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>Excursion aux ruines d'Angkor

 

EXCURSION AUX RUINES D'ANGKOR

- GUIDE DE 1912 -

Renseignements généraux
Le point de départ pour l'excursion aux ruines d'Angkor est Saigon, le grand port français d'Extrême Orient, capitale de la Cochinchine.
Les touristes venant d'Europe peuvent se rendre directement à Saïgon en prenant les grands paquebots de la Compagnie des Messageries Maritimes, qui partent tous les quatorze jours de Marseille et mettent vingt-cinq jours pour atteindre Saïgon. Les touristes qui viennent d'Egypte, de l'Inde ou de la presqu'île malaise peuvent également prendre ces paquebots, qui font escale à Port Said, Colombo et Singapore : de Singapore, un départ pour Saïgon a lieu chaque semaine : la traversée entre ces deux villes dure quarante-six heures.
Les touristes qui viennent d'Amérique, ou qui arrivent d'Europe par le Transsibérien ont la faculté d'emprunter les paquebots des Messageries Maritimes, qui font escale au Japon, à Shanghaï et à Hongkong. De ce dernier port, un départ a lieu tous les quinze jours pour Saigon, par le grand courrier et tous les huit jours par le courrier français Hongkong-Haïphong, qui est en correspondance chaque semaine avec la ligne annexe des Messageries Maritimes Haïphong-Saigon. Il faut trois jours de Hongkong à Saigon par la ligne directe. De Hongkong à Haïphong, on compte de deux jours et demi à trois jours, et cinq de Haïphong à Saigon : cet itinéraire permet de visiter la baie d'Along et les Tombeaux des Empereurs d'Annam à Hué qui forment, avec les ruines d'Angkor, les « Trois merveilles de l'Indochine ».
Saïgon se trouve ainsi, par Singapore et par Hongkong, en correspondance avec toutes les grandes lignes de navigation et à la portée de tous les touristes, qu'ils viennent d'Europe et d'Amérique, ou des grands centres asiatiques : les Indes anglaises, Java, Singapore, la Chine, les Philippines, le Japon.
De Saïgon aux ruines d'Angkor, le voyage s'effectue par les vapeurs de la Compagnie des Messageries Fluviales de Cochinchine, qui remontent le Mékong, son affluent le Tonlé Sap, et traversent les lacs. Il faut de trente-deux à trente-six heures pour aller de Saïgon à Phnom Penh, capitale du Cambodge, et dix-huit heures environ de Phnom Penh à l'escale qui dessert Angkor. On abrège la première partie du voyage en allant s'embarquer à Mytho sur les vapeurs des Fluviales par chemin de fer qui va en moins de deux heures de Saigon à Mytho : de Mytho à Phnom Penh, on ne met que seize à dix-huit heures.
On ne peut atteindre commodément les ruines d'Angkor que lorsque la hauteur des eaux permet la navigation des vapeurs dans les lacs, c'est à dire du 1er juillet au 15 février. Mais la saison des pluies ne se terminant qu'à la fin du mois d'octobre, il est préférable d'attendre cette époque. La période la plus favorable est celle qui va de la fin d'octobre au commencement de janvier. Au-delà, en raison des basses eaux. l'excursion est moins facile, sans offrir toutefois de difficultés sérieuses. L'hôtel Bungalow d'Angkor est ouvert à partir du 15 septembre jusqu'au moment où cesse la navigation des vapeurs des Fluviales dans les lacs.
Cette période favorable correspond à peu près à la saison sèche, qui est l'hiver de la Cochinchine et du Cambodge : la mousson souffle du Nord-est. C'est l'époque la plus agréable et la plus salubre de l'année : les touristes n'ont à craindre ni l'humidité tropicale, ni les chaleurs excessives. Les nuits sont relativement fraîches.
Pour le voyage, on adoptera le costume de toile, de préférence en toile « kaki », moins salissante et plus solide que la toile blanche. On aura quelques costumes blancs pour le séjour à Saïgon et à Phnom Penh. Il sera bon de se munir, pour le soir, d'un vêtement de drap. Le casque colonial est indispensable, l'insolation étant le seul danger auquel on puisse être exposé. De fortes bottines et des leggins ou des bandes molletières sont nécessaires pour les promenades et les excursions. Il est inutile d'emporter de la literie, des popotes ou du linge de table.
Aucune précaution sanitaire sérieuse n'est requise. On évitera de consommer de l'eau suspecte et, de préférence, on fera usage d'eau minérale : on se défendra des piqûres de moustiques ; enfin, pendant le séjour à Angkor, on pourra prendre à titre préventif, un cachet ou comprimé de quinine, à dose légère, chaque jour. On évitera les fatigues exagérées et surtout les excès de table.
Les touristes ont le choix, pour l'excursion d'Angkor, entre deux systèmes. Ils peuvent traiter à forfait avec la Compagnie des Messageries Fluviales pour toute l'excursion : le prix total du voyage aller et retour, comprenant la nourriture à bord et le séjour au Bungalow, les moyens de transport, est de 245 francs en partant de Saigon, de 185 francs en partant de Phnom Penh (1).
Les touristes qui préfèrent ne pas passer de forfait et voyager librement ont à payer, pour le voyage seul de Saïgon à l'embouchure de la rivière de Siêm Réap, où se fait l'escale d'Angkor, 77 francs en première classe ; les billets d'aller et retour bénéficient de 30% de réduction. Ces touristes ont à payer, en outre, les moyens de transport de l'escale jusqu'à Angkor et leurs frais de séjour à Phnom Penh et au Bungalow.
Le temps minimum requis pour l'excursion de Saïgon à Angkor est d'une semaine, comme le montre le tableau suivant :
Départ de Saïgon : Vendredi matin par le train de Mytho ;
Arrivée à Phnom Penh : Samedi ;
Départ de Phnom Penh : Dimanche matin ;
Arrivée à Angkor : Lundi matin
Séjour à Angkor : Lundi et Mardi ;
Départ d'Angkor : Mercredi matin ;
Arrivée à Phnom Penh : Nuit du mercredi au jeudi
Arrivée à Saïgon : Vendredi matin.

