeur sur Hanoï et Haïphong. Là, le benjoin est trié par les exportateurs, qui le répartissent, d'après un classement assez variable, en un certain nombre de catégories, de valeurs fort différentes, selon la grosseur des morceaux qui composent chaque lot. L'emballage du benjoin nécessite des soins spéciaux. Cette résine est exportée dans des caisses en bois ou en fer blanc, avec un emballage intérieur en natte ou en toile. Les plaquettes des plus belles qualités sont quelquefois enveloppées dans du papier indigène souple. Parfois aussi la caisse est entourée elle-même d'une enveloppe extérieure en natte contenant de la balle de paddy, afin de soustraire autant que possible le contenu à l'action de la chaleur, qui pourrait en amener le massage. Sur les bateaux, il est indispensable d'éviter aux caisses le voisinage des chaudières. D'assez nombreuses firmes françaises s'occupent du commerce du benjoin d'Indochine. Nous pouvons citer l'Union Commerciale Indochinoise et Africaine, Denis Frères d'Indochine, Établissements Chiris, Société des Essences volatiles asiatiques, Ogliastro. Au cours de la dernière période quinquennale 1925-1929, les exportations de benjoin d'Indochine qui dépassaient 130 tonnes en 1913 et qui étaient tombées à 400 kg en 1918, ont atteint la moyenne annuelle de 81,5 tonnes, sans tenir compte des quantités qui sortent encore du Laos, par la frontière siamoise, à destination de Bang-Kok, et qui échappent aux statistique des douanes indochinoises. Jusqu'à ces dernières années, la France absorbait à elle seule tout le benjoin exporté par Saïgon et par Haïphong, mais, depuis 1926, certains pays étrangers (Angleterre, Belgique, Etats-Unis, Chine) en achètent chaque année de petites quantités. Le prix offert sur place est très élevé : 10 à 15 francs le kilogramme en moyenne. La capacité du marché est certainement supérieure aux exportations d'avant-guerre. Ces dernières années, le port de Sibolga, qui assure l'écoulement du benjoin de Sumatra, en a expédié sur l'Europe plus de 2.000 tonnes annuellement, au prix moyen de 8 francs le kilogramme. Même à ce prix, qui serait très faible au regard de la valeur du produit, l'exploitation du benjoin indochinois resterait encore largement rénumératrice.
Conclusion L'Indochine Française est donc un des premiers pays producteurs de benjoin. Si les quantités qu'elle exporte sont faibles par rapport à celles exportées de Java et Sumatra, il ne faut pas oublier que notre benjoin est de qualité supérieure, qu'il est recherché sur tous les marchés, et que notre Colonie d'Extrême-Orient a le monopole absolu de la production de cette précieuse résine qu'est le benjoin dit du Siam ou de Saïgon. D'ailleurs, l'Indochine peut produire beaucoup plus qu'elle n'exporte actuellement. L'exportation augmente en effet dans de fortes proportions depuis 3 ans. Et cependant ce sont les indigènes de race Thai seuls qui, en 1913 comme actuellement, exploitent le benjoin. Ils se contentent de recueillir la résine des arbres naturels qu'ils trouvent, sans jamais dégager les semis, sans jamais faire de plantation, comme les indigènes de Sumatra. Mais les conditions vont changer. La grande facilité avec laquelle le Styrax tonkinense Pierre se régénère dans la région à benjoin où il est presque envahissant, sa rapide croissance qui le rend exploitable vers 6 ou 8 ans, la grande valeur du baume qu'il produit, prouvent que c'est par excellence un arbre à cultiver. Il y a place dans le Haut-Laos en particulier, pour de vastes plantations établies méthodiquement. Grâce à la régularité de leur production, elles atténueraient les variations de l'exploitation actuelle, en même temps que, par leurs méthodes rationnelles, elles feraient l'éducation de l'indigène, qui aurait tout à gagner à ce voisinage. Enfin, pour assurer à l'entreprise un sûr équilibre et un rendement immédiat, il conviendrait de la doubler d'une exploitation de stick-lac ; occupant les basses altitudes celle-ci permettrait une occupation verticale du terrain à peu près continue, particulièrement opportune dans ces régions mouvementées. L'Administration française, estimant jouer son rôle en préparant les voies à la colonisation a entrepris la mise en valeur d'une centaine d'hectares aux environs de Sam-Nua. Elle se propose d'y expérimenter des méthodes rationnelles d'exploitation de l'arbre à benjoin, d'en entreprendre l'étude systématique et la sélection. Ainsi le planteur ne se trouvera pas isolé dans ces régions neuves et jouira immédiatement de l'assistance technique qui lui est indispensable.
Source : Inspection Générale de l'Agriculture, de l'élevage et des Forêts - Hanoï 1931
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