De Saïgon à Angkor
Saigon est la capitale de la Cochinchine française ; elle compte plus de 57.000 habitants dont 7.000 Européens. La ville commerciale de Cholon, qui est le faubourg de Saïgon, atteint 180.000 habitants. Saïgon est donc en réalité un centre de près de 240.000 habitants. C'est le premier port français de l'Extrême-Orient, fréquenté par des vapeurs de toutes les nations : son trafic dépasse 350 millions de francs.
Saïgon, avant l'occupation française, était la capitale de la Basse Cochinchine, partie méridionale de l'Empire annamite. Elle ne se composait guère, lorsque les troupes franco-espagnoles la prirent d'assaut, le 17 février 1859, que d'une vaste citadelle annamite autour de laquelle se pressaient quelques maisons et cabanes indigènes. La ville fut rasée et reconstruite sur un plan moderne. Aussi Saïgon est elle une ville à l'européenne, avec de larges voies régulières, des places et des squares. Les touristes y chercheraient vainement le pittoresque des quartiers indigènes et même des pagodes. Ils se dédommageront aisément en visitant les environs.
Saïgon, « la perle de l'Extrême-Orient », avec ses rues et ses boulevards ombragés d'arbres magnifiques, ses villas avenantes cachées dans les verdures tropicales, est un véritable parc. Des monuments européens s'élèvent sur ses places, que ne désavoueraient pas les plus coquettes villes de la métropole : la Cathédrale, le monumental Hôtel des Postes, le Palais du Gouverneur Général, celui du Lieutenant-gouverneur, l'Hôtel de Ville, le Théâtre. De beaux jardins publics : le Jardin Botanique, un des plus intéressants de l'Extrême-Orient, avec ses collections zoologiques, le Jardin de la Ville, où se trouve le Cercle Sportif et où ont lieu le dimanche des matches de football ; des squares nombreux décorés de statues ; un vaste port qui abrite de nombreux navires de commerce et notre flotte de guerre : tout cela fait de Saigon une des plus jolies villes de l'Extrême Orient (2).
C'est, sans conteste, celle dont le séjour est le plus agréable : la vie à Saïgon, surtout pendant la « saison » d'hiver, est très animée et très gaie. La vie mondaine y bat son plein. Le Théâtre, le plus beau de tout l'Orient, a une excellente troupe française. Les rues centrales, particulièrement la rue Catinat, sont parcourues par une foule de gens appartenant à toutes les races. Les cafés, avec leurs terrasses en plein vent, leurs orchestres et leurs cinématographes, prolongent le soir l'animation de la journée.
Les touristes, après avoir vu les plus importants monuments et parcouru, dans les légers « pousse-pousse », les rues principales et les jardins de la capitale, pourront consacrer une heure à la visite du Musée.
Le Musée de la Société des Études Indochinoises, situé rue Lagrandière, est ouvert tous les jours au public, sauf le lundi de 8 h à 11 h le matin et de 3 h à 6 h le soir. Il est consacré aux arts et à l'ethnographie des populations indochinoises.
Dans le jardin ont été réunies quelques pierres sculptées provenant des ruines chames de l'Annam : on remarquera un socle décoré de fleurs de lotus, de chars traînés par des chevaux et des frontons représentant des divinités brahmaniques.
Sous la véranda du Musée, sont rangées des statuettes d'art cham et khmer. Le rez-de-chaussée comprend deux salles. La salle de lecture offre aux visiteurs une centaine de revues et de journaux ; la bibliothèque de la Société, dont le catalogue est publié, renferme un grand nombre d'ouvrages sur l'Extrême Orient. La salle de Beylié contient des moulages des bas reliefs d'Angkor et le moulage d'une belle plate forme qui a été pris à My Son, ancienne capitale des Chams, en Annam.
Le premier étage comporte une grande salle et deux cabinets. Dans la grande salle, en suivant le mur de droite, on trouve une vitrine de monnaies locales, d'armes japonaises, une collection de coquillages, une collection de livres bouddhiques. Le panneau qui garnit le mur du fond de la salle présente un remarquable ensemble d'instruments de musique annamites et cambodgiens. Au long du mur de gauche, est disposée une collection des bois du pays et des divers types de riz de Cochinchine. Les panneaux qui sont à gauche de la porte d'entrée présentent des collections d'engins de pêche annamites et d'armes et d'ustensiles des sauvages Moïs.
Sur les tables et dans les vitrines qui sont parallèles aux murs on remarque, en partant de la porte d'entrée, une collection préhistorique : poteries et pierres taillées de la Cochinchine et du Cambodge, une collection de numismatique extrême-orientale, des bronzes et des porcelaines du Cambodge, du Siam, de l'Annam, dans une vitrine que surmonte un beau bois sculpté de travail chinois. Les vitrines suivantes offrent des produits végétaux de la colonie : tabac, fibres, lianes, des étoffes laotiennes, une collection minéralogique. Les tables qui font face à l'entrée supportent des modèles d'instruments aratoires, de voitures et de pirogues en usage dans le pays : d'assez belles poteries de Cây Maï, près Saïgon, et quelques porcelaines chinoises du type « Bleus de Hué », dont quelques-unes sont anciennes et remarquables.
Les grandes vitrines qui occupent le centre de la salle renferment une très riche collection de monnaies chinoises de toutes les époques et des livres bouddhiques contenant des « satras » dont les enluminures sont intéressantes.
Le cabinet qui est à gauche de l'entrée et dont le linteau est décoré d'une très belle frise en faïence de Cây Maï contient une collection de poteries locales ; celui du fond, une série à peu près complète des reptiles de la région.
Çà et là, sur les vitrines ou sur des socles, on peut voir de belles porcelaines chinoises, des bouddhas de bronze japonais, et de très remarquables bustes de notabilités indochinoises, parmi lesquelles les lettrés Paulus Cua et Pétrus Ky, le vice-roi annamite Huê et le régent Hiêp, oeuvres du sculpteur Raffegeaud.
La promenade classique de Saigon est le « Tour de l'Inspection », que l'on fait en voiture : c'est une route circulaire, parcourue de cinq à sept par les équipages élégants et les automobiles, très nombreuses à Saïgon.
Un autre but de promenade est Cholon. Cholon. le faubourg industriel et commercial de Saïgon, est une véritable ville chinoise, aux portes de la ville française et annamite, à laquelle elle sera reliée sous peu par un grand boulevard en construction. Cholon est le principal marché des riz, la production la plus importante de la Cochinchine, qui en exporte, bon an, mal an, un million de tonnes. De nombreuses rizeries, intéressantes à visiter, s'élèvent au bord de l'« arroyo » qui est couvert de jonques et de sampans et incessamment parcouru par une active navigation. De nombreuses pagodes chinoises embellissent la ville. Les rues les plus intéressantes sont la rue des Marins, la rue de Canton et la rue du Commerce : là se trouvent, pressées les unes contre les autres, les boutiques des marchands chinois. On peut y acheter des soieries, des crépons, des broderies d'or, des porcelaines. Le spectacle de la ville est surtout intéressant le soir, avec la circulation intense des rues, leurs mille et une lanternes qui éclairent d'innombrables enseignes, leurs restaurants achalandés et le vacarme des orchestres qui font rage dans les clubs et les théâtres chinois.
On peut revenir de Cholon en passant par le Tombeau de l'Évêque d'Adran. Mgr Pigneau de Béhaine, édifié en 1790 par l'empereur d'Annam Gia Long pour recevoir la dépouille mortelle de son conseiller et ami, le précurseur de l'action française en Cochinchine, qui fit signer en 1787 le premier traité d'alliance entre la France et l'Annam. Ce tombeau est aujourd'hui propriété nationale.
La Cochinchine, grâce à son admirable réseau de routes rayonnant autour de Saïgon, se prête à de faciles excursions. On peut en quelques heures aller en automobile (on trouve à Saïgon de nombreuses autos de louage) à Thudaumôt, en traversant une des plaines les plus riches du monde, aux chutes de Trian, très pittoresques, à Baria et au Cap Saint Jacques, station balnéaire des Saïgonnais, à Biênhoa et à Honquan, dans la forêt cochinchinoise, où vivent les Moïs sauvages (3).

De Saïgon à Phnom Penh
On part de Saïgon sur le vapeur des Fluviales le jeudi soir, si l'on ne craint point le surcroît d'une nuit de navigation. dont une partie s'effectue par mer ; on part le vendredi matin par le train de 6 h 30, si l'on préfère aller s'embarquer à Mytho. Le train arrive à Mytho à 8 h 30 et le bateau part aussitôt après son arrivée.


De Saïgon à Angkor

De Mytho, on remonte le cours du Mékong, le plus grand fleuve de l'Indochine, long de 4.200 kilomètres environ, large de trois kilomètres dans son cours inférieur. Au long des rives, c'est un défilé ininterrompu de maisons et de cases, de cultures et de plantations diverses, où dominent les cocotiers, les aréquiers, les faux cotonniers. Jusqu'à Phnom Penh, où l'on arrive dans la matinée du samedi, on n'aperçoit guère sur les bords du fleuve de coin inhabité. On s'arrête à Vinh Long et à Sadec, postes importants et populeux ; aux points intermédiaires, se détachent des barques qui viennent accoster le bateau pour amener et prendre des passagers. A partir de la frontière cochinchinoise, se multiplient les pagodes cambodgiennes, avec leurs pignons sculptés et leurs toits relevés en arc. On arrive enfin, à 320 kilomètres de Saïgon, au Phare, fantaisie du Roi Norodom, qui se dresse au confluent du Mékong et du Tonlé Sap, et on accoste devant Phnom Penh.
Le panorama de Phnom Penh, qui se déroule au long du fleuve, dominé par les toits dorés des pagodes et la flèche grise de son Phnom, est une des plus jolies visions du voyage. Placée au point de réunion des « Quatre Bras » du fleuve, Phnom Penh est à la fois un centre commercial et une résidence royale. Sa population, qui dépasse 60.000 habitants, est extrêmement composite : Européens, Cambodgiens, Annamites, Chinois, Malais peuplent des quartiers distincts. La ville cambodgienne, qui renferme le Palais Royal, s'étend au Sud, avec ses cases sur pilotis en paillote ou en bois. La ville chinoise et annamite, aux maisons de briques, centre des affaires, avec ses larges rues géométriquement tracées, s'élève entre la ville cambodgienne et le canal. Au-delà du canal, c'est la ville française, la plus coquette des villes d'Indochine : construite en grande partie sur les plans de l'architecte Fabre, elle aligne ses villas et ses hôtels le long des quais et autour du jardin du Phnom. Le Cercle, le Grand Hôtel, les Douanes, la Résidence Supérieure, les Casernes, l'Hôpital, le Collège, se succèdent sur le quai qui borde le fleuve ; la Banque de l'Indochine, la Résidence-Mairie, les Travaux Publics, le Trésor, sur le quai de Verneville.
Au-delà de la branche Nord du canal, qu'on franchit sur un pont monumental, s'étend le quartier catholique. peuplé surtout d'Annamites, embelli d'églises assez remarquables. En face, sur l'autre rive, s'étend la presqu'île de Chrui Chang Va, qu'habitent surtout des Malais.
Le port, accessible à la navigation maritime depuis 1908, reçoit de nombreux navires français et étrangers qui y chargent du riz pour la Chine, du coton pour le Japon, du bétail, la principale exportation du Cambodge, pour les Philippines.
Les touristes séjournent à Phnom Penh pendant la journée du samedi (4) : c'est assez pour visiter la ville et ses principales curiosités. Un tour en voiture ou en pousse, au débarqué, permet de voir la ville européenne et le Phnom.
Le Phnom est la colline qui domine la ville. Elle est surmontée d'un tombeau bouddhique dont la flèche se voit de très loin. Une jolie pagode s'élève au pied du tombeau. Un escalier monumental de style cambodgien, dont les paliers s'ornent de lions et de gardiens de pierre, conduit au pied de la pagode, d'où l'on jouit d'une vue admirable. Les flancs de la colline et les alentours ont été transformés en un beau jardin, planté de grands arbres, où s'épanouit toute la flore tropicale. A mi-côte se dresse, devant un soubassement polychrome en céramique, la statue de bronze de S.M. Sisowath, roi du Cambodge, édifiée en 1908, oeuvre du sculpteur Rivière. Un pont pittoresque, avec une balustrade formée par le corps du serpent naga, dont les sept têtes se dressent en éventail aux extrémités des rampes, franchit le canal et met en communication le jardin du Phnom avec le quartier commerçant.
La principale attraction de Phnom Penh est la visite du Palais. Dès l'arrivée, il sera bon de faire demander d'urgence soit au Ministre du Palais, soit à l'intendant de la liste civile, au palais même, l'autorisation de visiter la résidence royale. On s'y rendra en pousse-pousse ou en voiture.
Le Palais se divise en deux parties : le quartier privé, où habite le Roi, et le quartier officiel, où sont les salles d'audience, la salle du Trône, les ateliers et les bureaux, la Pagode d'argent. L'entrée du quartier privé est absolument interdite. Les visiteurs peuvent seulement être admis à parcourir le quartier Officiel.
Le mur d'enceinte à créneaux en ogives qui entoure toutes les constructions est couronné sur sa face principale par une très belle tribune aux multiples toits dorés, qui domine le boulevard longeant le Palais, où ont lieu des jeux et des défilés d'éléphants aux jours de grandes fêtes. A gauche de cette tribune d'honneur, se trouve l'entrée principale, flanquée de deux corps de garde, où veillent les soldats de la Garde royale et des miliciens de la Garde indigène. On tourne à droite pour se rendre au bureau de l'Intendant du Palais, qui délivre les Permis d'entrée et qui fait accompagner les visiteurs par un guide. La Salle du Trône est un grand bâtiment en bois, dont l'intérieur est assez richement décoré de glaces, de tentures, de moulures dorées. Le sol est en mosaïque. Le trône doré, dans le style cambodgien, est entouré de parasols étagés et de candélabres monumentaux : derrière le trône se dresse une chaire ou tribune, richement sculptée, où le roi prend place aux grandes audiences. Sur des consoles de marbre reposent des garnitures de cheminée en bronze et des vases de Sèvres qui sont des cadeaux diplomatiques.
En arrière de la Salle du Trône s'élèvent des bâtiments européens, dont un, le Palais de fer, provient de l'Exposition universelle de 1875. Devant le bâtiment de droite, s'étend un joli jardin à la française, avec une fontaine décorative. Au-delà de ces bâtiments, se trouvent les habitations particulières du Roi et de ses femmes.
A gauche de la Salle du Trône se trouve un grand préau : la Salle des fêtes, où ont lieu les représentations des célèbres danseuses du Palais : des tribunes réservées au roi, aux princesses, à ses invités, règnent autour de cette salle. A gauche encore, et au Nord, à l'angle du Palais de fer, se trouve le pavillon où l'on conserve l'épée sacrée, le « Préa Khan », le palladium du royaume, donnée par Indra lui-même aux ancêtres des rois actuels du Cambodge. C'est une très belle épée, à la lame finement ciselée, au riche fourreau, gardée par des « Bakous », et qu'on ne peut montrer aux visiteurs qu'aux jours fastes.


Détail du costume des danseuses

La partie la plus intéressante du Palais est la grande cour de la Pagode d'argent, le « Vat Préa Keo ». Cette Vaste cour dallée est entourée d'une galerie formant cloître, dont le mur est couvert de peintures cambodgiennes assez intéressantes, qui représentent les principaux épisodes du Ramayana. Au centre de la cour s'élève la Pagode, construite par S.M. Norodom. C'est un édifice de style purement cambodgien, richement décoré. Son nom lui vient de ce que le sol est revêtu entièrement de plaques d'argent. Les murs sont ornés de peintures. Sur un grand autel sont rangées de nombreuses statues de Bouddha, dominées par le Bouddha d'émeraude. Au pied de l'autel, sur une table à offrandes et dans les vitrines, sont réunis des objets précieux assez hétéroclites : des orfèvreries d'or et d'argent, cambodgiennes ou chinoises, voisinent avec de très médiocres verroteries européennes. Mais le joyau de la pagode est un Bouddha, de grandeur naturelle, fondu au Palais même, qui se dresse au devant de l'autel. Il est en or massif, - six cent mille dollars d'or pur ont été employés, parait-il, à la fonte, - et admirablement ciselé, couvert de riches bijoux, incrusté de diamants. L'art de l'orfèvre et celui du fondeur n'ont pas été inférieurs à la riche matière que la générosité royale avait mise à leur disposition.
A droite et à gauche de la pagode s'élèvent deux édicules de style cambodgien. Celui de gauche, entouré de rocailles et de verdures, abrite un Pied de Bouddha. Celui de droite renferme de beaux manuscrits, richement enluminés : c'est la bibliothèque royale.
En avant de la pagode a été édifiée la statue équestre du roi défunt Norodom : la statue, qui est en bronze doré et peint le représente en uniforme de général français. Un toit, d'un effet assez imprévu, abrite le monument.
Enfin, de chaque côté de l'entrée, S.M. Sisowath a fait récemment construire deux très beaux tombeaux (qui ont la forme classique du « Phnom ») et qui sont sculptés avec beaucoup d'art et de goût. L'un enferme les cendres de ses ancêtres : l'autre celles de la reine, sa mère.
On ne manquera pas de voir, avant de quitter le Palais, la salle d'exposition des Ateliers royaux. On y peut acquérir des pièces d'orfèvrerie, des bijoux, des peintures, des masques de théâtre et de très beaux « sampots » de soie. Tous ces objets ont été fabriqués au Palais.
Une visite qui s'impose est celle du Musée Khmer de Phnom Penh. Ce sera une excellente préparation à l'excursion aux ruines d'Angkor.
Le Musée Khmer est installé dans l'enceinte de l'ancien palais de l'Obarrach (5), à côté du Collège Sisowath, sur le quai Lagrandière. Il est ouvert tous les jours, sauf le lundi soir, de 8 h à 11 h du matin et de 3 h à 6 h du soir (entrée par la porte centrale de l'enceinte).
Le Musée Khmer a été édifié en 1908, grâce aux libéralités de S.M. Sisowath, pour recevoir et grouper, sous la direction du Chef du Service Archéologique de l'École Française d'Extrême Orient, les antiquités cambodgiennes. Le conservateur du Musée réside à Phnom Penh.
Le Musée est une élégante construction de style cambodgien qui consiste en un hall central et deux salles latérales, qu'entoure une galerie surélevée formant véranda. Des escaliers ornés de lions khmers donnent accès sur les quatre faces.
On entre par l'escalier qui donne sur l'allée centrale du parc (face Sud). A droite et à gauche du perron, sur la banquette du soubassement de l'édifice, sont placés des linteaux de pierre ; celui de gauche (n° 35-2), qui provient de Sambor, et représente un arc orné de guirlandes, appartient à l'art khmer antérieur aux monuments d'Angkor. Sur la balustrade, à droite de l'entrée, est une borne décorative bouddhique, laquée et dorée, qui représente trois bodhisatvas et le Bouddha assis sur les replis du serpent naga, dont la tête se recourbe en dais (S. 27-1) ; à gauche, une réduction votive d'une tour (préasat) d'Angkor (n° 33-1).
Le centre du hall est occupé par un groupe de quatre linteaux sculptés, dominés par une statue. Les linteaux appartiennent pour la plupart à l'art préangkorique et proviennent de Sambor et Chikreng. La statue qui surmonte l'ensemble est une très belle figure de Hari Hara, représentation double de Vishnou et Siva.
Dans l'allée qui court entre les colonnes du hall. on peut voir : à droite, une belle statue, d'un beau modèle, d'art préanokorique, représentant Uma (Bhagavati), femme de Siva (n° 13-2) ; un Garuda, oiseau fabuleux à quatre membres, qui décorait une tête de pont (n° 43-6) ; à gauche, une statue d'une divinité féminine bouddhique (Tara) (n° 24-1) de la basse époque ; un bas-relief (n° 10-1) représentant La Trinité sivaïste : Siva, sa femme Uma, son fils Ganesa, le dieu à tête d'éléphant. Dans l'axe même du hall, se dresse une grande figure primitive de Vishnou.
Devant les fenêtres des deux salles qui donnent sur le hall, sont placées, à droite, une statue de Dwarapala ou de Siva en gardien de temple, la bouche garnie de deux crocs (n° 2-1) ; à gauche, une statue de Siva en ascète, qui provient de la frontière laotienne.
Sur le mur de la salle de droite, de chaque côté de la fenêtre, sont des linteaux de l'époque d'Angkor et une curieuse figure de Brahma debout, reconnaissable à ses quatre visages. Sur le mur de la salle de gauche, sont également des linteaux et des statues brahmaniques.

Dans la galerie qui court autour de l'édifice sont placées d'assez nombreuses statues intéressantes. En partant de la porte Sud, par laquelle on est entré, et en tournant à droite, dans l'angle, on trouve une petite statue très ancienne de Uma, femme de Siva, dont les bras sont soutenus par des tenons de pierre. Sur la face Est, à droite et à gauche de la porte de la salle, deux fragments de panneaux représentant les neuf divinités brahmaniques (n° 10-1, 10-3). Sur la balustrade, une élégante réduction de stoupa bouddhiques (n° 33-20). Sur la face Nord, sont placées de nombreuses stèles portant des inscriptions en sanscrit et en vieux khmer. La plus ancienne (n° 1-26) en sanscrit, provenant de Bassac, est ornée d'un fronton qui porte le trident de Siva. Les stèles 1-15 et 1-23 datent de Yacovarman, le fondateur d'Angkor. A l'angle Nord-Ouest de la galerie, est une petite statue très ancienne de Vishnou. Sur la face Ouest, se trouvent des linteaux de l'époque d'Angkor et un dieu, assis sur un naga, petite pièce de céramique de l'époque moderne (12-7). Sur le soubassement de la galerie, en dehors, repose (n° 32-1) un Somasoutra, de l'époque préangkorique, canal de pierre terminé par une gargouille (n° 32-2), qui conduisait hors des édifices les eaux qui avaient servi aux libations offertes à la divinité. Dispersés dans la galerie, se trouvent de nombreux spécimens de la sculpture khmère : antéfixes épis, lingas, etc...
La salle de droite renferme une bibliothèque qui contient de nombreux ouvrages sur l'art khmer mis à la disposition des visiteurs, ainsi qu'un excellent catalogue sur fiches de tous les objets exposés dans le musée ; cette salle renferme, en outre, des peintures cambodgiennes modernes représentant des scènes du Ramayana ; des panoplies d'armes du pays ; des statues peintes, en bois, qui sont modernes ; un panneau composé d'objets en bronze trouvés dans les sépultures des Khas, sauvages du Bas-Laos.
La salle de gauche contient quelques petites pièces de sculptures intéressantes, parmi lesquelles figurent un beau torse de danseuse céleste, des statues de Vishnou sur le Garuda, une statue de Ganesa, une tête de Bouddha auréolée d'un naga, trouvée au Baïon, d'un travail délicat et précis, un groupe moderne représentant un singe lutinant une déesse. Dans les vitrines, sont renfermés des objets précieux : une ceinture d'or, don de S.M. Sisowath, des sonnettes cultuelles et des statuettes en bronze provenant de Takeo, des bijoux trouvés dans les ruines près de Kompong Speu, une collection de monnaies anciennes du Cambodge.
Parmi les autres curiosités de Phnom Penh, on pourra voir quelques-unes des nombreuses pagodes de la ville : pagodes cambodgiennes aux alentours du Palais, pagodes chinoises sur le quai Lagrandière, sans oublier le pavillon de l'Eléphant blanc, où vit cet animal vénéré ; ce pavillon est situé en face du Palais, vis à vis de la Grande Tribune (6).

De Phnom Penh à Angkor
On quitte Phnom Penh le lundi matin ; pendant les hautes eaux, les touristes reprennent le même bateau qui les a amenés ; lorsque les eaux baissent, on transborde sur une chaloupe, que son moindre tirant d'eau rend plus propre à la navigation dans les lacs. On suit le Tonlé Sap, fleuve dont le courant change de sens selon les saisons : il conduit les eaux du Mékong dans les lacs, pendant les crues, à la saison des pluies, et sert au contraire, à la saison sèche, de déversoir aux lacs dont les eaux refluent alors vers le Mékong. On passe devant Kompong Luong, gros bourg commerçant, port de l'ancienne capitale Oudong, dont on aperçoit au loin les collines couronnées de pagodes et de tombeaux. Puis vient Kompong Chnang, la Venise cambodgienne, dont la principale agglomération, aux hautes eaux , consiste en maisons flottantes et en sampans, régulièrement amarrés et formant de véritables rues. Une très belle pagode s'élève à la limite des terres inondées.
Enfin, à Snok Trou, « Porte du lac », on entre dans les lacs cambodgiens dont la largeur varie avec les saisons ; à cette époque, les lacs sont remplis et la forêt qui borde leurs rives est inondée. Enfin, on traverse en diagonale le grand lac, dont on perd complètement les rives de vue, et on arrive à l'escale d'Angkor.
Les vapeurs des Messageries Fluviales s'arrêtent à l'embouchure ou « Viam » de la rivière de Siêm Réap, qui est signalée par un phare. L'arrivée s'effectue dans la nuit du dimanche au lundi ; les passagers ne sont autorisés à débarquer qu'au jour, vers 5 h ou 6 h. Ils prennent place dans les jonques pour gagner la route de Siêm Réap. Les jonques remontent à travers la forêt inondée en suivant le lit approximatif de la rivière, ou bien rejoignent le canal qui va du Phnom Krom, montagne qui domine à cet endroit les rives des lacs, à Siêm Réap. Elles accostent en un point qui varie avec la hauteur des eaux, le point moyen étant l'endroit appelé la Briqueterie (Rosey Loc). Le parcours à effectuer en jonque est donc assez variable. Les jonques sont pourvues d'un roof sous lequel s'abritent les voyageurs et munies d'un matelas cambodgien, d'un traversin et d'un oreiller. Les jonques ont quatre rameurs ; elles peuvent recevoir quatre passagers avec leurs bagages. Les touristes ont donc intérêt à se grouper pour occuper une jonque, le prix étant fixé à une piastre pour la location de la jonque et 0 piastre 50 pour chaque rameur. soit trois piastres pour l'aller et autant pour le retour.
Du point où l'on quitte la jonque jusqu'à l'emplacement du Bungalow d'Angkor, on suit une excellente route. Les touristes peuvent choisir, comme moyen de communication, le cheval, la norgelette ou la charrette. Les chevaux se louent une piastre par jour, sans selle, et une piastre et demie avec selle. Les touristes qui ont une selle ont intérêt à l'emporter dans l'excursion. Les charrettes indigènes sont traînées par des boeufs et coûtent une piastre par jour ; elles sont assez inconfortables, n'ayant pas de sièges, et ne peuvent guère être utilisées que par les boys ; elles servent surtout au transport des bagages. Les norgelettes sont des charrettes à boeufs perfectionnées, munies de ressorts et pourvues d'un siège : le prix est de une piastre et demie par jour pour une personne, deux piastres pour deux personnes. Elles ne peuvent prendre, en sus des passagers, que des bagages à main (7).
Pour s'assurer, au débarquement du vapeur, une jonque, et, à l'atterrissage, un cheval ou une voiture. on doit télégraphier à l'avance soit au « Chef du poste administratif de Siêm Réap », soit à « l'Agent des Transports à Siêm Réap », en indiquant avec précision la nature et le nombre des moyens de transport qu'on désire et le jour de l'arrivée. Les touristes qui ont un forfait avec la Compagnie des Messageries Fluviales n'ont pas à s'occuper du transport. Les pourboires aux conducteurs des voitures et aux équipages des jonques sont facultatifs. On règle les comptes au retour, entre les mains de l'Agent des transports.
Le temps nécessaire pour se rendre de la station des Fluviales au Bungalow d'Angkor dépend de l'époque du voyage et de la hauteur des eaux ; il est moins long au retour, lorsqu'on descend la rivière et le canal. En juillet et août, ainsi qu'en décembre et janvier, on doit compter cinq heures du Viam au Bungalow. Pendant la pleine saison d'Angkor, du milieu de septembre au commencement de décembre, quatre heures suffisent. A la descente, on met environ trois heures du Bungalow au point d'embarquement des Fluviales. On part en jonque de Siêm Réap même, dès que la hauteur des eaux le permet.
A 8 kilomètres de la Briqueterie, on traverse Siêm Réap, poste où réside un Administrateur, délégué du Commissaire du Territoire de Battambang (8), territoire dont fait partie la province cambodgienne de Siêm Réap. Siêm Réap est un centre de 4.000 habitants, qui s'étend sur les deux rives de la rivière : la population est cambodgienne, siamoise et chinoise. Le centre de la ville est marqué par le marché, le bureau des postes et télégraphes et le poste de la Garde indigène, qui est une ancienne citadelle siamoise, encore garnie de ses canons, et dont les murs, en limonite, ont été faits avec des pierres provenant des ruines d'Angkor Thom. Sur l'autre rive, s'élève le palais du gouverneur cambodgien de la province. De nombreuses maisons sur pilotis, des jardins verdoyants, des plantations d'aréquiers, d'orangers et de palmiers à sucre, qu'arrosent aux basses eaux des norias en bambou installées sur les rives, font de la route de Siêm Réap une promenade très agréable.
Il y a environ 6 kilomètres de Siêm Réap au Bungalow d'Angkor : la route traverse la forêt qui enserre les ruines. On laisse, à droite, une maison européenne, celle du Conservateur du Groupe d'Angkor ; à un coude, on aperçoit les hautes tours d'Angkor Vat. Le Bungalow est situé à gauche de la route, à cent mètres de la chaussée d'Angkor Vat, vis à vis de la façade occidentale de l'enceinte, dont il est séparé par la route et le grand fossé.
Le Bungalow d'Angkor a été édifié en 1909 par les soins de l'Administration du Territoire de Battambang. C'est un rez-de-chaussée confortable ; le bâtiment principal comprend une salle à manger, un salon et dix chambres, dont six sont pourvues de salles de douches et assez grandes pour recevoir deux lits. Les annexes renferment le bureau et le logement du gérant, les cuisines, la salle de bains, etc...
La gérance du Bungalow est confiée aux soins de la Compagnie des Messageries Fluviales. Le salon est pourvu d'une bibliothèque qui contient tous les livres de référence sur Angkor et le Cambodge. Des plans, des guides, des cartes postales illustrées, des objets d'art cambodgien y sont mis en vente. Des revues et des journaux sont à la disposition des passagers.
Le séjour au Bungalow est limité à cinq jours. En ne comptant point le lundi de l'arrivée et le dimanche du départ, on permet aux touristes désireux de faire un assez long séjour d'attendre le retour du bateau des Fluviales qui les a amenés. L'admission au Bungalow doit être demandée à l'avance à la Résidence supérieure, à Phnom Penh, qui fait prévenir le gérant. Les conditions de séjour diffèrent pour les touristes qui ont un forfait avec la Compagnie et pour ceux qui voyagent librement. Les premiers n'ont pas à se préoccuper de leurs dépenses, qui sont comprises dans le forfait, à l'exception des suppléments ou dépenses personnelles. Les seconds après qu'ils ont reçu de la Résidence supérieure l'autorisation de séjourner au Bungalow, ont droit au logement gratuit. Ils ont à payer : le prix des repas qui est ainsi fixé, vin compris : petit déjeuner : 0 piastre 50 ; déjeuner : 2 piastres 50 ; dîner : 3 piastres ; des frais supplémentaires qui comprennent la location de la literie et du linge et le prix de l'éclairage. Le tarif, très modéré, en est affiché dans le Bungalow. ainsi que celui des eaux minérales et des consommations diverses.
On trouve au Bungalow des guides parlant français et pouvant accompagner les touristes dans la visite des ruines ; le prix est à débattre avec eux. Pour se rendre à Angkor Thom et aux environs, il est indispensable de disposer de moyens de transport. Le tarif de location des chevaux, norgelettes et charrettes est le même que celui que nous avons indiqué ci-dessus : on s'adressera de préférence au gérant pour se procurer ces moyens de transport. Se rappeler que la location des chevaux et voitures se fait à la journée et qu'il est indispensable de congédier, dès le retour au Bungalow, les chevaux et voitures que l'on ne veut point garder, et qui s'en retournent alors à Siêm Réap. Des éléphants de l'Administration sont mis à la disposition des touristes pour les promenades et excursions : se renseigner sur place pour le prix de location.
Les principaux monuments du Groupe d'Angkor sont le temple d'Angkor Vat et la ville royale d'Angkor Thom qui renferme le Baïon, la Terrasse des Éléphants, le Philmeanacas. le Ba Phuon, etc... ; un certain nombre d'édifices isolés sont répartis autour de ces deux grandes enceintes ; les plus importants sont le Prah Khan, au Nord, Takeo et Ta Prom, à l'Est, les ruines du Phnom Bakheng, entre Angkor Vat et Angkor Thom.


Temple d'Angkor

Le séjour des touristes à Angkor, limité par le passage des bateaux des Fluviales, est de deux jours francs, ou de cinq jours francs. Ils doivent organiser en conséquence l'emploi de leur temps. Voici celui que nous leur recommandons.
Programme pour deux jours : Lundi : visite d'Angkor Vat ; Mardi : Angkor Thom ; Mercredi : le Phnom Bakeng et le Prah Khan.
Cette dernière excursion, assez fatigante, pourra être supprimée.
Deuxième programme, cinq jours : Lundi : Angkor Vat ; Mardi : Angkor Vat et Phnom Bakheng ; Mercredi : Angkor Thom ; Jeudi : Angkor Thom et Prah Khan ; Vendredi : Ta Prom et Takeo.
Les touristes qui désirent passer plus d'une semaine à Angkor pourront faire d'autres excursions dans les environs. Ils en trouveront le détail dans le guide de M. Commaille et se renseigneront sur place pour les itinéraires et l'organisation de leurs excursions.


(1) La Compagnie des Messageries Fluviales peut organiser des excursions à Angkor par bateau spécial. Les touristes doivent être au nombre de dix au moins et s'entendre à l'avance télégraphiquement avec la Compagnie. Le prix de l'excursion est alors de 500 francs par personne.
(2) Les principaux hôtels de Saïgon sont le Continental Palace Hôtel, rue Catinat, et l'Hôtel des Nation, boulevard Bonard. Saïgon est abondamment pourvue de magasins européens de tout genre, situés pour la plupart rue Catinat. Les amateurs d'art indigène pourront acquérir de nombreux bibelots annamites : broderies de soie, incrustations, chez les marchands tonkinois ; des bijoux et de l'orfèvrerie chez les Chinois.
(3) On trouvera les itinéraires de ces excursions, ainsi que tous les détails utiles concernant Saïgon, dans le Guide de poche de Saïgon, édité à Saïgon par l'Imprimerie Commerciale.
(4) Le principal hôtel de Phnom Penh est le Grand Hôtel, quai Lagrandière, à proximité du débarcadère des Messageries Fluviales.
(5) Second roi du Cambodge. Le dernier Obarrach - la fonction étant désormais supprimée - a été S.M. Sisowath, qui a succédé en 1906 à son frère Norodom.
(6) On consultera, pour visiter la ville, le Phnom Penh Guide de M. Emile Faraut, édité par l'imprimerie Coudurier & Montégout, à Phnom Penh.
(7) Très prochainement, une chaloupe à vapeur et un break automobile seront à la disposition des touristes ; la durée du trajet sera dès lors diminuée des deux tiers.
(8) Le Territoire de Battambang est constitué par la réunion des trois provinces de Battambang, Sisophon et Siêm Réap, rétrocédées au Cambodge en 1907 par le Siam, qui s'en était emparé au XVIIIème siècle.

Henri GOURDON


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